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mardi 10 avril 2018

1917 et la radicalisation d’une partie du nationalisme flamand

Activisme et passivisme face à l’occupation allemande


L’année 1917 constitue un moment important dans l’histoire du mouvement flamand du fait des décisions prises par l’occupant depuis le début du conflit. En effet, une des lignes de force de la politique allemande dans l’administration du territoire belge relève d’une vision stratégique à longue échéance : il  s’agit, pour l’Empire du Kaiser, de s’appuyer sur la Flandre pour briser la prédominance de l’influence française en Europe et, partant, du « fait francophone » en Belgique.

Drapeau flamand - Licence Creative Commons

Sur les cartes d’état-major, la Belgique, « accident de l’histoire européenne », est considérée comme un simple territoire de passage pour les stratèges allemands. Cependant, les occupants ne se limitent pas à  cette définition et ils tendent à transformer la Belgique neutre et indépendante en État vassal. Un des avantages stratégiques de la Belgique réside dans les ports de la mer du Nord qui permettent un accès plus commode à l’océan Atlantique que la mer Baltique, qui est très enclavée. (1) 

Plan d'attaque des troupes allemandes dit "plan Schlieffen" élaboré en 1905 par le Général Schlieffen. 
Cette vision géopolitique de l’Europe fait partie d’un plan plus large dans lequel l’Empire du Kaiser cherche à se donner une position conforme à ses aspirations, celle de leader de la Mitteleuropa. (2) 

L'Empire Allemand au centre de l'Europe - Carte des alliances militaires durant le conflit - Licence Creative Commons

Forte de sa puissance industrielle et de son prestige scientifique, l’Allemagne entend réaliser ses ambitions impériales par la mise en place d’un projet annexionniste. Un scénario envisagé avant-guerre est de faire de la Flandre un État autonome dirigé par un prince allemand au sein de l’Empire. Cet État élargi, englobant les ports français de la Manche, aurait pour capitale Anvers et disposerait de son propre parlement unilingue néerlandophone. Il est prévu que les francophones soient chassés du territoire. (3)

Ce projet pan germanique ne remportera pas l’avis de la majorité en Allemagne. Une autre stratégie est privilégiée durant le conflit : ce sera la Flamenpolitik. Celle-ci consiste à donner des gages aux revendications politiques - et donc linguistiques -  du mouvement flamand jusque alors en butte au refus obstiné des élites francophones du nord comme du sud du pays. En effet, dans le cadre de la Belgique unitaire d’avant-guerre, peu d’hommes politiques étaient favorables aux revendications populaires du mouvement flamand : la reconnaissance de la langue et du fait culturel, la liberté de disposer d’un enseignement néerlandophone.
Il faut noter cependant qu’en Belgique, face à l’invasion allemande, un certain accord s’était dégagé — y compris dans la mouvance flamingante — pour mettre de côté les revendications politiques en attendant le retour de la paix. C’est le courant que l’on appelle « passiviste ». En face de lui, le courant « activiste », minoritaire, était disposé à saisir la moindre opportunité, fut-ce de la main des occupants. Ce courant opta pour une politique de collaboration.

La guerre éclair souhaitée par les belligérants s’est enlisée dans les tranchées du nord. Le temps passe. Il faut gérer le quotidien et s’occuper des territoires conquis. Les autorités allemandes mettent en place une organisation administrative séparée en deux entités selon le régime linguistique. En effet, le 21 mars 1917, un décret sépare le pays en deux régions administratives : la Wallonie avec Namur comme capitale et la Flandre avec Bruxelles comme capitale. Chaque région est voulue comme homogène et unilingue. De ce fait, le néerlandais devient la seconde langue officielle du Royaume de Belgique.
Pour les activistes c’est une véritable fuite en avant : minoritaires et tenus en piètre estime par la majorité de la population, ils ont besoin de justifications à leurs actions qu’ils prétendent mener au nom d’une nation flamande dont ils se veulent les représentants. (4) 

La « flamandisation » forcée de l’Université de Gand en 1916 est ressentie comme un acte vil et méprisable par l’opinion publique. Cette initiative des occupants est rejetée par quasi tous les bords politiques : on parlera  d’ « Université von Bissing ». Les enseignants francophones se sont opposés massivement aux premières tentatives de réouverture, et ce dès l’été 1915 : ils voyaient dans ces manœuvres politiques une sorte de trahison à l’égard des étudiants et anciens étudiants qui continuaient de se battre sur le front de l’Yser.
Il n’est pas surprenant dans ce contexte que, dès la rentrée 1919, l’Université de Gand redevienne francophone en réaction à cette décision unilatérale.

Les historiens Henri PIRENNE (1862-1935) et Paul FRÉDÉRICQ (1850-1920) prisonniers en Allemagne en 1916 – Collections Archives de l’ULB.
Cependant, les figures académiques gantoises, dont Henri Pirenne et Paul Frédéric,  qui s’étaient illustrées dans la résistance à la mise en place des projets de l’occupant et des collaborateurs flamingants sont conscientes que l’organisation des études supérieures doit changer au nord du pays. Il faudra attendre pour que les revendications légitimes soient entendues et que l’institution adopte ensuite l’usage unique du néerlandais. Alors qu’un projet de loi déposé conjointement par les trois députés surnommés "les trois coqs chantants" : Frans Van Cauwelaert, catholique, Camille Huysmans, socialiste et Louis Franck, libéral, est discuté sans succès durant les années 1910-1912 face à une vive opposition, c’est finalement en 1932 que sera instaurée l’université flamande. (5)

Affiche appelant à un meeting en faveur d'une université néerlandophone, 1910  - Collection Archives -Universiteit Gent.

La consultation populaire organisée par le Raad van Vlaanderen, le 3 février 1918, est un échec. Le soutien populaire n’est pas au rendez-vous. Bien plus, l’agitation est intense au point que les Allemands eux-mêmes doivent mettre un terme au processus électoral. Désormais, les Allemands ne présument plus de la sympathie « politique » de la population flamande pour l’Allemagne, sympathie qui avait été déduite hypothétiquement à partir des similitudes ethnolinguistiques mises en évidence dans les atlas linguistiques de l’Europe de l’époque.

Les visions administratives des forces d’occupation se heurtent à un sentiment général d’opposition : là où elles avaient cru pouvoir s’appuyer sur des aspirations nationalistes flamandes, elles sont confrontées à un patriotisme belge qui avait été sous-estimé. De plus, l’entrée en guerre et le statut d’État neutre n’avaient fait qu’amplifier ce sentiment auprès de la majorité de la population du jeune pays qu’était la Belgique. La tentative de néerlandisation forcée par l’occupant de la vie publique et administrative ne séduit qu’une minorité de flamingants.

Et à Bruxelles ?


C’est dans la capitale que les flamingants sont le plus tentés par l’activisme car c’est à Bruxelles que la sensation d’une suprématie absolue du français est la plus forte. (6) Cependant, il s’agit là d’un mauvais calcul politique car dans l’opinion publique, en cette fin de conflit, on les associe à la situation économique difficile, au chômage, aux réquisitions et à la disette, dont on les tient pour partie responsables. La population de Bruxelles a froid durant les hivers 1917 et 1918 : on abat des arbres en cachette ou on en est réduit à brûler des meubles pour se chauffer. La population de Bruxelles est affamée : les distributions de repas ou de vivres permettent tout juste de ne pas mourir de faim.

Pour se nourrir la population met en culture tous les espaces disponibles en ville. In - 1914-18 Illustré, 31/10/1916. 

