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jeudi 22 novembre 2018

Bruxelles 1918 : de l’armistice à la reconstruction.

Le 11 novembre 1918 à 11 heures du matin le clairon sonne l’armistice sur tous les fronts : c’en est fini de quatre années de conflit. Mais, à un siècle de distance, est-ce vraiment la date qui symbolise le mieux la fin de la guerre ou la libération de Bruxelles ?

Les ravages liés à la guerre continuent à peser sur la population. Il faut rétablir les approvisionnements après des années de privations et reconstruire afin de permettre un retour à la normale.

Paysage de la ligne de front après guerre - Fonds iconographique Jean Massart - Archives de l'ULB.

La sévère occupation allemande de Bruxelles et le régime administratif mis en place depuis le 20 août 1914 prend fin dans la confusion. Entre le 9 et le 15 novembre, c’est l’agitation dans une partie de l’armée occupante qui traverse un moment d’agitation révolutionnaire : des soldats  épuisés et démoralisés se révoltent et refusent de suivre les ordres de la hiérarchie militaire. Le climat est à la révolution à Berlin, mais aussi à Bruxelles. De plus, depuis le mois d’octobre 1918, un certain nombre de fonctionnaires allemands et leurs familles ont plié bagage-, quittant la capitale belge. Ils sont bientôt suivis par les troupes qui reviennent du front et traversent Bruxelles avant de rejoindre le territoire allemand. Cette retraite militaire se fait de manière désorganisée : les unités se sont débandées et les désertions se multiplient. Ce sont entre 50 et 60 000 soldats peu ou pas encadrés qui traversent entre le 10 et le 12 novembre le nœud de communication que constitue Bruxelles. Le climat est tendu, les rumeurs vont bon train, on déplore des incidents graves ainsi que des morts entre factions opposées parmi les occupants.

Le mouvement est parti d’Allemagne où des marins se sont mutinés dès le 29 et le 30 octobre, refusant un affrontement - perçu comme désormais inutile - avec la marine anglaise. Dans les jours qui suivent, les premiers « conseils de soldats » voient le jour, sur le modèle de la Russie soviétique. A plusieurs endroits, on proclame la naissance de la République et l’abolition de la monarchie. Le but est de mettre un terme à la guerre.

Paysage de la ligne de front après guerre  - Fonds iconographique Jean Massart - Archives de l'ULB.

La population de Bruxelles patiente, incrédule. Les premiers prisonniers politiques sont libérés et quittent la prison de Saint-Gilles. Les citoyens restent cependant circonspects : il leur est difficile d’accepter cette « libération » venant des mains d’un ennemi en déroute et qui ne résulte pas d’une victoire  décisive sur le front, où les troupes des deux camps sont épuisées, enlisées depuis plusieurs années dans les tranchées. (1) 

Des scènes de désordre se produisent dans Bruxelles jusqu’au 15 novembre. On déplore plusieurs morts dans la population belge. Le 15 et le 16 novembre, les premiers soldats anglais, belges et alliés arrivent enfin dans la capitale. Le 17 novembre, les autorités communales hissent enfin le drapeau belge sur l’hôtel de ville de Bruxelles. Le 18 novembre, le bourgmestre Adolphe Max, figure bruxelloise de la résistance, longuement emprisonné par l’occupant,  reprend sa fonction mayorale.

Buste d'Adolphe Max à l'Hôtel de Ville de Bruxelles -  Photographie Adrien Antoniol-ULB-DBIS.

Le Roi Albert 1er effectue le 22 novembre une entrée solennelle dans la capitale pavoisée aux couleurs nationales : la guerre est désormais terminée.

Le Roi vainqueur le 22 novembre 1918 - Collection privée Philippe Noël - ULB- DBIS
C’est l’enthousiasme et la liesse populaire tout au long du cortège, tant dans les rues de Bruxelles qu’au parlement, où le « Roi chevalier », en grand uniforme, prononce en français devant la nation un discours retentissant, qui, après l’hommage aux morts, militaires et civils, prend une tournure programmatique. A la tête d’un nouveau gouvernement d’union nationale, le Roi annonce que le suffrage universel pur et simple est enfin accordé aux hommes de 21 ans et plus, ainsi que, par dévolution,  aux veuves de guerre. Dans le monde du travail ce sera désormais la loi des huit heures qui prévaudra, ainsi que la liberté syndicale et la reconnaissance du droit de grève. De plus, attentif aux revendications flamandes, le Roi s’engage à donner une place officielle à la langue néerlandaise dans l’enseignement supérieur et dans l’administration. Le grand dessein du Souverain et de son entourage est de rétablir un certain équilibre au sein de la société, afin d’éviter toute agitation politique.

Le retour du Roi Albert à Bruxellles le 22 novembre 1918- Collection Archives Cinematek

Festivités de la libération de Bruxelles le 22 novembre 1918 - US National Archives- Department of Defense.

S’il faut retenir une autre date qui clôture la Première Guerre mondiale, ce serait plutôt celle qui, après l’armistice, marque la fin des négociations de paix : le Traité de Versailles est signé le 28 juin 1919. L’Allemagne est mise au ban des nations par les Alliés et soumise à de lourdes sanctions financières pour la réparation des dommages de guerre. Afin de préserver la paix, la Société des Nations est mise en place. Hélas, les conditions du Traité de Versailles contiennent en germe les éléments qui conduiront à la Seconde Guerre mondiale.

Il convient de souligner le rôle des juristes belges au cours de cette conférence de paix. Emmenés par le ministre Paul Hymans, ils vont jouer un rôle important. Crédités de la confiance du monde politique et « sortis de leur tour d’ivoire académique » (2), ils vont mettre leur expertise dans le domaine du droit des relations internationales au service de la diplomatie belge. Quelques grandes figures du droit, déjà reconnues avant la guerre dans le monde académique, vont s’illustrer sur la scène politique internationale. La Belgique, auréolée pendant un temps par son statut de « martyr d’août 1914 », espérait un traitement de faveur. Il n’en sera rien. Les revendications territoriales des négociateurs belges sur l’estuaire de l’Escaut (au détriment des Pays-Bas) et sur le Grand-Duché de Luxembourg ne sont pas rencontrées. Seul  le territoire des cantons d’Eupen-Malmédy est concédé, ainsi que l’administration sur les territoires du Ruanda-Urundi. Les Alliés sont soucieux de ne pas accorder à la Belgique un traitement privilégié. Ainsi le siège de la Société des Nations sera-t-il établi à Genève au lieu de Bruxelles.

