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lundi 8 janvier 2018

Emile Vandervelde : Le parcours d’un homme politique belge de stature internationale.

Émile Vandervelde (1866 - 1938) aura marqué l’histoire de la vie politique belge pendant près de 50 ans. Cet homme engagé, aux convictions profondes, incarne le socialisme belge du début du XXe siècle. Intellectuel d’origine bourgeoise, il met son énergie au service d’un idéal démocratique et pacifiste à une époque marquée par les guerres et le nationalisme.

Fonds iconographique des Archives de l'ULB
Né en 1866 à Ixelles, au sein d’une famille bourgeoise libérale, Émile Vandervelde étudie le droit à l’Université libre de Bruxelles. C’est à l’issue de ses études, en 1885, qu’il rejoint la toute nouvelle Ligue Ouvrière d’Ixelles. Homme d’action, il va immédiatement militer en faveur du suffrage universel. Il crée, avec le concours de Louis de Brouckère, le Cercle des étudiants et des anciens étudiants socialistes.
Louis de Brouckère à la fin de sa vie - Fonds Iconographique des Archives de l'ULB

Après ses études de droit, il complète sa formation sur les bancs de l’université en suivant des cours de sciences : en biologie et en médecine. C’est à cette occasion qu’il fait la rencontre de Jean Massart,  avec lequel il publiera, en 1897 et en 1898, des études marquées par le néo-positivisme alors en vogue et qui appliquent le modèle darwinien à la sociologie. En raison de ses idées socialistes qui dérangent, et ce malgré son activité scientifique, il ne peut, dans un premier temps, s’assurer une place au sein de l’Université libre de Bruxelles. Qu’à cela ne tienne, il sera partie prenante de l’aventure de l’Université Nouvelle. À l’invitation d’Ernest Solvay, il travaillera également à l’Institut des Sciences sociales (futur Institut de Sociologie) qu’il codirige un temps avec Hector Denis et Guillaume De Greef. L’Institut se réunit à cette époque à l’ancien hôtel Ravenstein, avant de prendre ses quartiers au parc Léopold, sous la direction d’Emile Waxweiler. L’Institut de Sociologie Solvay connaît alors son âge d’or. 

Émile Vandervelde est enfin désigné titulaire d’un cours d’Histoire des doctrines sociales à l’ULB. Il entre ensuite à l’Académie royale en 1913, il sera nommé directeur de la Classe des Lettres et des Sciences morales et politiques en 1933.

Auteur prolifique, il publie de nombreux articles et ouvrages, principalement entre 1897 et 1908. Dans ses publications, il recourt à des méthodes statistiques détaillées en tant qu’instruments d’analyse. Il s’attache à la dynamique des villes et des campagnes dans le contexte d’une Belgique fortement industrialisée : transports, migration de la main-d’œuvre et travail saisonnier, crise de l’agriculture, etc.
Ce travail intellectuel l’identifie comme un socialiste révolutionnaire (entendez au sens français de 1789), puisant ses conceptions dans une analyse marxiste du cours de l’histoire qu’il conçoit comme un processus en transition du féodalisme au capitalisme. Pour lui, la lutte des classes est, et reste jusqu’à la fin de sa vie, le moteur d’une révolution sociale qu’il estime inévitable. La Belgique est « l’enfer du prolétariat », selon la formule de Marx que Vandervelde aimait citer, et ce en raison de l’absence d’une législation qui protège les travailleurs des excès du capitalisme.

Parallèlement à sa vie publique, Émile Vandervelde entre en franc-maçonnerie en 1899, à la loge des Amis philanthropes. Il trouve dans cette loge progressiste, véritable laboratoire d’idées novatrices, une écoute et un relais sensibles à ses engagements en faveur du suffrage universel, de l’instruction publique, de l’assurance ouvrière et du droit des femmes. (1)

En 1894, jeune député, il est le principal rédacteur de la Charte de Quaregnon, texte programmatique qui fera date dans l’histoire du mouvement socialiste et qui n'a jamais été rejeté depuis. Il convient ici de rappeler qu’au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la Belgique connaît un grand essor industriel. Cependant, la répartition des richesses reste profondément inégale. Ainsi, la classe ouvrière connaît un sort peu enviable : son niveau de vie est très bas et il n’y existe aucune forme de sécurité sociale. Le pouvoir politique est aux mains de la grande bourgeoisie tandis que l’influence cléricale reste très marquée. Enfin, la population dans sa majorité est assez peu instruite, on compte un grand nombre d’illettrés.
Bien qu’issu d’un milieu favorisé, Émile Vandervelde va se battre au nom des plus faibles contre ces injustices manifestes. Ses premiers combats se font en faveur du suffrage universel pur et simple. Afin que ce changement capital se matérialise dans la loi, il n’hésite pas à soutenir plusieurs mouvements de grève générale. La situation est très tendue et la grève de 1902 dégénère. Les forces de l’ordre ouvrent le feu : six grévistes sont tués à Louvain.