Dès lors, le changement de législation imposant le néerlandais dans l’espace public à Bruxelles passe très mal auprès de la population.
Face à cette montée de boucliers, les activistes s’isolent et se radicalisent encore davantage dans leurs prises de position : ils deviennent la « conscience » et « l’avant-garde » d’un peuple opprimé en attente d’indépendance, d’une « nation flamande » qu’ils voudraient voir émerger comme entité politique. Chaque critique les renforce dans leur logique de collaboration et les incite à plus de dureté dans leurs choix politiques : puisque la réalité sociale et politique ne se conforme pas à leurs souhaits, ils vont tenter la changer radicalement.

Mais la majorité des néerlandophones, et en particulier les flamingants restés loyaux à  l’État belge, est bien consciente que des mesures autoritaires d’indépendance obtenues  via l’occupant risquent de discréditer l’évolution à long terme du mouvement. La voie des réformes obtenues de manière démocratique et légitime est de loin préférable afin  de consolider des acquis linguistiques : ceux-ci, une fois obtenus,  pourront plus difficilement  être remis en question. Cette frange du mouvement flamand va opter pour la voie  démocratique contre l’autoritarisme. 

Depuis la fin du XIXe siècle, les revendications portant sur l’égalité linguistique et plus précisément le bilinguisme généralisé s’inscrivent pleinement dans le cadre de l’État belge.
Toutefois, malgré des revendications que l’on peut juger a posteriori comme modérées, le mouvement flamand s’est longtemps heurté à un front de refus de la part de la classe politique francophone au nord comme au sud du pays.

Sur le front.


Le mouvement frontiste (7)  traverse une partie de l’armée belge. Il est vrai que sur l’Yser, 65 % des troupes sont flamandes. Dans le réduit littoral, le roi Albert veille à préserver ses troupes et évite de participer à la politique de « l’offensive à outrance » pratiquée par les armées alliées au prix de grandes pertes humaines. Du coup, les Français observent d’un œil méfiant tout ce qui dans le mouvement flamand peut s’apparenter à de la germanophilie. (8)

Ce mouvement flamand d’alors, fortement catholique et rural, est anti-francophone et opposé aux progrès des grandes villes considérées comme des « lieux de perdition » au main d'une bourgeoisie instruite dans la langue de Voltaire où l'idéologie libérale est largement diffusée depuis la révolution française. Pour les principaux acteurs de ce courant de pensée, les changements introduits par l’industrialisation et la modernité dans la vie quotidienne sont autant d’atteintes à la « pureté » de l’âme flamande. (9) 

La collaboration des « Activistes » avec l’occupant leur vaudra après la guerre de lourdes condamnations devant les tribunaux civils ou militaires, dont pas moins de 39 condamnations à mort. La peine capitale a été réintroduite en 1916 à l’instigation de la justice militaire, cependant aucune des sentences capitales ne seront appliquées sur l’intervention directe du ministre de la Justice Émile Vandervelde qui obtiendra la grâce royale. De plus, des lois d’amnistie furent votées en 1928 et 1937, mettant un terme à ce que l’on a appelé « la répression des inciviques ». Quelques années plus tard, lorsque surviendra la Seconde Guerre mondiale, certains de ceux qui ont été désignés comme « inciviques » réitéreront leur collaboration avec l’occupant allemand voire adhéreront aux thèses nazies…(10)

Vue de la zone de l'Yser dans l'immédiat après-guerre - Archives de l'ULB Fonds Massart
Sur fond de divergences politiques, économiques, et culturelles, et de mutations sociales et démographiques, la « question linguistique » sera par la suite source de nombreux débats qui vont mobiliser la classe politique durant l’après-Seconde Guerre mondiale. Cette dynamique va aboutir à la fixation de la frontière linguistique en 1963, puis engendrera la crise de Louvain en 1967-1968 avec le slogan resté célèbre : « Walen buiten », qui mènera à l’implantation de l’Université catholique de Louvain dans le Brabant Wallon et la construction d’une toute nouvelle ville.

Le principe général qui préside à la réorganisation de l’État devenu fédéral est l’unilinguisme régional pour la Flandre et la Wallonie et le bilinguisme pour la capitale.

Bien que progressivement bilingue dans l’organisation des études depuis 1919 et dans les décennies qui suivent, l’Université Libre installée à Bruxelles ne peut rester insensible aux mutations du contexte politique général et à l’évolution du paysage institutionnel qui marque la fin de la « Belgique de papa ». C’est ainsi qu’elle procède à son tour en 1969 à une scission en deux entités sœurs à Bruxelles : l’ULB francophone et la VUB néerlandophone.


Pour en savoir plus :

(1) VANDEWEYER Luc, La côte belge convoitée par la Kaiserliche Marine, in- VLIZ, 2013, n°36, pp.8-13

VILLIERS Patrick, La lutte pour le contrôle de la mer en Manche-Est et Pas-de-Calais pendant la Grande Guerre, in - Guerres mondiales et conflits contemporains, 2012, no 3, p. 51-65

(2) DELFORGE Paul, La politique allemande à l’égard de la Belgique de 1914 à 1918, Émission Mémo animée par Jacques Olivier, RTBF, la première, 25/04/2009 page 2.

(3) Idem, page 4.

(4) DE SCHAEPDRIJVER Sophie, La Belgique entre exaltation et rejet, 1914-1918, in- Cahiers d’Histoire du Temps Présent, n° 7, 2000, pp.17-49 et plus précisément page 41.

Sur le contexte général en Belgique avant guerre et sur la question linguistique,  voir aussi : DE SCHAEPDRIJVER Sophie, La Belgique et la Première Guerre mondiale, Peter Lang, 2004, pp. 27-30.

(5) WITTE Els Witte La question linguistique en Belgique dans une perspective historique, in- Pouvoirs, vol. 136, no. 1, 2011, pp. 37-50 page 41 et aussi GOTOVITCH José, La légation d’Allemagne et le Mouvement flamand entre 1867 et 1914 in - Revue belge de philologie et d’histoire, 1967, vol. 45, no 2, p. 438-478  page 468.
Pour une biographie en français de Louis Franck, Docteur de Droit de l' ULB,  voir la notice qui lui est consacrée dans la Biographie Nationale 

(6) DE WEVER Bruno, VERDOODT Frans-Jos, VRINTS Antoon, Les patriotes flamands et la construction de la nation, in- Courrier hebdomadaire du CRISP, 2016/31 (n° 2316), p. 5-38   page 22.

voir aussi SCHEPENS, Luc, Albert Ier et le gouvernement Brocqueville 1914-1918. aux origines de la question communautaire. Paris-Gembloux, Ed. Duculot, 1983. - tout particulièrement le chapitre intitulé "les réactions belges à la Flamenpolitik allemande", pp.107-151.

(7) DE SCHAEPDRIJVER Sophie, La Belgique et la Première Guerre mondiale, Peter Lang, 2004, page 188.

(8) Idem, page 195.

Voir aussi sur la "Question flamande" l'ouvrage de Marie-Rose Thielemans, Albert Ier. Carnets et correspondance de guerre. Paris et Louvain-La -Neuve, Ed. Duculot 1991, pages 120 à 126. 

(9) Ces idées sont souvent mal comprises par le public francophone non spécialisé mais elles sont bien exposées dans la littérature notamment par  DEWEVER Bruno et Al. , op.  cit., et DE SCHAEPDRIJVER Sophie, La Belgique, op. cit. et aussi DESCHOUWER Kris, Comprendre le nationalisme flamand, in- Fédéralisme Régionalisme , Volume 1 : 1999-2000 - Nationalisme et démocratie.