La Belgique ne retrouve pas non plus, après 1918, le rôle éminent de grande puissance industrielle qu’elle avait pu avoir au tournant du siècle. La réalité économique internationale et les rapports de force ont changé en profondeur et durablement. 

Durant les années 1917 et 1918, les Allemands ont poursuivi une politique de réquisition et de démantèlement de l’industrie belge. Usine et infrastructures sont démontées et exportées,  de nombreuses voies de chemin de fer et pas moins de 350 ponts sont détruits. Le bétail et la main d’œuvre civile sont réquisitionnés pour contribuer à l’effort de guerre allemand. Le but délibéré de toutes ces mesures est d’affaiblir les capacités de production de l’industrie afin que la Belgique se relève difficilement de la guerre. (3) 
Particulièrement meurtrie par les années de guerre, la Belgique et sa population ont besoin d’aide. La « Commission for Relief of Belgium  » continue sa mission d’approvisionnement en vivres jusqu’en 1919.  La coordination des efforts entamée en 1915 se poursuit : les cargos circulent désormais librement et peuvent importer principalement des États-Unis, mais aussi du Canada et d’Argentine, les produits agricoles indispensables. (4) 

La reconstruction

Dans un climat d’unité nationale et de ferveur patriotique autour de la personne du Roi, les Belges vont se mettre en devoir de reconstruire le pays et de relancer les activités normales en temps de paix. C’est dans ces conditions que les universités vont reprendre leurs activités, en permettant à plusieurs cohortes d’étudiants de terminer un cursus interrompu par le conflit.

La fin de la guerre marque un tournant pour l’Université Libre de Bruxelles. Dès 1911, le législateur avait accordé la personnalité juridique aux universités de Louvain et de Bruxelles, ce qui leur permettait de mener à bien en leur nom propre toute une série d’actes officiels, tels que des emprunts et des projets immobiliers. Les locaux de la Rue des Sols n’étaient plus adaptés au développement de l’institution qui avait déjà plusieurs laboratoires installés au Parc Léopold, comme nous l’avons retracé dans un précédent billet. 

C’est la ville de Bruxelles qui va intervenir une fois de plus. Le Conseil communal en date du  12 août 1921 décide de faire don de la dizaine d’hectares de terrains où s’est tenue en 1910 l’Exposition Universelle. (5) 

Plaque commémorative sur le bâtiment U  campus du Solbosch
Photographie Adrien Antoniol-ULB-DBIS.

Le plateau du Solbosch, aux limites de l’agglomération urbaine d’alors, est disponible pour accueillir de nouvelles constructions qui répondent aux conceptions modernes de l’enseignement et de la recherche, grâce à de nombreux laboratoires bien équipés. Ce tournant marque, dans le choix de répartition des surfaces construites, le développement du partenariat entre l’université et le monde industriel (6) . C’est dans cet espace du Solbosch que va pouvoir se déployer le nouveau campus de l’Université libre de Bruxelles, pensé pour une population croissante de 3 000 étudiants. 

Le plateau du Solbosch au début des travaux - Fonds iconographique Archives de l'ULB
Le premier bâtiment qui sort de terre est celui de la faculté des Sciences, l’actuel bâtiment U, conçu sur un modèle industriel fonctionnaliste. Il est construit entre 1922 et 1924.

Le chantier du bâtiment U- Fonds iconographique Archives de l'ULB
Dès le départ, il ne fait pas l’unanimité auprès des contemporains, qui déplorent son architecture austère et ses couloirs labyrinthiques.

Le bâtiment achévé - Fonds iconographique Archives de l'ULB.
Un autre projet est dans les cartons, celui d’un bâtiment destiné à accueillir la bibliothèque, la faculté de Philosophie et Lettres, celle de Droit ainsi que l’administration.
Pour réaliser cet important projet de construction et de redéploiement, l’Université sera aidée par le financement de la  Commission for Relief in Belgium, en abrégé C.R.B.
Cette agence américaine dirigée par Hoover est la seule habilitée à s’occuper de l’aide en faveur de notre pays. Elle sera active jusqu’en mai 1919 dans sa forme originale. Le solde des fonds excédentaires disponible à cette date tant au C.R.B. qu’au Comité National de Secours et d'Alimentation (C.N.S.E.A.)  sera consacré à la reconstruction des infrastructures universitaires, à l’enseignement supérieur et à la recherche. Hoover, en raison de son action, sera fait citoyen d’honneur de la ville de Bruxelles par son bourgmestre, Adolphe Max. De même il se verra attribuer le titre de Docteur Honoris Causa par l’ULB  dès la fin 1918, puis par l’Université de Gand, de Liège et enfin de Louvain. (7)

Grâce au financement du C.R.B. s’élevant à près de vingt cinq millions de francs de l’époque pour la construction nouvelle,  un concours  d’architecture est organisé pour ce bâtiment de prestige. En effet, suite à l’incendie de la bibliothèque de Louvain en 1914, les Américains, sensibilisés par ce drame vont, dans un élan de générosité peu banal, financer les universités de Belgique.

Si l’Université Catholique de Louvain a fait reconstruire sur la place Ladeuze une nouvelle bibliothèque (8) pour remplacer l'ancienne, originellemnent située dans les anciennes halles entre la rue de Namur et la place du Vieux Marché, incendiée par les Allemands au début du conflit; de son côté, l’Université de Bruxelles a choisi de disposer, sur un nouveau campus moderne, d’une bibliothèque aux collections en libre accès. Munie d’une grande salle de lecture de 150 places éclairée par de hautes baies vitrées, c’est l’outil indispensable voulu par ses promoteurs pour la formation des étudiants et le travail des enseignants. (9)  

Le chantier de construction du bâtiment A - Fonds iconographique Archives de l'ULB

En 1924, un cahier des charges est rédigé. Le nouveau bâtiment devra constituer la carte de visite de l’Université, car situé à front de parcelle sur l’Avenue des Nations, l’actuelle Avenue Roosevelt, il a pour mission de cacher le bâtiment des Sciences. Le C.R.B. finance intégralement ce projet en accord étroit avec les autorités de l’ULB pour la définition des besoins à rencontrer.  Le programme des nouvelles infrastructures fait l'objet d'un concours qui met pour condition  le respect d’un « style historique à caractère belge ». (10)

Vue du bâtiment  A terminé -  Fonds iconographique Archives de l'ULB
C’est l’architecte Alexis Dumont qui est le lauréat du concours, avec une vision personnelle revisitant l’héritage de la Renaissance qui a séduit le jury. Le bâtiment A sort de terre en 1928-29. Il allie une vision extérieure à l’ancienne et un aménagement intérieur moderne, bien pensé par rapport aux fonctions auxquelles l’ensemble est destiné.