Affiche commémorative pour les victimes des grèves de Louvain du  18 avril 1902. - Collections AMSAB, Gand
Dès lors, afin d’éviter que le sang ne coule à nouveau, il va s’engager dans une voie réformiste. S’il continue à descendre dans la rue afin d’accompagner les mouvements sociaux, ce sera pour s’interposer entre la foule en colère et la police. C'en est fini pour lui de l'idéal "révolutionnaire" : il devient un partisan du "réformisme". Désormais, c’est dans l’enceinte parlementaire que le combat doit se mener. Vandervelde est l’un des ténors du Parti ouvrier belge avant d’en devenir rapidement « le patron » incontesté, et ce pour plusieurs décennies.

Fonds iconographique des Archives de l'ULB
Dans l’enceinte du parlement, Vandervelde va livrer un autre combat : arracher le Congo au pouvoir absolu du roi Léopold II. (2)
Souvent seul contre la majorité, parfois même seul au sein de son propre parti, il met en avant les conditions épouvantables réservées à la population indigène, notamment le travail forcé, dans ce qui est alors l’État indépendant du Congo, possession privée du souverain. Il soutient la nécessité pour l’État belge de prendre en main la gestion du pays, et ce pour des raisons humanitaires. Tous les abus commis sur place contre les Congolais contribuent à enrichir personnellement le souverain. Vandervelde estime la situation immorale, contraire aux droits de l’homme et au respect élémentaire de la liberté du travail. Il se fait le défenseur des opprimés. Au terme d’un long combat, le Congo devient le 15 novembre 1908 une colonie de l’État belge. Il aura fallu des pressions internationales et une commission spéciale pour y arriver. (3)


Émile Vandervelde va également se distinguer sur la scène internationale au sein du Mouvement Socialiste Européen. En 1893, il est désigné rapporteur au sein de la Deuxième Internationale, association qui regroupe les sections nationales des partis socialistes. Durant de nombreuses années, il va y jouer le rôle de médiateur entre les tendances contradictoires afin d’aboutir à des compromis nécessaires pour maintenir l’unité du mouvement socialiste.
En 1900, il se voit nommé à la présidence du comité exécutif du Bureau. Le siège de cet organe dirigeant est établi à Bruxelles. Le secrétariat en sera assuré de 1905 à 1922 par son ami Camille Huysmans.

Malgré tous ses efforts, les délégations françaises et allemandes sont divisées par des querelles doctrinales. L’arrivée de la guerre va précipiter la fin du rêve internationaliste. Vandervelde est autant surpris par le cours des événements que déçu par l’absence de réponse commune du mouvement socialiste. Dans chaque pays belligérant, les socialistes vont voter les crédits de guerre.
Ensuite, Vandervelde est appelé par le Roi Albert 1er à rejoindre le gouvernement d’unité nationale. (4) Il accepte, tout en revendiquant son indépendance en tant que socialiste, pacifiste et internationaliste convaincu, et cela au nom de la démocratie en danger. Au sein de l’Internationale, sa position est critiquée.
Lorsque survient la révolution russe, Émile Vandervelde sous-estime le rôle de Lénine. Il ne voit dans les événements que l’expression d’un peuple en marche vers un destin plus juste, un avenir bâti autour des droits de l’homme. Il souhaite que les Russes poursuivent leur effort de guerre. Rien de cela ne se réalise. Il a l’occasion de s’en rendre compte et de revenir sur ses positions au cours des deux voyages qu’il effectue sur place en 1917 et en 1922.(5) 

À la fin de la guerre, Vandervelde participe à la conférence de paix à Versailles en tant que membre de la délégation officielle belge. Les négociations de 1918 en vue de reconstruire la Belgique au lendemain de la guerre vont aboutir au suffrage universel. Cela change la donne au parlement : désormais les socialistes vont contribuer au changement à travers les débats qui agitent les tribunes de l’hémicycle et non plus dans la rue. Participer aux activités parlementaires est devenu un objectif dans l’optique d’engager des réformes. C’est ainsi que durant la période d’après-guerre, Vandervelde associe son nom à d’importantes mesures : la réforme pénitentiaire, la reconnaissance des droits syndicaux, la lutte contre les ravages de l’alcoolisme, les lois sur la protection de l’enfance et les droits de la femme, la journée de travail de huit heures, les bases du système des pensions et de l’assurance chômage.