SCHEPENS, Luc, Albert Ier et le gouvernement Brocqueville, 1914-1-1918. Aux origines de la question communautaire. Paris-Gembloux, Duculot, 1983, p.40.

(10) VAN EVERBROEK Christine, L’activisme entre condamnation et réhabilitation : influence de l’activisme et des activistes sur le développement du nationalisme flamand dans l’entre-deux-guerres ; contribution à l’histoire du nationalisme flamand (Thèse de doctorat non publiée), Bruxelles, Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, 1997


MONBALLYU Jos, La justice transitionnelle en Belgique dans les affaires pénales après la Première Guerre mondiale (1918–1928), in- Tijdschrift voor Rechtsgeschiedenis/Revue d’Histoire du Droit/The Legal History Review, 2012, vol. 80, no 3-4, p. 443-479

Et aussi : 




MEYLAERTS Reine, Rewriting the history of collaboration in Belgium (1914-1918): translation and censorship in- Les Archives du Conseil de Flandre, 2006.

YAMMINE Bruno, Drang nach Westen. De fundamenten van de Duitse Flamenpolitik (1870-1914), Davidsfonds, Leuven 2011.

MERTENS, Jacques. Belgische Vrijmetselaars in En over "de Groote Oorlog". 2018. Print, pp. 121-147.
Les pages de ce chapitre sont entièrement consacrées à la question flamande et à l'activisme.






lundi 5 février 2018

Les enfants bruxellois face à la guerre

La problématique de l'aide à la petite enfance.


La Première Guerre mondiale n’a épargné personne, et certainement pas les habitants les plus faibles du royaume : les enfants. Ceux-ci ont souffert du régime sévère de réquisitions mis en place par l’occupant allemand, une souffrance aggravée par la durée du conflit. On ne s’étonnera donc pas de retrouver dans la presse, à de nombreuses reprises, des illustrations qui évoquent leur situation à travers le pays. Nous vous en présentons une sélection dans ce billet.

1914 illustré n°81, mars 1916, page de couverture
1914 Illustré, n°81, mars 1916 - Collection des Bibliothèques de l'ULB
Dès février 1915, le Comité National de Secours et d’Alimentation (CNSA)  met en place une section entièrement dédiée aux besoins spécifiques de la petite enfance ; le Dr Paul Héger fait partie des premiers membres de la Commission royale des patronages. (1)   
En s’appuyant sur les diverses œuvres qui existaient avant le conflit, l’offre d’aide va se développer au fil du temps : consultations de nourrissons, soupes scolaires, œuvre des « Gouttes de lait », colonies de vacances, œuvre des orphelins de guerre, etc. L’ensemble de ces œuvres de bienfaisance est coordonné par la Commission d’alimentation de l’enfance. 

1914 illustré, numéro 162, octobre 1917, couverture.
1914 Illustré, n°162, octobre 1917 - Collection des Bibliothèques de l'ULB
Il faut signaler que depuis les années 1890, à l’initiative de diverses associations philanthropiques, des structures locales voient le jour dans les communes pour lutter contre la mortalité infantile et la pauvreté, afin également de favoriser la santé des mères et d’apporter au plus grand nombre des notions modernes de santé et d’hygiène. La guerre va accentuer ce mouvement et lui donner une nouvelle ampleur en structurant les actions existantes et en élargissant l’offre de services sur tout le territoire. 

1914 illustré, n°139, mai 1917, dernière page.
1914 Illustré, n°139, mais 1917 - Collection des Bibliothèques de l'ULB
À Bruxelles, plusieurs milliers de personnes vont trouver une occupation au sein de ce foisonnement d’associations, dont pas moins de 4 000 ouvrières dans le domaine du textile. On comptera également une « Œuvre belge du jouet » dont l’action vise à atténuer la présence massive de jouets importés d’origine allemande. On le voit, tous les domaines de la vie quotidienne sont touchés, même les plus anodins. Dans ce contexte, tout devient symbole et donne l’occasion de manifester une forme de résistance, fût-elle passive.

1914 illustré n°105, septembre 1916, dernière page
1914 Illustré n°105, septembre 1916 - Collection des Bibliothèques de l'ULB.
Les initiatives consacrées à l’enfance, aussi minimes soient elles aux yeux de nos contemporains, contribuent à organiser en temps de guerre les maigres ressources disponibles. Elles permettent de rassembler les efforts individuels, de coordonner l’aide aux enfants, de développer un sentiment de solidarité et d’entraide, mais aussi de donner une occupation et un sens aux longues journées de privations, tant aux hommes qu’aux femmes. De plus, ces initiatives permettent de lutter contre la mendicité, le vagabondage et les vols qui constituent autant de stratégies de survies mises en oeuvre par de jeunes enfants parfois réduits à une précarité extrême. (2)

1914 illustré, n°169, 12/1917, dernière page.
1914 Illustré, n°169, décembre 1917 - Collection des Bibliothèques de l'ULB
Toutes ces démarchent produisent, il convient de le souligner, un recul significatif de la mortalité infantile en Belgique durant le conflit, et ceci malgré une année 1917 exceptionnellement difficile en raison notamment d’un hiver particulièrement rude. (3)

Après la guerre, l’État belge mettra cette expérience à profit pour fonder, dès 1919, « l’Œuvre Nationale de l’Enfance », toujours active de nos jours (Office de la Naissance et de l’Enfance) avec des missions qui sont restées quasi inchangées.

On le voit, on évolue au fil du temps d’une conception de l’enfant « victime » à celle de l’enfant « enjeu d’avenir ». Une législation spécifique sur la protection de l’enfance est mise en œuvre. En effet, on passe de premières nécessités qu’il convient d’assurer en temps de guerre : se nourrir, se chauffer, se soigner …  à d’autres objectifs plus larges. On s’attache à assurer un avenir décent aux enfants. Tout cela   passe par une meilleure éducation au sens large, tant du point de vue scolaire que de l’hygiène et de la santé. Le législateur va voter de nouvelles mesures qui  prennent en  compte les besoins impérieux des enfants  et dès lors, interdire leur travail  et rendre la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans. Sur la question sensible de l’éducation, on réaffirme le droit du chef de famille, le père, de choisir l’établissement et la langue dans laquelle les enfants seront instruits. Par ailleurs les années d’occupation vont aussi ouvrir la porte à d’autres changements : les milieux flamingants, encouragés par les autorités allemandes, s’activent. (4) La mise en œuvre par l’occupant, dès 1914, d’une "Flamenpolitik" affirmera en toute logique qu’à Bruxelles, décrétée capitale de la Flandre en 1917, il convient de développer un enseignement néerlandophone en parallèle aux établissements francophones existants. On le voit : les questions linguistiques mais aussi de liberté de choix et de liberté d’accès à l’enseignement ne datent pas d’hier.   

On peut donc conclure de manière générale que la guerre 14-18 aura joué, pour la situation des enfants belges un rôle primordial dans les domaines de la santé, de l’éducation et même de l’appartenance à une communauté linguistique.  

Pour en savoir plus :

(1) Claudine Marissal, Protéger le jeune enfant. Enjeux sociaux, politiques et sexués (1890-1940), Bruxelles, PUB, 2014, (thèse de doctorat défendue à l’ULB et publiée ensuite),  et particulièrement les pages 109 à 128.