Les aménagements de la bibliothèque sont décrits en détails par la bibliothécaire en charge à l'époque, Hilda Kessels,  dans la publication que nous rendons disponible en note. (11)

La bibliothèque constitue véritablement "le coeur du bâtiment" autour duquel sont disposés les séminaires et les bureaux des enseignants des facultés de Droit et de Philosophie et Lettres.

Vue aérienne du campus du Solbosch au début des années 1930 - Fonds iconographique Archives de l'ULB
Désormais installée dans ses nouveaux locaux sur un campus « à l’américaine » situé loin du centre-ville, l’ULB va connaître un développement constant de ses effectifs et de ses installations durant tout le XXe siècle. Rien de tout cela n’aurait été possible sans le soutien indéfectible de la Ville de Bruxelles et les mouvements de solidarité internationaux liés à l’issue de la Première Guerre mondiale.


Sur le thème de ce billet, nous attirons votre attention sur deux expositions que vous pouvez visiter en ce moment à Bruxelles :

« Au delà de la Grande Guerre 1918-1928 »
War Heritage Institute, Bruxelles, Parc du Cinquantenaire.
Exposition ouverte jusqu’au dimanche 22 septembre 2019.

« Bruxelles, novembre 1918. De la guerre à la paix? »
Musée Bellevue, Bruxelles, Place Royale.
Exposition gratuite ouverte jusqu’au 6 janvier 2019.

Pour en savoir plus :

(1) Benoît Majerus, Bruxelles, 1918: révolution et sortie de guerre. In - Philippe Chassagne et Jean-Marc Largeaud, Villes en guerre, Paris, Armand Colin, 2004, pp. 196-207 et plus particulièrement ici p.203.

Voir également sur le même thème :

Laurence Van Ypersele et Axel Tixhon, Célébrations de Novembre 1918 au royaume de Belgique. In - Vingtième Siècle. revue d'histoire, n°67 (Juil.-Sept.2000), pp.61-78. 

José Gotovitch, Révolution à Bruxelles, Le « Zentral Soldatent Rat ». In – Roland Baumann et Hubert Roland, Carl Einsetin Kolloquium 1998. Francfort, Peter Lang 2001, pp. 237-257.

José Gotovitch, Les occupations allemandes en Belgique. In - Relations Internationales, n°79, 1994, pp. 303-317.

Claudie Weill, Les conseils en Allemagne 1918-1919. In - Le Mouvement Social, 1990, pp. 77-93.

(2) Luc Scheppens, Albert Ier et le gouvernement Brocqueville, 1914-1918. Aux origines de la question communautaire. Paris-Gembloux, Duculot, 1983, p. 226.

(3) Vincent Genin, Intégrer le droit international aux relations interétatiques : les juristes belges à Versailles en 1919. In – Relations Internationales, 2018/2, n°174, pp.39-52 et plus particulièrement ici p. 51.

Voir aussi, du même auteur, sur le rôle des juristes après guerre autour de Paul Hymans qui sera le premier Président de l'Assemblée Générale de la SDN: Vincent Genin, Le cas des experts belges à la Cour permanente de justice internationale, 1921-1930. Intégrer l’histoire du droit international au champ de l’histoire des relations internationales, In -  Les Cahiers Sirice, vol. 18, no. 1, 2017, pp. 61-76.

(4) Georges H. Nash, Herbet Hoover’s Contribution to the Reconstruction of Belgium After World War I. In- Pierre-Alain Tallier et Patrick Nefors, Quand les canons se taisent : actes du colloque international organisé par les Archives de l'Etat et le Musée royal de l'Armée et d'Histoire militaire (Bruxelles, 3-6 novembre 2008). Bruxelles, AGR (études sur la Première Guerre mondiale, n°18),  2010, pp. 365-366.

(4) Sébastine Farré, La Commission for Relief of Belgium: neutralité, action humanitaire et mobilisations civiles durant la Première Guerre mondiale. In - Relations internationales, 2014, no 3, pp. 69-82. et plus particulièrement ici p.77.

Voir aussi :



(5) Serge Jaumain, Virginie Jourdain, Michaël Amara et al. Sur les traces de la Première Guerre mondiale à Bruxelles…  In -Brussels studies, Notes de synthèse, 2016, Article 102, 04 juillet 2016.

(6) Kenneth Bertrams, Un partenariat à double facette? Milieux académiques et industriels dans le secteur électrique belge (1880-1940). In - Annales historiques de l’électricité. Victoires éditions, 2007, pp. 33-46. pour une analyse fine des interactions entre université et industrie dans l'évolution des conceptions pédagogiques.

Et du même auteur voir aussi :

Kenneth Bertrams, 2. De l'action humanitaire à la recherche scientifique : Belgique, 1914-1930 , In - Ludovic Tournès éd., L'argent de l'influence. Les fondations américaines et leurs réseaux européens. Autrement, 2010, pp. 45-63. 

NB. Le F.N.R.S. a été créé en 1928 suite au Discours de Seraing prononcé par le Roi Albert Ier le 1er octobre 1927.

(7) Georges H. Nash, Op. Cit., p.399.

(8) Jan Van Impe, De Universiteits-Bibliotheek van Leuven. Het verhaal van een Feniks. Leuven, Universitaire Pers, 2003, p. 22 et suivantes.

(9) Pour une analyse détaillée des relations complexes et parfois difficiles entre Herbert Hoover et Emile Franqui, voir : 
Liane Ranieri, Emile Francqui, ou l'intelligence créatrice : 1863-1935. Gembloux, Duculot, 1985. 

(10) Le même architecte sera responsable des pavillons J avenue Roosevelt en 1928 et de la cité Héger en 1931. Pour une étude globale du patrtimoine construit sur le campus du Solbosch, voir la note : Université libre de Bruxelles. Le campus du Solbosch. Inventaire du Patrimoine architectural, Bruxelles-Extensions Sud, en ligne.

Pour une étude complète sur l'histoire des Bibliothèques de l'ULB, voir :

Jean Pierre Devroey et Christian Brouwer, Bibliothèques : les Bibliothèques de l'Université Libre de Bruxelles depuis sa création et la Nouvelle Bibliothèque des Sciences Humaines. Bruxelles, Bibliothèques de l'Université libre de Bruxelles, 1995,  et plus particulièrement pp. 38-40.

