Affichage des articles dont le libellé est Botanique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Botanique. Afficher tous les articles

lundi 19 juin 2017

Jean Massart : Une personnalité scientifique hors du commun.


Jean Massart 1865-1925



Jean Massart, fonds iconographique des Archives de l'ULB
Jean Massart est né le 7 mars 1865 à Etterbeek dans une famille d’horticulteurs. D'un milieu très modeste, il sera encouragé par son père à se concentrer sur ses études. Élève doué et précoce, Jean termine en quatre années ses études primaires et enchaîne avec  le cycle secondaire qu’il  achève à quinze ans. Malgré son jeune âge, il ne s’arrête pas là : il entreprend des études universitaires à la Faculté des Sciences de l’ULB. 

Cependant, à la mort de son père, il devra interrompre ses études pour s’occuper un temps de l‘entreprise familiale. Il conserve toutefois un petit laboratoire privé pour poursuivre ses recherches. Mais la passion des sciences et le conseil avisé de quelques amis le poussent à reprendre ses études dès 1884. Il est proclamé Docteur en Sciences en 1887 à l’âge de vingt-deux ans. Durant son cursus brillant, il est remarqué par le Docteur Paul Héger qui l’invite à poursuivre ses efforts en Faculté de Médecine. C’est ainsi qu’à son premier titre académique, il ajoute en quatre ans celui de Docteur en Médecine (en 1891).

Léon Errera, fonds iconographique des Archives de l'ULB

Une autre personnalité de l’ULB, le professeur Léo Errera (1858-1905), le prend ensuite dans son équipe. Fervent défenseur de la recherche pratique en laboratoire sur le modèle allemand, il a créé le « Laboratoire de Botanique » avec tout l’équipement de pointe de l’époque : microscopes, équipements de chimie et de photographie, appareils de mesures et de stérilisation. Devenu plus tard l’Institut Errera, il sera légué à l’ULB à la mort de son fondateur.

C’est donc dans le domaine de la botanique, avec une approche évolutionniste, que Jean Massart va développer son talent dès 1892 en tant qu’assistant. Il est nommé professeur en 1897, mais afin d’assurer une situation financière stable pour sa famille nombreuse, il accepte un poste de conservateur au Jardin botanique de l’Etat en 1902. En 1905, à la mort d’Errera foudroyé par une embolie cérébrale, il doit abandonner cette charge pour reprendre la succession de son mentor. Il devient donc le directeur de l’Institut de Botanique de l’ULB avec toutes les charges d’enseignement et de recherche que cela comporte.

Il faut noter qu’il est élu comme membre correspondant de la Classe des Sciences de l’Académie royale de Belgique, avant d’en devenir membre titulaire en 1911.


Lorsque survient la Première Guerre mondiale, Jean Massart, se consacre à écrire et diffuser des textes clandestins de propagande anti-allemande. Grâce à sa maîtrise de la photographie, il va documenter les affiches de l'occupant qui apparaissent sur les murs de la capitale. Ce type d'activités clandestines n'est pas sans risques. Aussi, se sentant surveillé, il décide de s’enfuir en juillet 1915. Après un long périple, passant par les Pays-Bas et l’Angleterre, Jean Massart  réussi à quitter la Belgique avec toute sa famille et se réfugie dans le sud de la France en bord de mer. Il pourra y survivre dispensant des cours d’anglais et bénéficiera aussi d’un subside de la Sorbonne. Bien qu’éloigné du territoire, le scientifique s’engage dans la lutte patriotique  avec toute la rigueur de son approche scientifique. Dans son exil, il a réussi à emporter sa précieuse documentation. Avec les textes et les images en sa possession, il s’active et publie plusieurs ouvrages illustrés de photographies. Il déclare : « ce n’est pas pendant que la géographie politique de la Terre entière est en voie de bouleversement qu’on peut s’abandonner aux spéculations de la science pure » (1)

Il publie les ouvrage suivants :

Massart, Jean. Les intellectuels allemands et la recherche de la vérité. Revue de Paris. 1918 , pp.643-672

Il est à noter que l’argent que ces publications vont lui rapporter sera reversé entièrement à diverses associations caritatives au profit exclusif de la population belge.
Malgré ses premières déclarations, il ne peut s’empêcher de s’intéresser à la végétation entourant sa résidence française, d’amasser des observations et de publier ses remarques scientifiques.