(2) Aurore François, Délinquance juvénile et crise de subsistance : Les familles belges à l’épreuve de la pénurie (Belgique, 1914-1918). In - Revue d’Histoire de l’Enfance « Irrégulière » , n°17, 2015, pp. 137-48. 
Pour une analyse détaillée du discours judiciaire et moral sur la délinquance juvénile à Bruxelles en 1914-18.

Jacqueline Depiesse-Hannouille, Harrie Van Bostraeten, Une approche radicale de la protection de la jeunesse, in- Déviance et société. 1978 - Vol. 2 - n° 3. pp. 289-298.

Catherine Jacques et Valérie Piette, Une grande bataille : sauver l'enfance. In - Michaêl Amara, Serge Jaumain, Benoît Majerus et Antoon Vrints, Une guerre totale ? La Belgique dans la Première guerre mondiale. Bruxelles, AGR, 2005, pp.151-178


(3) Pluvinage Gonzague, Bruxelles à l’heure allemande, in- Cahiers Bruxellois, 2014/1F (XLVI), pp. 15-39.

Serge Jaumain, et Al., Sur les traces de la Première Guerre mondiale à Bruxelles: Note de synthèse BSI. In - Brussels Studies, 2016.

(4) Jean Houssiau, Christian Vreugde, Les écoliers bruxellois pendant la Première Guerre mondiale  in - Cahiers Bruxellois, 2014/1F (XLVI), pp.41-54

Serge Jaumain, Valérie Piette, Gonzague Pluvinage, Bruxelles 14-18. Au jour le jour une ville en guerre, Bruxelles, 2005, p.34 et suivantes

Christian Vreugde, Les problèmes linguistiques dans les écoles primaires de Bruxelles en 14-18, in- Cahiers de la Fonderie, n° 32, 2005 pp.24-27

Manuelle Sautereau, Aux origines de la pédiatrie moderne : le Docteur Léon Dufour et l’œuvre de la “Goutte de lait” (1894-1928) , in- Annales de Normandie, 41e année, n° 3, 1991, pp.217-233.

Quelques illustrations sur la situation de l’enfance à Bruxelles :

http://www.14-18.bruxelles.be/index.php/fr/vie-quotidienne/femmes-et-enfants/galerie-femmes-et-enfants/64-fr/galerie/galerie-femmes-et-enfants/262-petites-abeilles


lundi 18 septembre 2017

Gabrielle Petit : Le destin tragique d’une femme engagée dans la résistance.

Dans notre précédent billet consacré à l’émancipation des femmes, nous avons retracé le cadre général de l’évolution de  la condition féminine pendant la première guerre mondiale. Nous vous proposons maintenant d’aborder un cas particulier, celui de la figure mémorielle de Gabrielle Petit.


Statue de Gabrielle Petit, Place Saint Jean à Bruxelles. Photo Adrien Antoniol, ULB.

Le destin de Gabrielle Petit (1893-1916) a marqué les esprits en Belgique par son caractère tragique et héroïque. 

Deux statues érigées en sa mémoire en 1923-24 à Bruxelles et à Tournai furent financées grâce à une souscription publique.  Elles symbolisent le mérite de l’action individuelle menée au mépris du danger pour défier toute la puissance de la machine de guerre allemande.  Comme l’a si justement souligné l’historienne Sophie de Schaepdrijver dans un article consacré à la jeune femme :
« Pour elle, (…) la guerre offrira ce que la vie ordinaire lui refuse : une ouverture pour son intelligence, un horizon d’action, la possibilité d’accéder aux honneurs. » (1) 
C’est là toute la difficulté pour les femmes du début du XXe siècle : comment exister par elles-mêmes ? Comment se voir reconnues pour leurs mérites ? Quelle place occuper dans la société ?

Gabrielle Petit  naît  à Tournai dans une famille bourgeoise qui va connaître le déclassement social suite à la désintégration de la cellule familiale, ce qui lui vaut d’être considérée comme une « héroïne issue du peuple », ce qu’elle n’est pas. Après la mort de sa mère et l’abandon par son père, elle se retrouve dès l’âge de huit ans à l’orphelinat, qu’elle quittera  à l’âge de quinze ans pour travailler.  

Elle est marquée par ses années d’enfance chez les religieuses, où son caractère indépendant lui attirera des ennuis. En raison de ce manque d’obéissance, bien qu’élève intelligente, comme l’indiquent ses notes, elle ne poursuit pas sa scolarité. 

Elle quitte l’école et se rend à Bruxelles où elle survit d’un emploi précaire à l’autre. Elle est tour à tour demoiselle de magasin, lingère dans un hôtel ou encore serveuse dans un café.  

A l’âge de dix-sept ans, elle emménage avec un homme marié. Sa vie difficile ne lui convenant pas, elle se sent totalement inutile au point de faire une tentative de suicide en 1912.  Ensuite la guerre survient et va constituer un élément de changement radical.
Elle est alors fiancée à un militaire. Celui-ci est blessé lors des combats sur le sol belge. Ils vont rester un temps en contact, cependant qu’il cherche à regagner son unité sur l’Yser après la bataille d’Anvers. De son côté Gabrielle réussit à traverser la frontière néerlandaise avec l’idée de se rendre utile pour son pays, probablement comme infirmière volontaire. 

Rappelons que les premières écoles de nursing laïques furent créées à Bruxelles peu avant la Première Guerre mondiale. Ces écoles sont soutenues par des personnalités comme le Dr Antoine Depage ou le bourgmestre Adolphe Max. Le domaine des soins hospitaliers était  quasi réservé aux seules religieuses. Le but des pionniers du nursing était d’apporter à des élèves sérieuses une formation adaptée aux progrès de la chirurgie dans le cadre de pensionnats à la discipline stricte où le port de l’uniforme était obligatoire. Le but était  de créer « un créneau social pour la nouvelle profession. Les médecins désirent recruter dans la bourgeoisie, et non plus dans les classes populaires. L’image de la servante « mal dégrossie » hante les esprits, celle de la laïque mercenaire intéressée et amorale inquiète » (2) 
Embarquée sur un navire à destination de l’Angleterre, Gabrielle Petit est contactée par un officier recruteur des services de renseignement britanniques.

Dès lors tout va changer pour elle. Valorisée dans cette nouvelle fonction, voilà enfin la promotion qu’elle attendait et qui donne un sens nouveau à sa vie. Elle déclare : « J’ai presque fini d’être un échantillon sans valeur ; notre avenir sera fait sans le secours de personne » (3)  
Discrètement et efficacement, elle va parcourir une zone allant de la frontière des Pays-Bas à la frontière française, soit en tout près de 200 km. Elle va observer les déplacements des troupes, leur nombre et leurs équipements et faire régulièrement rapport à Londres sous le pseudonyme de « Mademoiselle Legrand ». Animée de sentiments patriotiques, elle sait en tant que femme qu’elle passera plus facilement les contrôles allemands qu’un homme du même âge, toujours suspect de vouloir rejoindre « l’ennemi ».  Depuis son domicile de Bruxelles, elle se rend régulièrement à Tournai (sa ville natale) puis jusqu’à Lille qui se trouve parfois à une dizaine de kilomètres seulement du front.  

Véritable « passe-partout » selon ses propres termes (4), elle est extrêmement mobile, ce qui en soit est un exploit, alors que les déplacements sont contrôlés et limités par l’occupant. Son « réseau » est basé principalement sur quelques amis et sur sa famille.  
Elle est arrêtée le 2 février 1916. Gabrielle Petit est alors livrée à la justice militaire allemande qui va siéger dans l’enceinte du Sénat belge. Le juge réclame la peine de mort, ce qui ne semble pas ébranler la jeune femme. Son attitude de défi et de rejet de l’autorité allemande va marquer les esprits. Jeune femme sans attaches et sans appui puissant, elle insulte l’auditoire militaire à qui elle dénie toute légitimité et à qui elle reproche les meurtres de la campagne de 1914.