(11) Hilda Kessels, La Bibliothèque de l'Université Libre de Bruxelles. In - Revue de Bibliothèques, Paris, 1928, pp.302-315.

Voir également :

Henry Dupuis, Krzysztof Pomian et Isabelle Van Den Broeke (éds.), 14-18 c’est notre histoire. Bruxelles, Tempora – Musée de l’Europe, 2014, pp.103-150.

Chantal Kesteloot et Bruno Benvindo, Bruxelles ville occupée 1914-1918. Bruxelles, GEGES -Renaissance du Livre, 2016.

Laurence Van Ypersele, Emmanuel Debruyne et Chantal Kesteloot, Bruxelles, la mémoire et la guerre (1914-2014). Bruxelles, la Renaissance du Livre, 2014.

Stéphane Audoin-Rouzeau et Christophe Prochasson, Sortir de la Grande Guerre-Le monde et l'après 1918. Paris, Tallandier, 2015.

Catherine Gauthier et Gonzague Pluvinage, Deuil, souvenir et folklore. Quand Manneken-Pis commémore les soldats de la Grande Guerre. In -Cahiers Bruxellois–Brusselse Cahiers, 2014, vol. 46, no 1F, pp. 63-71.

Gonzague Pluvinage, Exposition 14-18 Bruxelles à l’heure allemande: la vie quotidienne sur le «front» de l’arrière à Bruxelles et en Allemagne, une histoire comparée de la Première Guerre mondiale. In-Cahiers Bruxellois–Brusselse Cahiers, 2015, vol. 47, no 1, pp. 453-457.

Jan Naert, L’épuration des bourgmestres belges après la Première Guerre mondiale (1918-1921). In : En territoire ennemi Expériences d'occupation, transferts, héritages (1914-1949).  Ed. James Connolly et al.,  Villeneuve d’As, Presses Universitaires du Septentrion, 2018, pp. 58–79. 

Laurence Van Ypersele, Au nom de la Patrie! A mort les traîtres. La répression des inciviques belges de 1914 à 1918. In -Histoire@ Politique, 2007, no 3, pp. 1-16.

Peter Scholiers, The policy of survival : food, the State and social relations in Belgium, 1914-1921.
In - The Origins and Development of Food Policies in Europe published by John Burnett and Derek J. Oddy. London, New York (NY),   Leicester University Press, 1994, pp.39-54.

Sophie De Schaepdrijver, A Civilian War Effort: the Comité National de Secours et d’Alimentation in Occupied Belgium, 1914-1918. In - Remembering Herbert Hoover and the Commission for Relief in Belgium. Proceedings of the Seminar on the Humanitarian Work and Legacy of Herbert Hoover held at the University Foundation on October 4, 2006. Bruxelles, 2007. pp. 24-37.

Serge Jaumain et Wanda Balcers, Bruxelles 1910: De l’exposition universelle à l’Université. Bruxelles, Racines,  2010.

« En avril 1910, le Solbosch, futur campus de l'Université libre de Bruxelles, accueillait une prestigieuse exposition universelle, aujourd'hui largement oubliée par la mémoire collective. Pourtant, près de 13 millions de visiteurs belges et étrangers sillonneront les allées de cette impressionnante manifestation dédiée aux nations, à leur culture et à leurs entreprises.

Au-delà du succès populaire, l'exposition de 1910 joua un rôle essentiel dans l'urbanisation de nouveaux quartiers de l'est de la ville. Si les bâtiments furent entièrement démontés dès la fin de l'événement, un peu plus tard, au début des années 1920, l'avenue des Nations (rebaptisée avenue Franklin Roosevelt après la Seconde Guerre mondiale) fut prolongée jusqu'à l'hippodrome de Boitsfort, facilitant l'implantation de prestigieuses demeures. Les terrains libres du Solbosch attirèrent aussi l'attention des autorités de l'ULB, lorsque celle-ci fut forcée de quitter le centre-ville. »

Voir enfin le numéro de novembre 2018 de la Revue Nouvelle qui consacre un dossier à la Première Guerre mondiale : Geneviève Warland, La Grande Guerre. Paysages, mémoires et représentations. In – La Revue Nouvelle, 2018, n°7, pp.30-32.







mardi 10 avril 2018

1917 et la radicalisation d’une partie du nationalisme flamand

Activisme et passivisme face à l’occupation allemande


L’année 1917 constitue un moment important dans l’histoire du mouvement flamand du fait des décisions prises par l’occupant depuis le début du conflit. En effet, une des lignes de force de la politique allemande dans l’administration du territoire belge relève d’une vision stratégique à longue échéance : il  s’agit, pour l’Empire du Kaiser, de s’appuyer sur la Flandre pour briser la prédominance de l’influence française en Europe et, partant, du « fait francophone » en Belgique.

Drapeau flamand - Licence Creative Commons

Sur les cartes d’état-major, la Belgique, « accident de l’histoire européenne », est considérée comme un simple territoire de passage pour les stratèges allemands. Cependant, les occupants ne se limitent pas à  cette définition et ils tendent à transformer la Belgique neutre et indépendante en État vassal. Un des avantages stratégiques de la Belgique réside dans les ports de la mer du Nord qui permettent un accès plus commode à l’océan Atlantique que la mer Baltique, qui est très enclavée. (1) 

Plan d'attaque des troupes allemandes dit "plan Schlieffen" élaboré en 1905 par le Général Schlieffen. 
Cette vision géopolitique de l’Europe fait partie d’un plan plus large dans lequel l’Empire du Kaiser cherche à se donner une position conforme à ses aspirations, celle de leader de la Mitteleuropa. (2) 

L'Empire Allemand au centre de l'Europe - Carte des alliances militaires durant le conflit - Licence Creative Commons

Forte de sa puissance industrielle et de son prestige scientifique, l’Allemagne entend réaliser ses ambitions impériales par la mise en place d’un projet annexionniste. Un scénario envisagé avant-guerre est de faire de la Flandre un État autonome dirigé par un prince allemand au sein de l’Empire. Cet État élargi, englobant les ports français de la Manche, aurait pour capitale Anvers et disposerait de son propre parlement unilingue néerlandophone. Il est prévu que les francophones soient chassés du territoire. (3)

Ce projet pan germanique ne remportera pas l’avis de la majorité en Allemagne. Une autre stratégie est privilégiée durant le conflit : ce sera la Flamenpolitik. Celle-ci consiste à donner des gages aux revendications politiques - et donc linguistiques -  du mouvement flamand jusque alors en butte au refus obstiné des élites francophones du nord comme du sud du pays. En effet, dans le cadre de la Belgique unitaire d’avant-guerre, peu d’hommes politiques étaient favorables aux revendications populaires du mouvement flamand : la reconnaissance de la langue et du fait culturel, la liberté de disposer d’un enseignement néerlandophone.
Il faut noter cependant qu’en Belgique, face à l’invasion allemande, un certain accord s’était dégagé — y compris dans la mouvance flamingante — pour mettre de côté les revendications politiques en attendant le retour de la paix. C’est le courant que l’on appelle « passiviste ». En face de lui, le courant « activiste », minoritaire, était disposé à saisir la moindre opportunité, fut-ce de la main des occupants. Ce courant opta pour une politique de collaboration.