Finalement, c’est la crise suscitée par la guerre d’Espagne qui marque la fin de sa carrière. Dépassé par la jeune génération de militants socialistes, il sent que son rôle de « patron » du Parti Ouvrier lui échappe. Il assiste avec inquiétude à la montée du fascisme à travers l’Europe, prémisse d’un nouveau conflit mondial. Cette Seconde Guerre mondiale, il ne la connaîtra pas : il décède le 27 décembre 1938.

Aujourd’hui son nom reste attaché au centre d’étude du Parti Socialiste : l’Institut Émile Vandervelde.


Pour en savoir plus :

1) Andrée Despy-Meyer, Inventaire des archives de l’Université nouvelle de Bruxelles, 1894-1919, déposées aux Archives de l’Université de Bruxelles, Archives et bibliothèques de Belgique, 1973, p. 102

 Lucy J. Peelaert, La représentation maçonnique dans les noms de rues de Bruxelles. Bruxelles, pp.382-383

Histoire d’une Loge. Les Amis philanthropes de 1876 à 1998. Bruxelles, Les Amis philanthropes, 1999.

2)  Licata, Laurent, et Olivier Klein, Regards croisés sur un passé commun : anciens colonisés et anciens coloniaux face à l’action belge au Congo.  In - L’Autre : regards psychosociaux, 2005, pp. 241-78

3) Jean Stengers, Belgique et Russie, 1917-1924 : gouvernement et opinion publique. In - Revue belge de philologie et d’histoire, 1988, vol. 66, no 2, p. 296-328

4) Pascal Delwit, La vie politique en Belgique de 1830 à nos jours, Bruxelles, éditions de l’Université de Bruxelles, 2010, p. 84

5) René Robbrecht et Georges Laurent (Ed),  Le Grand Orient de Belgique et la Loge "Les Amis Philanthorpes n°2" face aux fascismes (1930-1945). Bruxelles, Logos, 2011, p.88.

A son retour de voyage, en 1922 , Vandervelde il fait une conférence aux Amis Philanthropes en compagnie du  frère Wauters où il se montre très critique sur le régime soviétique.

Voir aussi : 

Janet Polasky, Émile Vandervelde, le patron, Bruxelles, Labor, 1995

Marcel Liebman, Les socialistes belges, 1914-1918 : le POB face à la guerre, Bruxelles, éd. Revue nouvelle - Fondation Joseph Jacquemotte - Vie ouvrière, 1986

Émile Vandervelde, La Belgique envahie et le socialisme international. Paris-Nacy, Berger-Levrault, 1917.
et Jacques Mertens. Belgische Vrijmetselaars in en over "de Groote Oorlog". 2018. Print. 
Ce dernier ouvrage reprend plusieurs extraits significatifs du précédent, notamment pp.46-65

Paul Hymans, Vandervelde et le socialisme belge. In-Le flambeau,1939,  22(1), 1-7.

Jean Stengers, Congo, mythes et réalités, Bruxelles, Racine, 2005.



Effi Markou, Réformer la ville, résoudre la question agraire. L'ordre urbain d'Émile Vandervelde 1895-1910, In- Cahiers Jaurès, vol. 177-178, no. 3, 2005, pp. 23-38.

Émile Vandervelde, Les derniers jours de l’État du Congo, Mons, éditions de la Société nouvelle, 1909

Émile Vandervelde, La Belgique et le Congo, Paris, Alcan, 1911


lundi 9 octobre 2017

La fin d’un empire à l’Est

Belgique-Russie 1917


Tandis que la Première Guerre mondiale se prolonge et s’enlise, le peuple russe, lassé par des années de privations et usé par la rudesse du conflit, se retourne contre le régime impérial et son souverain, le Tsar Nicolas II.

Le tsar et son fils héritier du trône. 1914 illustré, n°133 mars 1917, couverture.- Collection Bibliothèques de l'ULB

L’année 1917 (et plus particulièrement le mois d’octobre) reste pour beaucoup l’année de la Révolution russe : le début  d’un régime qui va durer 74 ans et marquer durablement l’évolution des relations internationales. Cette révolution mouvementée se produit en plusieurs étapes. Soumis à la pression populaire et sur le conseil de son état-major, Nicolas II abdique  le 22 mars 1917: les prérogatives impériales du tsar sont suspendues. Dans un premier temps, c’est le régime de Kerenski qui prévaut. La Russie devient une république où plusieurs tendances se font concurrence. Ensuite, avec la « Révolution d’Octobre », c’est le courant des « bolcheviques »  qui s’impose et s’empare du pouvoir. Les bolcheviques constituent au départ le groupe majoritaire du « Parti ouvrier social-démocrate de Russie » qui deviendra le Parti Communiste.  Finalement, le tsar et toute sa famille assignée à résidence, ainsi que quelques proches attachés à leur service, sont exécutés à Ekaterinbourg durant la nuit du 16 au 17 juillet 1918.