Elle n’a que 23 ans, et la voilà condamnée à mort. Malgré une demande de grâce introduite par des membres de  sa famille, les autorités allemandes se montrent inflexibles : la bataille de Verdun est en cours et Gabrielle est jugée comme une espionne très dangereuse pour l’effort de guerre. Son sort est scellé.  Le 27 mars 1916, un courrier de l’Empereur au gouverneur von Bissing ordonne que le jugement soit exécuté. 
Le premier avril 1916, Gabrielle Petit est fusillée. Une affiche allemande annoncera au public la mort de « la vendeuse Gabrielle Petit coupable  d’espionnage en faveur de l’ennemi contre rémunération » (5). Cet esprit de lucre, souligné par les Allemands, était totalement étranger à Gabrielle Petit, mais l’occupant visait par ce fait à la discréditer auprès de la population de Bruxelles et à constituer un avertissement pour les autres citoyens du royaume de Belgique.

Détail du socle de  la statue de Gabrielle Petit, Place Saint Jean à Bruxelles.
Photo Adrien Antoniol, ULB.
Dans un tout autre contexte social, celui de l’après-guerre agité par des revendications syndicales dès 1920 (6), Gabrielle Petit personnifie le symbole de l’héroïsme belge au féminin. Son corps, exhumé de l’enclos des fusillés, est conduit le 29 mai 1919 au cimetière de Schaerbeek lors d’une cérémonie grandiose, rehaussée de la présence et de discours de nombreuses personnalités de premier rang, ainsi que d’une forte participation populaire tout au long du cortège.
Gabrielle Petit, l’Evénement Illustré, numéro extraordinaire, 7 juin 1919. Licence Creative Common.
Signe de temps, Gabrielle Petit appartient désormais « à la Patrie ». Elle devient un mythe et son souvenir est encore commémoré de nos jours au pied des statues qui lui sont dédiées(7). 

Pour en savoir plus  : 

(4) Sophie de Schaepdrijver, Op. Cit., p.356

(5) Emmanuel Debruyne, Patriotes désintéressés ou espions vénaux ? In-Guerres mondiales et conflits contemporains. 2009; n° 232(4) pp.25-45

(6) Eliane Gubin, Les Femmes d’une guerre à l’autre-Réalités et représentations, 1918-1940. In-Cahiers d’histoire du temps présent, n° 4 (1998), pp. 249-281.  p.253

(7) Sophie de Schaepdrijver, Op. Cit., p.372



La statue dédiée à Gabrielle Petit  fut inaugurée en juillet 1923, à l’occasion des fêtes nationales. elle a été financée sur des fonds privés par la Ligue des Patriotes. Parmi les personnalités qui assistèrent à la cérémonie d'inauguration, on compte la reine Elisabeth,  la princesse Marie-José, José Hennebicq, président de a ligue donatrice, le Ministre Albert Devèze, le bourgmestre Adolphe Max et  Maurice Herbette, ambassadeur de France.

Voir également :

Sophie De Schaepdrijver, Gabrielle Petit: The Death and life of a female spy in the First World War, Londres-New York, Bloomsbury publishing, 2015




vendredi 1 septembre 2017

Les civils et le conflit 1914-18.

Entre conservatisme et ferments d’émancipation féminine.

Quels ont été les changements apportés dans le quotidien des femmes lors de la Première Guerre mondiale ? S’agit-il d’une véritable rupture et de la fin des traditions héritées du 19e siècle ?

Le modèle familial, patriarcal et nataliste, est et reste dominant avant, pendant et  après la guerre pour la répartition des rôles entre hommes et femmes. Celles-ci sont avant tout assignées au rôle d’épouse, de mère, de veuve ou encore de sœur. 
Figure emblématique du bouleversement social et culturel dans l’imagerie de la Première Guerre en France et en Angleterre, la « munitionette »  ouvrière des usines d’armement appelée aussi « canari » en raison de la toxicité des produits chimiques qui entraînent une coloration jaunâtre de la peau, est probablement la figure la plus connue de la participation des femmes à l’effort de guerre. 

Usine de munitions - 1914 Illustré, n°147, juillet 1917, dernière page.

Toutefois, cette icône (tout comme l’est l’infirmière, figure maternelle de substitution) ne correspond pas à la réalité en Belgique occupée, mais plutôt à l’imaginaire collectif attaché à la Grande Guerre (1).

Deux infirmières à La Panne en février 1915 
Archives de l’ULB,  fonds Errera- boîte 92, image 06.

En effet, le vécu des femmes, particulièrement en Belgique, est bien différent (2). Elles ne seront pas mobilisées au service de l’industrie d’armement puisque le pays, à l’exception du réduit de l’Yser, est entièrement occupé et administré par l’Allemagne. Elles ne remplaceront pas les hommes puisque l’on compte un très grand nombre de chômeurs parmi ceux-ci, en raison de la fermeture des usines et ateliers. Seuls 20% des hommes ont été mobilisés. Entre oisiveté forcée et recherche de provisions, ils attendent des jours meilleurs et partagent le quotidien du ménage en période de pénurie. Des caricatures d’époque représentent ces « hommes au foyer » en auxiliaires des tâches ménagères (3).
Le lecteur de la presse illustrée, entre 1914 et 1918, regarde d’un œil curieux ou amusé les changements survenant dans les pays voisins et dont les journaux donnent parfois des échos. 

1914-1917 illustré - N°133,  03/1917, dernière page

1914-1917 illustré - N°130, 03/1917, page 9 
en Angleterre (Notez la tenue et le port du pantalon)

Le conflit se prolonge : à la guerre comme à la guerre, il convient de s’accommoder des changements et d’y faire face.
Partant de la réquisition du matériel et des stocks des entreprises dans un premier temps, on passe ensuite à la réquisition des travailleurs. A l’automne 1916, face au refus des Belges de signer des « engagements volontaires », le pouvoir allemand, malgré l’avis défavorable du Gouverneur Moritz von Bissing, décide  de mettre sur pied l’organisation du travail obligatoire. Les hommes sont réquisitionnés pour aller travailler en Allemagne : près de 120 000 seront ainsi forcés de travailler pour l’ennemi dans des conditions très difficiles, plusieurs milliers y laisseront leur vie (4). 

La population civile ne pense qu’aux objectifs suivants : survivre, manger, se chauffer. Plus la guerre se prolonge, plus les réquisitions de l’occupant s’intensifient, plus la vie des civils devient difficile, incertaine. Les files d’acheteurs s’allongent devant les magasins… et quand on a longtemps patienté il est désespérant de se trouver face à des rayons vides. On manque de tout, on doit faire preuve d’inventivité au quotidien. Toutes les classes sociales sont concernées. Certains témoignages nous sont parvenus, tel ce journal intime tenu durant le conflit par une bourgeoise instruite, et qui a été publié par les Éditions de l’ULB (5).

Le ravitaillement à Bruxelles - 1914 illustré, N°165, novembre 1917, dernière page

En marge des « petits métiers » traditionnels du commerce, de nombreuses « œuvres charitables » voient le jour. Elles visent avant tout à maintenir une occupation et à concentrer l’attention d’une partie de la population autour d’un but commun. C’est une forme de charité organisée, puisque le salaire est dérisoire et les postes « importants » réservés aux hommes. 