La guerre éclair souhaitée par les belligérants s’est enlisée dans les tranchées du nord. Le temps passe. Il faut gérer le quotidien et s’occuper des territoires conquis. Les autorités allemandes mettent en place une organisation administrative séparée en deux entités selon le régime linguistique. En effet, le 21 mars 1917, un décret sépare le pays en deux régions administratives : la Wallonie avec Namur comme capitale et la Flandre avec Bruxelles comme capitale. Chaque région est voulue comme homogène et unilingue. De ce fait, le néerlandais devient la seconde langue officielle du Royaume de Belgique.
Pour les activistes c’est une véritable fuite en avant : minoritaires et tenus en piètre estime par la majorité de la population, ils ont besoin de justifications à leurs actions qu’ils prétendent mener au nom d’une nation flamande dont ils se veulent les représentants. (4) 

La « flamandisation » forcée de l’Université de Gand en 1916 est ressentie comme un acte vil et méprisable par l’opinion publique. Cette initiative des occupants est rejetée par quasi tous les bords politiques : on parlera  d’ « Université von Bissing ». Les enseignants francophones se sont opposés massivement aux premières tentatives de réouverture, et ce dès l’été 1915 : ils voyaient dans ces manœuvres politiques une sorte de trahison à l’égard des étudiants et anciens étudiants qui continuaient de se battre sur le front de l’Yser.
Il n’est pas surprenant dans ce contexte que, dès la rentrée 1919, l’Université de Gand redevienne francophone en réaction à cette décision unilatérale.

Les historiens Henri PIRENNE (1862-1935) et Paul FRÉDÉRICQ (1850-1920) prisonniers en Allemagne en 1916 – Collections Archives de l’ULB.
Cependant, les figures académiques gantoises, dont Henri Pirenne et Paul Frédéric,  qui s’étaient illustrées dans la résistance à la mise en place des projets de l’occupant et des collaborateurs flamingants sont conscientes que l’organisation des études supérieures doit changer au nord du pays. Il faudra attendre pour que les revendications légitimes soient entendues et que l’institution adopte ensuite l’usage unique du néerlandais. Alors qu’un projet de loi déposé conjointement par les trois députés surnommés "les trois coqs chantants" : Frans Van Cauwelaert, catholique, Camille Huysmans, socialiste et Louis Franck, libéral, est discuté sans succès durant les années 1910-1912 face à une vive opposition, c’est finalement en 1932 que sera instaurée l’université flamande. (5)

Affiche appelant à un meeting en faveur d'une université néerlandophone, 1910  - Collection Archives -Universiteit Gent.

La consultation populaire organisée par le Raad van Vlaanderen, le 3 février 1918, est un échec. Le soutien populaire n’est pas au rendez-vous. Bien plus, l’agitation est intense au point que les Allemands eux-mêmes doivent mettre un terme au processus électoral. Désormais, les Allemands ne présument plus de la sympathie « politique » de la population flamande pour l’Allemagne, sympathie qui avait été déduite hypothétiquement à partir des similitudes ethnolinguistiques mises en évidence dans les atlas linguistiques de l’Europe de l’époque.

Les visions administratives des forces d’occupation se heurtent à un sentiment général d’opposition : là où elles avaient cru pouvoir s’appuyer sur des aspirations nationalistes flamandes, elles sont confrontées à un patriotisme belge qui avait été sous-estimé. De plus, l’entrée en guerre et le statut d’État neutre n’avaient fait qu’amplifier ce sentiment auprès de la majorité de la population du jeune pays qu’était la Belgique. La tentative de néerlandisation forcée par l’occupant de la vie publique et administrative ne séduit qu’une minorité de flamingants.

Et à Bruxelles ?


C’est dans la capitale que les flamingants sont le plus tentés par l’activisme car c’est à Bruxelles que la sensation d’une suprématie absolue du français est la plus forte. (6) Cependant, il s’agit là d’un mauvais calcul politique car dans l’opinion publique, en cette fin de conflit, on les associe à la situation économique difficile, au chômage, aux réquisitions et à la disette, dont on les tient pour partie responsables. La population de Bruxelles a froid durant les hivers 1917 et 1918 : on abat des arbres en cachette ou on en est réduit à brûler des meubles pour se chauffer. La population de Bruxelles est affamée : les distributions de repas ou de vivres permettent tout juste de ne pas mourir de faim.

Pour se nourrir la population met en culture tous les espaces disponibles en ville. In - 1914-18 Illustré, 31/10/1916. 

Dès lors, le changement de législation imposant le néerlandais dans l’espace public à Bruxelles passe très mal auprès de la population.
Face à cette montée de boucliers, les activistes s’isolent et se radicalisent encore davantage dans leurs prises de position : ils deviennent la « conscience » et « l’avant-garde » d’un peuple opprimé en attente d’indépendance, d’une « nation flamande » qu’ils voudraient voir émerger comme entité politique. Chaque critique les renforce dans leur logique de collaboration et les incite à plus de dureté dans leurs choix politiques : puisque la réalité sociale et politique ne se conforme pas à leurs souhaits, ils vont tenter la changer radicalement.

Mais la majorité des néerlandophones, et en particulier les flamingants restés loyaux à  l’État belge, est bien consciente que des mesures autoritaires d’indépendance obtenues  via l’occupant risquent de discréditer l’évolution à long terme du mouvement. La voie des réformes obtenues de manière démocratique et légitime est de loin préférable afin  de consolider des acquis linguistiques : ceux-ci, une fois obtenus,  pourront plus difficilement  être remis en question. Cette frange du mouvement flamand va opter pour la voie  démocratique contre l’autoritarisme. 