La Cour de Russie. 1914 illustré, n°136, 04/2017, détail de la dernière page. Collection Bibliothèques de l'ULB.

C’est la fin d’un empire à l’Est, la fin  d’un régime autocratique héréditaire de droit divin. Un armistice est  proclamé avec les Empires centraux le 15 décembre 1917. C’est la fin de la Première Guerre pour l’armée russe, mais pas la fin des combats. La révolution se passe désormais sur le front intérieur. Il s’en suit plusieurs années de guerre civile mettant aux prises différentes factions politiques dans un pays en crise soumis à la famine. 

Le sort de la Russie ne laisse pas indifférent en Belgique. Ainsi, Émile Vandervelde (1866-1938), chef de file du Parti Ouvrier Belge et dirigeant de la Seconde Internationale, salue l’événement que constitue le changement de gouvernement.  Il effectue même un voyage en Russie en mai 1917. Bientôt toutefois, après un second voyage entrepris en 1922, il entre en opposition avec le nouveau régime bolchevique. La répression de tout avis divergent, la vérité d’État au lieu du pluralisme des opinions et les arrestations arbitraires auront raison de l’idéalisme des premiers jours. Il dénonce dès le début des années 1920 le «socialisme dictatorial, bureaucratique, hyper étatique, instauré dans un pays où le capitalisme n’existait qu’à l’état embryonnaire» (1).
La Seconde Internationale a vécu. Ses idéaux égalitaires et pacifistes se sont brisés sur la réalité de la guerre moderne.

C’est  à un épisode moins connu, mais hors du commun, que nous avons décidé de consacrer la suite de ce billet. Nous tenons à remercier ici  l’historienne Francine Bolle qui nous a permis de numériser ses archives familiales.  

Le corps expéditionnaire des autos-canons-mitrailleuses belges

La Compagnie des autos-canons-mitrailleuses de l’armée belge, créée en décembre 1914, était une  unité novatrice constituée de presque 400 hommes, tous volontaires, et d’une douzaine de véhicules blindés surmontés d’un petit canon ou d’une mitrailleuse. (Une réplique du véhicule a été reconstituée au Musée royal de l’Armée de Bruxelles par des collectionneurs passionnés ).  

Une partie de la compagnie des ACM – Archives familiales Francine Bolle - ULB
Une partie de la compagnie des ACM – Archives familiales Francine Bolle - ULB.

Dans un premier temps, les véhicules et leurs équipages restent confinés derrière l’Yser, rendus inutiles par un conflit enlisé en guerre de positions. Ensuite, en réponse à une demande de soutien des autorités russes, la Compagnie des autos-canons-mitrailleuses se transforme en corps expéditionnaire et rejoint la Russie par un chemin détourné afin d’éviter les dangers de la mer du Nord. Les soldats belges vont embarquer à Brest dans un navire qui va contourner le Royaume-Uni par l’ouest, ainsi que la Scandinavie par le nord, pour les conduire à Arkhangelsk, port de la mer Blanche,  au cœur du cercle polaire arctique.

Arrivés à destination le 6 décembre 1915, ils séjournent dans le domaine impérial de Saint-Pétersbourg. Le tsar passe les troupes venues de Belgique en revue dans sa résidence de Tsarskoïe Selo, avant que ces dernières ne soient déployées bien plus au sud, sur le front de Galicie (l’actuelle frontière entre la Pologne et l’Ukraine), où elles restent jusqu’en 1917. Elles se battent contre les troupes autrichiennes dans une guerre de mouvement. Suite à l’agitation révolutionnaire, les Belges se voient finalement contraints à quitter le territoire russe, après avoir signé un document par lequel ils s’engagent à ne jamais prendre les armes contre la nouvelle république socialiste soviétique.