Petits métiers traditionnels - Au Marché - 1914 illustré,n°27, mars 1915 , p.4.

La plupart du temps, ces « ouvroirs », où les femmes tricotent et cousent, rapportent peu aux ouvrières, principalement des timbres de ravitaillement (6); mais rien que sur Bruxelles, ces occupations concernent pas moins de 15 000 femmes et jeunes filles. Afin de bien saisir l’importance de ces initiatives, il faut ajouter que seuls les hommes occupés à temps plein et à durée indéterminée dans l’industrie ou le commerce auront droit à des allocations de chômage, invention nouvelle. 


L'art de la récupération : l'oeuvre de l'épluchures de pommes de terre.
1914-1917 illustré, N°80,  mars 1916, dernière page.

Le sort des jeunes femmes issues de milieux modestes n’est guère enviable à Bruxelles. Elles sont bonnes, employées de maison ou demoiselles de magasin, serveuses, vendeuses… Leur statut est précaire. Il suffit d’un rien pour qu’elles se retrouvent à la rue, sans ressources, même si elles ont de la famille. La tentation de la prostitution est alors bien là, partout où l’on croise des troupes en permission… L’opprobre public en Belgique sera sans appel face à ce qui sera considéré comme «  un acte de trahison ». On ne fraternise pas avec l’ennemi, fut-ce de manière tarifée et furtive. C’est l’époque des « femmes à boches ». La guerre a vu la population des prostituées  augmenter de façon considérable (de 1915 à 1917 on assiste à un quadruplement des chiffres officiels, qui ne recouvrent pas la totalité du phénomène, entre autres pour les femmes mariées prostituées occasionnelles) – la tranche des 15-25 ans constitue le gros des effectifs (7). 
Entre la réprobation de la population bruxelloise, et le pragmatisme des occupants, des mesures sont prises pour encadrer la pratique… et soigner les soldats contaminés.  Après la grippe et la pneumonie, les IST sont le troisième facteur d’incapacité pour les soldats allemands qui sont soumis à des inspections. Les services de santé militaire leur rappellent, par voie d’affichage, les règles de bon usage du préservatif. Cette attitude pragmatique ne manque pas d’offusquer certains esprits bruxellois bien-pensants de l’époque.
Après la guerre, il faut noter également que la même réprobation touchera les relations entre prostituées et soldats américains.
La stigmatisation laissera des traces bien après le conflit dans les dossiers de police de ces femmes : elles devront prouver leur réinsertion dans une vie plus « conforme à la morale » afin d’être dispensées des examens médicaux périodiques obligatoires pour les prostituées.

Toutefois, ici ou là, on rencontre des  personnages dont le culte, après-guerre, renforcera une vision patriotique et traditionnelle du rôle de la femme. Nous y reviendrons dans un prochain billet consacré à une icône de la résistance.

Conclusions : 
De 1914 à 1918, on assiste en Belgique à un renforcement du conservatisme moral et à une peur face aux changements de rôles que le conflit a parfois entraînés. C’est pourquoi plus que de véritables bouleversements, ce sont des ferments de ce qui viendra bien plus tard que l’on peut observer. Les luttes pour un enseignement de qualité ouvert aux femmes, pour les droits politiques et l’ouverture du marché du travail restent à mener à terme. Plus que les rôles et la place des femmes dans la société, c’est la société occidentale dans son ensemble qui a été ébranlée par la Première Guerre mondiale.
Malgré un combat politique entamé par les féministes pionnières dans les milieux libéraux et socialistes dès la fin du 19e et le début du 20e siècle, les femmes belges vont devoir attendre 1949 pour obtenir le droit de vote. Enfin, pour ce qui est de l’émancipation au quotidien, il faudra attendre 1974 pour une véritable égalité homme-femme dans le domaine du droit.

L’ULB, pionnière depuis de nombreuses années sur les questions liées au féminisme et aux études de genre, compte en son sein une Structure de recherche interdisciplinaire sur le genre, l’égalité et la sexualité (Striges), qui nous propose un cycle de conférences à partir de la rentrée académique : 

Parallèlement, cette année voit aussi l’ouverture du premier Master en études de genre. Cette création nouvelle est organisée conjointement par toutes les universités de la Communauté française :

A suivre...

Pour en savoir plus :

(1) Benvindo, Bruno; Majerus, Benoît et Vrints, Antoon. La Grande Guerre des historiens belges, 1914-2014, In-Revue belge d’histoire contemporaine. 2014, n° 44(2-3). pp. 170-196

Naert, Jan, Verfaillie, Florent, & Vanraepenbusch, Karla.  On the public and academic impact of the'14-'18 commemorations: The Belgian centenary generation of doctoral researchers. In - Revue belge d’histoire contemporaine, 2016, n°46(3/4), pp. 227-251.

Stengers, Jean. Les fondements historiques de la nationalité belge, étude critique. Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres – Histoire, Arts et Archéologie, Bruxelles, 1948. (Thèse de Doctorat).

(2) Piette, Valérie. Les femmes dans la guerre. In- K. Pomian, H. Dupuis, & I. Van Den Broeke (Eds.), 14-18, c'est notre histoire: Catalogue de l'exposition, . Bruxelles, Tempora & Musée royal de l'Armée, 2014, pp. 79-88.

Piette, Valérie. Les femmes et la ville en temps de guerre: Bruxelles en 1914-1918. In-Vivre en ville: Bruxelles et Montréal (XIXe-XXe siècles), 2006,  pp. 137-150.

Gubin, Eliane. "Les Femmes d’une guerre à l’autre-Réalités et représentations, 1918-1940." In - Cahiers d’histoire du temps présent, 1998,  n° 4, pp. 249-281. 


(3) Jaumain, Serge et  Piette, Valérie. Un trésor aux Archives de la Ville de Bruxelles: les caricatures de la Collection Keym. In-L'humour s'en va-t-en guerre: Bruxelles et la caricature en 14-18, 2005, Bruxelles, Archives de la ville de Bruxelles, pp. 5-10.

(4) Gubin, Eliane et de Smaele, Henk. Femmes et hommes en guerre, 1914-1918. Gender@war. 2015, Bruxelles, p. 63-64.


An English Governess in the Great War: The Secret Brussels Diary of Mary Thorp
par Sophie De Schaepdrijver et Tammy Proctor, (Eds.). Oxford university press, New York,2017, p.229.

(5) Giron, Marguerite, Journal d’une bourgeoise : 1914-1918.Édité par Daniël Vanacker, préface de Kenneth Bertrams. Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2015.


(7) Debruyne, Emmanuel. Patriotes désintéressés ou espions vénaux? In-Guerres mondiales et conflits contemporains, 2008, no 4, pp. 25-45.

Majerus, Benoît. La prostitution à Bruxelles pendant la Grande Guerre : contrôle et pratique. In – Cime Histoire et Sociétés, Vol. 7, n°1, 2003 pp.5-42

Debruyne, Emmanuel.  Les « femmes à Boches » en Belgique et en France occupée (1914-1918) In- Revue du Nord, 2014/1, n° 404-405, pp. 157-185 

Aurore François et Veerle Massin, 'Ces virus ambulants’. Discours et pratiques à l’égard des filles de justice atteintes de maladie vénérienne (Belgique, 1912-1950).In- Revue belge d’Histoire contemporaine, 2008, p. 3-4.