Depuis la fin du XIXe siècle, les revendications portant sur l’égalité linguistique et plus précisément le bilinguisme généralisé s’inscrivent pleinement dans le cadre de l’État belge.
Toutefois, malgré des revendications que l’on peut juger a posteriori comme modérées, le mouvement flamand s’est longtemps heurté à un front de refus de la part de la classe politique francophone au nord comme au sud du pays.

Sur le front.


Le mouvement frontiste (7)  traverse une partie de l’armée belge. Il est vrai que sur l’Yser, 65 % des troupes sont flamandes. Dans le réduit littoral, le roi Albert veille à préserver ses troupes et évite de participer à la politique de « l’offensive à outrance » pratiquée par les armées alliées au prix de grandes pertes humaines. Du coup, les Français observent d’un œil méfiant tout ce qui dans le mouvement flamand peut s’apparenter à de la germanophilie. (8)

Ce mouvement flamand d’alors, fortement catholique et rural, est anti-francophone et opposé aux progrès des grandes villes considérées comme des « lieux de perdition » au main d'une bourgeoisie instruite dans la langue de Voltaire où l'idéologie libérale est largement diffusée depuis la révolution française. Pour les principaux acteurs de ce courant de pensée, les changements introduits par l’industrialisation et la modernité dans la vie quotidienne sont autant d’atteintes à la « pureté » de l’âme flamande. (9) 

La collaboration des « Activistes » avec l’occupant leur vaudra après la guerre de lourdes condamnations devant les tribunaux civils ou militaires, dont pas moins de 39 condamnations à mort. La peine capitale a été réintroduite en 1916 à l’instigation de la justice militaire, cependant aucune des sentences capitales ne seront appliquées sur l’intervention directe du ministre de la Justice Émile Vandervelde qui obtiendra la grâce royale. De plus, des lois d’amnistie furent votées en 1928 et 1937, mettant un terme à ce que l’on a appelé « la répression des inciviques ». Quelques années plus tard, lorsque surviendra la Seconde Guerre mondiale, certains de ceux qui ont été désignés comme « inciviques » réitéreront leur collaboration avec l’occupant allemand voire adhéreront aux thèses nazies…(10)

Vue de la zone de l'Yser dans l'immédiat après-guerre - Archives de l'ULB Fonds Massart
Sur fond de divergences politiques, économiques, et culturelles, et de mutations sociales et démographiques, la « question linguistique » sera par la suite source de nombreux débats qui vont mobiliser la classe politique durant l’après-Seconde Guerre mondiale. Cette dynamique va aboutir à la fixation de la frontière linguistique en 1963, puis engendrera la crise de Louvain en 1967-1968 avec le slogan resté célèbre : « Walen buiten », qui mènera à l’implantation de l’Université catholique de Louvain dans le Brabant Wallon et la construction d’une toute nouvelle ville.

Le principe général qui préside à la réorganisation de l’État devenu fédéral est l’unilinguisme régional pour la Flandre et la Wallonie et le bilinguisme pour la capitale.

Bien que progressivement bilingue dans l’organisation des études depuis 1919 et dans les décennies qui suivent, l’Université Libre installée à Bruxelles ne peut rester insensible aux mutations du contexte politique général et à l’évolution du paysage institutionnel qui marque la fin de la « Belgique de papa ». C’est ainsi qu’elle procède à son tour en 1969 à une scission en deux entités sœurs à Bruxelles : l’ULB francophone et la VUB néerlandophone.


Pour en savoir plus :

(1) VANDEWEYER Luc, La côte belge convoitée par la Kaiserliche Marine, in- VLIZ, 2013, n°36, pp.8-13

VILLIERS Patrick, La lutte pour le contrôle de la mer en Manche-Est et Pas-de-Calais pendant la Grande Guerre, in - Guerres mondiales et conflits contemporains, 2012, no 3, p. 51-65

(2) DELFORGE Paul, La politique allemande à l’égard de la Belgique de 1914 à 1918, Émission Mémo animée par Jacques Olivier, RTBF, la première, 25/04/2009 page 2.

(3) Idem, page 4.

(4) DE SCHAEPDRIJVER Sophie, La Belgique entre exaltation et rejet, 1914-1918, in- Cahiers d’Histoire du Temps Présent, n° 7, 2000, pp.17-49 et plus précisément page 41.

Sur le contexte général en Belgique avant guerre et sur la question linguistique,  voir aussi : DE SCHAEPDRIJVER Sophie, La Belgique et la Première Guerre mondiale, Peter Lang, 2004, pp. 27-30.

(5) WITTE Els Witte La question linguistique en Belgique dans une perspective historique, in- Pouvoirs, vol. 136, no. 1, 2011, pp. 37-50 page 41 et aussi GOTOVITCH José, La légation d’Allemagne et le Mouvement flamand entre 1867 et 1914 in - Revue belge de philologie et d’histoire, 1967, vol. 45, no 2, p. 438-478  page 468.
Pour une biographie en français de Louis Franck, Docteur de Droit de l' ULB,  voir la notice qui lui est consacrée dans la Biographie Nationale 

(6) DE WEVER Bruno, VERDOODT Frans-Jos, VRINTS Antoon, Les patriotes flamands et la construction de la nation, in- Courrier hebdomadaire du CRISP, 2016/31 (n° 2316), p. 5-38   page 22.

voir aussi SCHEPENS, Luc, Albert Ier et le gouvernement Brocqueville 1914-1918. aux origines de la question communautaire. Paris-Gembloux, Ed. Duculot, 1983. - tout particulièrement le chapitre intitulé "les réactions belges à la Flamenpolitik allemande", pp.107-151.

(7) DE SCHAEPDRIJVER Sophie, La Belgique et la Première Guerre mondiale, Peter Lang, 2004, page 188.

(8) Idem, page 195.

Voir aussi sur la "Question flamande" l'ouvrage de Marie-Rose Thielemans, Albert Ier. Carnets et correspondance de guerre. Paris et Louvain-La -Neuve, Ed. Duculot 1991, pages 120 à 126. 

(9) Ces idées sont souvent mal comprises par le public francophone non spécialisé mais elles sont bien exposées dans la littérature notamment par  DEWEVER Bruno et Al. , op.  cit., et DE SCHAEPDRIJVER Sophie, La Belgique, op. cit. et aussi DESCHOUWER Kris, Comprendre le nationalisme flamand, in- Fédéralisme Régionalisme , Volume 1 : 1999-2000 - Nationalisme et démocratie.

SCHEPENS, Luc, Albert Ier et le gouvernement Brocqueville, 1914-1-1918. Aux origines de la question communautaire. Paris-Gembloux, Duculot, 1983, p.40.