Jean Massart, fonds iconographique de l'ULB



Dès la fin du conflit, il regagne Bruxelles et reprend ses enseignements à la réouverture de l’Université. Son abondante publication scientifique le place au carrefour de plusieurs domaines. Ainsi, il étudiera la zone de l’Yser, afin de voir comment les plantes reprennent vie après la fin des hostilités et ce,  malgré un sol saturé de sel marin et de produits chimiques, résidus des années de bombardements. (2) En ce sens, c’est un écologiste avant l’heure et un pionnier dans le domaine de la conservation de la nature. 

Fonds iconographique de l'ULB,
Jean Massart, La biologie des inondations de l’Yser et la flore des ruines de Nieuport,  1922.
Fonds iconographique de l'ULB,  détail de végétation.
Fonds iconographique de l'ULB, passerelle surplombant les anciennes terres inondées.

Fonds iconographique de l'ULB, cratère d'obus.


Durant toute sa vie  il a effectué des missions scientifiques à l’étranger, en Indonésie en 1894-95 (notez qu’à cette occasion, pour supporter une partie des frais de voyage, il exercera durant la traversée en bateau le rôle de médecin de bord pour les pèlerins musulmans qui se rendent à d’Indonésie à Djeddah, le port le plus proche de la Mecque), dans les Alpes en 1897 puis au Sahara en 1898 avec  avec son collègue, le zoologue Auguste Lameere (1864-1842),  dans les fjords de Norvège. Enfin, il se rendra au Brésil en 1922,  puis aux États-Unis en 1924 où  à l’invitation du C.R.B. Educational Fondation, il séjourne plusieurs mois. Il y donne des conférences en anglais dans de nombreuses universités, tout en visitant des sites et parcs naturels remarquables.


Il deviendra le Directeur de la Classe de Sciences de l’Académie Royale de Belgique en 1925. La mort l’emporte le 16 août 1925 à l’âge de 60 ans.

Massart n’était pas catholique. Sa famille devra donc l’enterrer dans le cimetière municipal de Houx (dans la région de Dinant), sans corbillard, avant le lever du soleil… (3)
Ses amis, poursuivant son œuvre selon les plans qu’il avait établis, vont créer sous forme d’une Asbl le « Jardin expérimental Jean Massart » qui existe toujours .

Des activités ouvertes au grand public s’y déroulent dès ce mois de juin et durant l’été :

Pendant les vacances estivales, découvrez les visites guidées thématiques du Jardin botanique Jean Massart:
-  Les plantes médicinales - mercredi 14 et dimanche 18 juin
-  Histoire et évolution des plantes domestiquées par l'Homme - dimanche 23 et mercredi 26 juillet
-  Les relations plantes-insectes - chaque dimanche et mercredi du mois d'août
En pratique: 
Prix des visites: 3 euros. Rendez-vous à 14h30' devant le plan du jardin au niveau de l'entrée principale. 

Références :

(1) Denaeyer-De Smet, Simone, Jean-Paul Herremans, and Jean Vermander. "Jean Massart, pionnier de la conservation de la nature en Belgique." Nature Conservation. Springer Berlin Heidelberg, 2006. 26-45. Et plus particulièrement la page 32 pour la citation.

(2) Ruth Pirlet, Les scientifiques de la mer belges durant la 1ère GM in - Vliz. DeGrote Rede, 2013, n°36, pp 61 à 67

(3) Denaeyer-De Smet, Simone, Jean-Paul Herremans, and Jean Vermander. Op. Cit. page 28.

Pour la biographie et la bibliographie complète de Jean Massart :

Émile Marchal, « Notice sur Jean Massart », Annuaire de l'Académie Royale de Belgique, vol. 93,‎ 1927, p. 69-158