Thébaud, Françoise. Penser la guerre à partir des femmes et du genre : l'exemple de la Grande Guerre. In - Astérion, Philosophie, histoire des idées, pensée politique. 2004, n°2  mis en ligne le 05 avril 2005, consulté le 22 janvier 2018. 



mardi 23 mai 2017

"1914 Illustré" un magazine découvert dans nos collections

L’édition d’un magazine bruxellois soumis à la censure allemande.


L’entrée en guerre de la Belgique est marquée par l’arrêt quasi total de la publication des journaux, quotidiens ou hebdomadaires. Les rédactions sont désorganisées par l’avance rapide des troupes allemandes et par l’occupation progressive de toutes les grandes villes du territoire belge. Certains directeurs de journaux choisissent l’exil pendant qu’il en est encore temps. L’administration allemande prend la main et met en place, à tous les niveaux de la vie quotidienne, un système administratif très strict de contrôle et de censure. Les déplacements des civils belges sont limités et soumis à autorisation préalable de l’occupant qui instaure également un système de cartes d’identité. Circuler devient très difficile, alors que la Belgique est pourtant un pays pionnier particulièrement bien doté en infrastructures ferroviaires. Hélas, celles-ci sont réquisitionnées par l’occupant : priorité à l’effort de guerre. Dès lors, comment se tenir informé de ce qui se passe dans le pays, alors que l’on est confiné dans l’espace restreint de sa ville ou de son village ?

La Grand Place de Bruxelles en septembre 1914
Soucieux de démontrer leur supériorité, tant en nombre qu’en équipement, les soldats allemands prennent position et patrouillent dans tout Bruxelles. Ils s’installent ostensiblement dans les locaux du Parlement, du palais de justice et de l’administration.

Septembre 1914.
Afin de prévenir toute velléité d’agitation populaire, ils vont même jusqu’à installer un canon pointant sur les Marolles depuis l’esplanade du Palais de Justice.

Septembre 1914
La guerre s’installant dans la durée après l’offensive rapide de 1914, certains propriétaires privés cherchent spontanément une opportunité de placer leurs capitaux et de satisfaire à la demande d’un public friand de nouvelles en se risquant dans le domaine de l’édition, même s’il faut se soumettre à la censure. Ils se lancent dans la presse, sans parfois beaucoup d’expérience, ce qui explique la durée éphémère de certains titres.

Un jeune historien brillant y a consacré son mémoire de Licence en histoire en 1961 : il s’agit de José Gotovitch qui deviendra plus tard professeur à l’ULB et directeur du CEGES. Ce document, jamais publié, est pourtant fréquemment cité dans tous les travaux les plus récents. C’est pourquoi nous vous le proposons dans son intégralité sous forme numérique.(1)

L’occupant voit d’un œil bienveillant la reprise d’activité du secteur de la presse dans ses rapports envoyés à Berlin. En effet, c’est un signe de maîtrise de sa mainmise administrative: On dirait aujourd’hui  de normalisation (2).


Censure et police politique.


Cette surveillance active est organisée par un diplomate allemand expérimenté : le  Baron Oscar von der Lancken-Wakenitz (1867–1939), chef du «département politique». Il est l’adjoint direct du Gouverneur général de la Belgique, le général et Baron Moritz von Bissing, jusqu’au décès de ce dernier le 18 avril 1917.

Conservatoire de Bruxelles en avril 1917.  

Qui était cet aristocrate diplomate ?


Henri Pirenne a dit de ce personnage influent qu’il était : « un homme du monde instruit, diplomate de mérite et aussi humain que son devoir le comportait ». (3) 

Après une formation universitaire où il apprit notamment à maîtriser la langue française, Oscar von der Lancken servit un temps dans l’armée, comme il est alors d’usage dans les familles nobles, avant de rejoindre le corps diplomatique, de 1892 jusqu’à la fin de sa vie active.

Sa correspondance diplomatique avec Berlin a fait l’objet d’une édition critique qui constitue une source de première main très utile sur toutes les questions relevant de l’administration allemande durant le conflit. Nous ne manquerons pas d’en exploiter les ressources dans des billets ultérieurs portant sur les tractations discrètes pour trouver une issue au conflit qui s’enlise, ou encore sur la mise en œuvre de la «Flamenpolitiek» et le découpage administratif de la Belgique.(4)

En temps de guerre, les règles de la censure sont strictes et tombent sous le sens, hier comme aujourd’hui. Elles visent à la suspension de toute information qui pourrait revêtir un caractère stratégique portant sur la gestion des forces armées, sur la présence, le nombre et l’état des troupes allemandes qui transitent entre le front et les villes étapes ainsi que sur l’issue réelle des combats (pertes réelles, blessés, etc.). (5)

Les informations publiées dans les nouveaux journaux se doivent en outre de respecter le dessin politique allemand : « persuader la population belge de l’imminence de la victoire allemande, isoler la Belgique de son gouvernement (réfugié au Havre), éliminer toute critique vis-à-vis de la politique allemande et toutes nouvelles susceptibles d’attiser la haine contre l’occupant et, enfin, préparer l’opinion publique aux solutions envisagées par les Allemands sur l’avenir de la Belgique » (6), interdire tout propos en provenance des Forces de l’Entente relatifs à des événements qu’ils soient sociaux, politiques, scientifiques ou artistiques.  Le seul prestige doit revenir à l’Allemagne et il convient de présenter de manière positive toutes les décisions ou actions du régime d’occupation.

« De plus, la suspension des autorisations de paraître ou l’arrêt des fournitures de papier offrirent aux Allemands un droit de vie et de mort sur la totalité de la presse censurée » (7)

Il faut noter qu’il existera en parallèle une presse clandestine qui parvient parfois à échapper à l’occupant. Notons ainsi la naissance en février 1915  de La Libre Belgique, dont l’histoire est bien documentée.(8) L’équipe rédactionnelle de ce journal bruxellois est essentiellement catholique, il paraîtra à un rythme hebdomadaire jusqu’à la fin de la guerre. 
Il n’aura de cesse de raviver le sentiment d’indépendance nationale (9) dans la lignée des propos exprimés par le Cardinal Désiré Joseph Mercier (1851-1926) et de sa lettre pastorale « Patriotisme et endurance »  où il déclare sans ambiguïté aucune à l'occasion des fêtes de noël : « Je  considère comme une obligation de ma charge pastorale, de vous définir vos devoirs de conscience en face du Pouvoir qui a envahi notre sol et qui, momentanément, en occupe la majeure partie. Ce Pouvoir n'est pas une autorité légitime. Et, dès lors, dans l'intime de votre âme, vous ne lui devez ni estime, ni attachement, ni obéissance. L'unique Pouvoir légitime en Belgique est celui qui appartient à notre Roi, à son gouvernement, aux représentants de la nation. Lui seul est pour nous l'autorité. Lui seul a droit à l'affection de nos cœurs, à notre soumission ».(10)

Au plus haut de son activité clandestine le tirage de la Libre Belgique atteindra les 20 000 exemplaires, malgré les tentatives allemandes du « département de police B » et de sa douzaine d’enquêteurs expérimentés d’y mettre fin. (11) Le soutien apporté à ces publications et l’audace des imprimeurs  n’étaient pas sans risques : pour les Allemands, ce type d’activité était considéré comme un acte de « trahison de guerre » passible de lourdes peines de travaux forcés. Plusieurs personnes furent ainsi condamnés jusqu’en 1918. La simple détention d’un exemplaire et, plus grave encore, la distribution de tout journal clandestin étaient aussi sévèrement punies.(12)


Un hebdomadaire illustré et censuré.