(10) VAN EVERBROEK Christine, L’activisme entre condamnation et réhabilitation : influence de l’activisme et des activistes sur le développement du nationalisme flamand dans l’entre-deux-guerres ; contribution à l’histoire du nationalisme flamand (Thèse de doctorat non publiée), Bruxelles, Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, 1997


MONBALLYU Jos, La justice transitionnelle en Belgique dans les affaires pénales après la Première Guerre mondiale (1918–1928), in- Tijdschrift voor Rechtsgeschiedenis/Revue d’Histoire du Droit/The Legal History Review, 2012, vol. 80, no 3-4, p. 443-479

Et aussi : 




MEYLAERTS Reine, Rewriting the history of collaboration in Belgium (1914-1918): translation and censorship in- Les Archives du Conseil de Flandre, 2006.

YAMMINE Bruno, Drang nach Westen. De fundamenten van de Duitse Flamenpolitik (1870-1914), Davidsfonds, Leuven 2011.

MERTENS, Jacques. Belgische Vrijmetselaars in En over "de Groote Oorlog". 2018. Print, pp. 121-147.
Les pages de ce chapitre sont entièrement consacrées à la question flamande et à l'activisme.






lundi 5 février 2018

Les enfants bruxellois face à la guerre

La problématique de l'aide à la petite enfance.


La Première Guerre mondiale n’a épargné personne, et certainement pas les habitants les plus faibles du royaume : les enfants. Ceux-ci ont souffert du régime sévère de réquisitions mis en place par l’occupant allemand, une souffrance aggravée par la durée du conflit. On ne s’étonnera donc pas de retrouver dans la presse, à de nombreuses reprises, des illustrations qui évoquent leur situation à travers le pays. Nous vous en présentons une sélection dans ce billet.

1914 illustré n°81, mars 1916, page de couverture
1914 Illustré, n°81, mars 1916 - Collection des Bibliothèques de l'ULB
Dès février 1915, le Comité National de Secours et d’Alimentation (CNSA)  met en place une section entièrement dédiée aux besoins spécifiques de la petite enfance ; le Dr Paul Héger fait partie des premiers membres de la Commission royale des patronages. (1)   
En s’appuyant sur les diverses œuvres qui existaient avant le conflit, l’offre d’aide va se développer au fil du temps : consultations de nourrissons, soupes scolaires, œuvre des « Gouttes de lait », colonies de vacances, œuvre des orphelins de guerre, etc. L’ensemble de ces œuvres de bienfaisance est coordonné par la Commission d’alimentation de l’enfance. 

1914 illustré, numéro 162, octobre 1917, couverture.
1914 Illustré, n°162, octobre 1917 - Collection des Bibliothèques de l'ULB
Il faut signaler que depuis les années 1890, à l’initiative de diverses associations philanthropiques, des structures locales voient le jour dans les communes pour lutter contre la mortalité infantile et la pauvreté, afin également de favoriser la santé des mères et d’apporter au plus grand nombre des notions modernes de santé et d’hygiène. La guerre va accentuer ce mouvement et lui donner une nouvelle ampleur en structurant les actions existantes et en élargissant l’offre de services sur tout le territoire. 

1914 illustré, n°139, mai 1917, dernière page.
1914 Illustré, n°139, mais 1917 - Collection des Bibliothèques de l'ULB
À Bruxelles, plusieurs milliers de personnes vont trouver une occupation au sein de ce foisonnement d’associations, dont pas moins de 4 000 ouvrières dans le domaine du textile. On comptera également une « Œuvre belge du jouet » dont l’action vise à atténuer la présence massive de jouets importés d’origine allemande. On le voit, tous les domaines de la vie quotidienne sont touchés, même les plus anodins. Dans ce contexte, tout devient symbole et donne l’occasion de manifester une forme de résistance, fût-elle passive.

1914 illustré n°105, septembre 1916, dernière page
1914 Illustré n°105, septembre 1916 - Collection des Bibliothèques de l'ULB.
Les initiatives consacrées à l’enfance, aussi minimes soient elles aux yeux de nos contemporains, contribuent à organiser en temps de guerre les maigres ressources disponibles. Elles permettent de rassembler les efforts individuels, de coordonner l’aide aux enfants, de développer un sentiment de solidarité et d’entraide, mais aussi de donner une occupation et un sens aux longues journées de privations, tant aux hommes qu’aux femmes. De plus, ces initiatives permettent de lutter contre la mendicité, le vagabondage et les vols qui constituent autant de stratégies de survies mises en oeuvre par de jeunes enfants parfois réduits à une précarité extrême. (2)

1914 illustré, n°169, 12/1917, dernière page.
1914 Illustré, n°169, décembre 1917 - Collection des Bibliothèques de l'ULB
Toutes ces démarchent produisent, il convient de le souligner, un recul significatif de la mortalité infantile en Belgique durant le conflit, et ceci malgré une année 1917 exceptionnellement difficile en raison notamment d’un hiver particulièrement rude. (3)

Après la guerre, l’État belge mettra cette expérience à profit pour fonder, dès 1919, « l’Œuvre Nationale de l’Enfance », toujours active de nos jours (Office de la Naissance et de l’Enfance) avec des missions qui sont restées quasi inchangées.

On le voit, on évolue au fil du temps d’une conception de l’enfant « victime » à celle de l’enfant « enjeu d’avenir ». Une législation spécifique sur la protection de l’enfance est mise en œuvre. En effet, on passe de premières nécessités qu’il convient d’assurer en temps de guerre : se nourrir, se chauffer, se soigner …  à d’autres objectifs plus larges. On s’attache à assurer un avenir décent aux enfants. Tout cela   passe par une meilleure éducation au sens large, tant du point de vue scolaire que de l’hygiène et de la santé. Le législateur va voter de nouvelles mesures qui  prennent en  compte les besoins impérieux des enfants  et dès lors, interdire leur travail  et rendre la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans. Sur la question sensible de l’éducation, on réaffirme le droit du chef de famille, le père, de choisir l’établissement et la langue dans laquelle les enfants seront instruits. Par ailleurs les années d’occupation vont aussi ouvrir la porte à d’autres changements : les milieux flamingants, encouragés par les autorités allemandes, s’activent. (4) La mise en œuvre par l’occupant, dès 1914, d’une "Flamenpolitik" affirmera en toute logique qu’à Bruxelles, décrétée capitale de la Flandre en 1917, il convient de développer un enseignement néerlandophone en parallèle aux établissements francophones existants. On le voit : les questions linguistiques mais aussi de liberté de choix et de liberté d’accès à l’enseignement ne datent pas d’hier.   