La compagnie des ACM sur le chemin du retour -  photo n°195 – Archives familiales Francine BOLLE – ULB 

Par quelle route regagner la Belgique ? Impossible de rebrousser chemin ou de traverser l’Allemagne, cela va de soi. C’est donc via la ligne du Transsibérien, dont les travaux ont été achevés en 1916, qu’ils rejoignent Vladivostok  au terme d’un périple éprouvant, avant d’embarquer pour les États-Unis. Ce périple à la fois aventureux et exotique de plus de 9000 kilomètres leur permet de traverser les contrées reculées de Sibérie et de Mandchourie. Le souvenir de ce voyage est illustré par de nombreuses cartes postales et photographies. Les cartes postales sont timbrées ; le cachet de la poste permet de suivre une partie du déroulement du périple.

Le franchissement de la rivière Outoulik. Carte postale de la région du lac Baïkal, datée du 25/03/1918 – 
Archives familiales Francine Bolle – ULB

Cavalier bouriate à la frontière entre la Sibérie et la Mongolie –  carte postale datée du 25/3/1918 –
Archives familiales Francine Bolle – ULB.


La traversée des États-Unis : San Francisco, compagnie des ACM –
Archives familiales Francine Bolle-photos 300 à 303 – ULB.
Arrivés à San Francisco, ils découvrent le nouveau monde qui les attend et les accueille avec tous les honneurs. Toujours par voie de chemin de fer, ils vont traverser le territoire américain jusqu’à New-York dans une ambiance de liesse à chaque ville étape. Le voyage de plus de 4600 kilomètres est animé : les Belges sont célébrés partout. Ils défilent même sur la 5e avenue à New-York comme de véritables héros, la presse ayant pris soin de relater leurs aventures par des récits enthousiastes tout au long de leur parcours d’ouest en est.
Ensuite, c’est la traversée de l’Atlantique en bateau de New-York à Bordeaux. Ils regagnent la France le  23 juin 2018, soit trois ans après leur départ. La Compagnie des autos-cannons-mitrailleuses est finalement dissoute sur décision des autorités militaires belges, en raison de la réputation d’aventuriers de ses membres, suspectés d’être « contaminés » par l’idéologie bolchevique. 

Parmi les membres de cette unité au destin unique, on compte de nombreux représentants de la noblesse  et de la bourgeoisie, attirés par cette arme nouvelle que constitue la voiture blindée. Mais ils ne sont pas seuls : nous retiendrons notamment  le jeune syndicaliste sérésien Julien Lahaut, qui deviendra député puis président du Parti communiste belge,  avant d’être assassiné dans des circonstances tragiques en 1950, ainsi que les  Liégeois Oscar et Marcel Thiry, connus pour leurs activités littéraires.

Pour conclure, il convient de rappeler que la fille de Marcel Thiry, Lise Thiry, virologue de réputation mondiale, est un professeur émérite de la faculté de médecine de l’ULB.  Elle a préfacé en 2003 la réédition du livre consacré au récit de l’expédition des autos-cannons, augmenté de lettres inédites de Marcel et Oscar Thiry à leur famille. Cet ouvrage et une source précieuse pour découvrir l’épopée de ces soldats belges emportés par les convulsions de l’histoire.

Le colloque international intitulé :
« 1917-2017 : Espoirs, héritages et utopies de la Révolution russe » 
se tiendra du 2 au 4 novembre à la Maison du Peuple de Saint-Gilles.

Renseignements : chsg.ulb.ac.be




Pour en savoir plus : 

(1) Janet Polasky, Emile Vandervelde, le Patron. (préface du Professeur Philippe Moureaux) Bruxelles, Labor, 1995, p.9 et suivantes.

Emile Vandervelde, Trois aspects de la révolution russe. Paris-Nancy, Berger-Levrault, 1918.

Pascal Delwit et José Gotovitch, La peur du rouge. Bruxelles, PUB, 2004.

Claude Renard, Octobre 1917 et le mouvement ouvrier belge. (préface du prof. Jean Puissant) Bruxelles, Memogrames et éditions du CArCoB, 2017.


Marcel Liebman, Les socialistes belges en 1914-18. Le POB face à la guerre. Bruxelles, Vie Ouvrière, 1986.



Emmanuel Gerard, Widukind De Ridder, Françoise Muller, Qui a tué Julien Lahaut ? Waterloo, la Renaissance du Livre, 2005.


Marcel Thiry, Le Tour du monde en guerre des autos-canons belges (1915-1918), suivi de, Lettres inédites d’Oscar et Marcel Thiry à leur famille pendant la Première Guerre mondiale. Bruxelles, Le Grand Miroir, 2003.

Olivier Defrance, L'odyssée des autos-canons-mitrailleuses. Le tour du monde du Corps expéditionnaire belge de 1915 à 1918. Bruxelles, Fondation Roi Baudoin, 2015.