Venons-en maintenant à l’hebdomadaire 1914 Illustré : revue hebdomadaire illustrée des actualités universelles. Cet hebdomadaire a été publié à Bruxelles par Les Imprimeries Réunies.
Le n°1 est publié en août 1914, à la fin de l’année le magasine deviendra 1914-1915 Illustré et, la guerre se poursuivant, 1914-1916 puis 1914-1917 illustré.

L’essentiel des illustrations de ce billet ainsi que de nombreuses autres publiées dans ce blog en sont extraites.(13) 

Le Service de livraison de l'hebdomadaire. Notez l’usage, courant à l’époque,  de chiens comme force de traction animale. Nous attirons aussi votre attention sur le texte.



Cet hebdomadaire largement illustré (parfois en doubles pages) compte en moyenne huit à douze pages A4. Il propose au lecteur des vues des cités et des régions touchées par le conflit, de la mer du Nord aux confins orientaux. C’est l’occasion de proposer des actualités et des reportages exotiques, qui mettent en valeur le pittoresque et l’insolite: des paysans, mais aussi des têtes couronnées; des bâtiments populaires ou des monuments remarquables ; des scènes de la vie quotidienne des soldats allemands ou des prisonniers qu’ils ont fait ; des explications techniques sur les armes (notamment l’artillerie qui sera intensivement déployée et utilisée sur tous les fronts) et la technologie en développement (observation aérienne et débuts de l’aviation) :  tout est utile et réaffirme à grand renfort d’images les objectifs assignés par le service de propagande. A savoir : mettre en valeur la supériorité de la « nation germanique ». Edité à Bruxelles, le magasine comporte toujours une page d’actualités locales qui nous renseignent sur la vie quotidienne de la capitale sous l’Occupation. De temps à autre, on verra apparaître aussi des  « récits édifiants  et moralisateurs » ou encore de véritables romans feuilletons sans rapport avec la guerre : il faut bien distraire les lecteurs. 

La vitrine du magasin principal en 1916.

Toutefois, von der Lancken le souligne dans ses rapports dès 1915, l’hebdomadaire qu’il déclare comme « soutenu par des capitaux français », posera des soucis à la censure sans que la nature de ces derniers ne soient explicités. (14)

Petit métier de rue.
On sait que l’Occupation a donné lieu à des réactions patriotiques inventives et à des interprétations caricaturales qui font la part belle à la «zwanze» typiquement bruxelloise. Tantôt le caricaturiste reproduit un Manneken-Pis qui se soulage sur les bottes d’un officier ennemi, ou bien on représente Adolphe Max sous les traits d’un Saint Michel terrassant le dragon qui orne la flèche de l’hôtel de ville, à cette différence près que le dragon porte un uniforme allemand.(15) 

Dès lors, l’ironie du choix de la gravure classique de Rubens ne peut que faire sourire le lecteur d'aujourd’hui comme ce fut probablement le cas à l’époque. Sous couvert de message religieux, comme le souligne la légende, non sans malice, l’allusion  est comprise par tous, sauf par la censure qui a laissé passer.

Reproduction d'une gravure de Saint Michel par Rubens 


A l’issue de la guerre, on verra renaître la parution de quasi tous les titres d’avant-guerre avec un esprit patriotique renforcé, tandis que disparaîtront les titres qui étaient nés entre 1914 et 1918 et s’étaient accommodés de la censure.
On assistera également à un fort mouvement de réprobation, tant dans la population que dans le milieu professionnel (16), à l’égard de certains journaux et de ses journalistes « embochés » - notez le jeu de mot - ce qui donnera lieu à des poursuites et à des procès pour ceux qui s’étaient montrés trop zélés dans leur collaboration complaisante, que celle-ci soit active ou passive. (17)

Références :

(1) José Gotovitch, Contribution à l’histoire de la presse censurée. 1914-1918, Mémoire de Licence inédit, Bruxelles, ULB, 1961.

(2) Michaël Amara et Hubert Roland, Gouverner en Belgique Occupée.  Oscar von der Lancken-Wakenitz – Rapports d’activité 1915-1918- Édition critique- À l’initiative de M. Dumoulin et J. Gotovitch. Bruxelles, Peter Lang, 2004, page 48.

(3) Henri Pirenne, La Belgique et la guerre mondiale, Paris/New haven, 1928, p.107

(4) Amara et Roland, op.cit. 

(5) José Gotovitch, op. cit., p.82

(6) Amara et Roland, op.cit. , p.49 
Les règles de la censure appliquées par les allemands sont reprises en détail dans les annexes du Mémoire de José Gotovitch,  pp.280-284

(7) Idem, p.88

(8) Pierre Goemaere, Histoire de la Libre Belgique clandestine. Bruxelles, 1919.
Ce livre, riche en anecdotes, raconte notamment comment un exemplaire fut déposé sur le bureau du Général von Bissing. Il faut dire que les rédacteurs avaient donné comme fausse adresse du siège d’édition, celle de la Komandantur. Pour les historiens une table des articles publiés est reproduite à partir de la page 117, augmentée  à partir de la page 137 par un « livre d’or » reprenant le nom et le rôle de toutes celles et ceux qui ont participé à cet acte de résistance.

(9) Jean Stengers et Eliane Gubin, Histoire du sentiment national en Belgique des origines à 1918, Volume 2: Le grand siècle de la nationalité belge de 1830 à 1918. Bruxelles, racine, 2002.

(10) Patriotisme et Endurance. Lettre pastorale de S. E. le Cardinal D. J. Mercier ... au Clergé et aux fidèles de son Diocèse. (A l’occasion de la fête noël 1914). Texte intégral  et plus particulièrement la page 20.
Cette lettre  qui sera saisie donna lieu à un vive controverse avec le gouverneur von Bissing dont voici la reproduction :  http://uurl.kbr.be/1000680 
Les autres publications du cardinal Mercier en rapport avec la guerre sont référencées sur le site du CEGES. 

(11) Sophie De Schaepdrijver et Emmanuel Debruyne, Sursum Corda: the underground press in occupied Belgium, 1914–1918. In- First World War Studies, 2013, vol 4.1, pp.23-38 (et plus particulièrement la page 29).

Pour en savoir plus voir aussi la thèse de Doctorat suivante  :


(12) Amara et Roland, op.cit. , p.355-356. 

(13) 1914 Illustré : revue hebdomadaire illustrée des actualités universelles. Publié à Bruxelles par Les Imprimeries Réunies. (Documents reliés en trois tomes de 1914 à 1918 conservés à la bibliothèque de l’ULB).  

José Gotovitch ne le mentionne que dans les annexes de son mémoire de Licence, p. 269.

(14) Amara et Roland, op.cit. , p 117

(15) La question a  été particulièrement bien étudiée dans cet ouvrage : Serge Jaumain et Valérie Piette (Dir.), L'humour s'en va-t-en guerre: Bruxelles et la caricature en 14-18. Bruxelles, A.G.R., 2005

(16) Pierre Van Den Dungen, Les milieux de presse bruxellois pendant la Grande Guerre. Les Cahiers de La Fonderie, n°32 (Bruxelles en 14–18: La Guerre au Quotidien) 2005, pp. 15–20.

(17) José Gotovitch, op. cit., p.200-211.

Pour en savoir plus : le CEGES et les A.G.R. ont mis en ligne un site consacré à la presse de guerre avec une liste complète des publications  : https://warpress.cegesoma.be/fr/newspaper-list