On peut donc conclure de manière générale que la guerre 14-18 aura joué, pour la situation des enfants belges un rôle primordial dans les domaines de la santé, de l’éducation et même de l’appartenance à une communauté linguistique.  

Pour en savoir plus :

(1) Claudine Marissal, Protéger le jeune enfant. Enjeux sociaux, politiques et sexués (1890-1940), Bruxelles, PUB, 2014, (thèse de doctorat défendue à l’ULB et publiée ensuite),  et particulièrement les pages 109 à 128.

(2) Aurore François, Délinquance juvénile et crise de subsistance : Les familles belges à l’épreuve de la pénurie (Belgique, 1914-1918). In - Revue d’Histoire de l’Enfance « Irrégulière » , n°17, 2015, pp. 137-48. 
Pour une analyse détaillée du discours judiciaire et moral sur la délinquance juvénile à Bruxelles en 1914-18.

Jacqueline Depiesse-Hannouille, Harrie Van Bostraeten, Une approche radicale de la protection de la jeunesse, in- Déviance et société. 1978 - Vol. 2 - n° 3. pp. 289-298.

Catherine Jacques et Valérie Piette, Une grande bataille : sauver l'enfance. In - Michaêl Amara, Serge Jaumain, Benoît Majerus et Antoon Vrints, Une guerre totale ? La Belgique dans la Première guerre mondiale. Bruxelles, AGR, 2005, pp.151-178


(3) Pluvinage Gonzague, Bruxelles à l’heure allemande, in- Cahiers Bruxellois, 2014/1F (XLVI), pp. 15-39.

Serge Jaumain, et Al., Sur les traces de la Première Guerre mondiale à Bruxelles: Note de synthèse BSI. In - Brussels Studies, 2016.

(4) Jean Houssiau, Christian Vreugde, Les écoliers bruxellois pendant la Première Guerre mondiale  in - Cahiers Bruxellois, 2014/1F (XLVI), pp.41-54

Serge Jaumain, Valérie Piette, Gonzague Pluvinage, Bruxelles 14-18. Au jour le jour une ville en guerre, Bruxelles, 2005, p.34 et suivantes

Christian Vreugde, Les problèmes linguistiques dans les écoles primaires de Bruxelles en 14-18, in- Cahiers de la Fonderie, n° 32, 2005 pp.24-27

Manuelle Sautereau, Aux origines de la pédiatrie moderne : le Docteur Léon Dufour et l’œuvre de la “Goutte de lait” (1894-1928) , in- Annales de Normandie, 41e année, n° 3, 1991, pp.217-233.

Quelques illustrations sur la situation de l’enfance à Bruxelles :

http://www.14-18.bruxelles.be/index.php/fr/vie-quotidienne/femmes-et-enfants/galerie-femmes-et-enfants/64-fr/galerie/galerie-femmes-et-enfants/262-petites-abeilles


vendredi 1 septembre 2017

Les civils et le conflit 1914-18.

Entre conservatisme et ferments d’émancipation féminine.

Quels ont été les changements apportés dans le quotidien des femmes lors de la Première Guerre mondiale ? S’agit-il d’une véritable rupture et de la fin des traditions héritées du 19e siècle ?

Le modèle familial, patriarcal et nataliste, est et reste dominant avant, pendant et  après la guerre pour la répartition des rôles entre hommes et femmes. Celles-ci sont avant tout assignées au rôle d’épouse, de mère, de veuve ou encore de sœur. 
Figure emblématique du bouleversement social et culturel dans l’imagerie de la Première Guerre en France et en Angleterre, la « munitionette »  ouvrière des usines d’armement appelée aussi « canari » en raison de la toxicité des produits chimiques qui entraînent une coloration jaunâtre de la peau, est probablement la figure la plus connue de la participation des femmes à l’effort de guerre. 

Usine de munitions - 1914 Illustré, n°147, juillet 1917, dernière page.

Toutefois, cette icône (tout comme l’est l’infirmière, figure maternelle de substitution) ne correspond pas à la réalité en Belgique occupée, mais plutôt à l’imaginaire collectif attaché à la Grande Guerre (1).

Deux infirmières à La Panne en février 1915 
Archives de l’ULB,  fonds Errera- boîte 92, image 06.

En effet, le vécu des femmes, particulièrement en Belgique, est bien différent (2). Elles ne seront pas mobilisées au service de l’industrie d’armement puisque le pays, à l’exception du réduit de l’Yser, est entièrement occupé et administré par l’Allemagne. Elles ne remplaceront pas les hommes puisque l’on compte un très grand nombre de chômeurs parmi ceux-ci, en raison de la fermeture des usines et ateliers. Seuls 20% des hommes ont été mobilisés. Entre oisiveté forcée et recherche de provisions, ils attendent des jours meilleurs et partagent le quotidien du ménage en période de pénurie. Des caricatures d’époque représentent ces « hommes au foyer » en auxiliaires des tâches ménagères (3).
Le lecteur de la presse illustrée, entre 1914 et 1918, regarde d’un œil curieux ou amusé les changements survenant dans les pays voisins et dont les journaux donnent parfois des échos. 

1914-1917 illustré - N°133,  03/1917, dernière page

1914-1917 illustré - N°130, 03/1917, page 9 
en Angleterre (Notez la tenue et le port du pantalon)

Le conflit se prolonge : à la guerre comme à la guerre, il convient de s’accommoder des changements et d’y faire face.
Partant de la réquisition du matériel et des stocks des entreprises dans un premier temps, on passe ensuite à la réquisition des travailleurs. A l’automne 1916, face au refus des Belges de signer des « engagements volontaires », le pouvoir allemand, malgré l’avis défavorable du Gouverneur Moritz von Bissing, décide  de mettre sur pied l’organisation du travail obligatoire. Les hommes sont réquisitionnés pour aller travailler en Allemagne : près de 120 000 seront ainsi forcés de travailler pour l’ennemi dans des conditions très difficiles, plusieurs milliers y laisseront leur vie (4). 

La population civile ne pense qu’aux objectifs suivants : survivre, manger, se chauffer. Plus la guerre se prolonge, plus les réquisitions de l’occupant s’intensifient, plus la vie des civils devient difficile, incertaine. Les files d’acheteurs s’allongent devant les magasins… et quand on a longtemps patienté il est désespérant de se trouver face à des rayons vides. On manque de tout, on doit faire preuve d’inventivité au quotidien. Toutes les classes sociales sont concernées. Certains témoignages nous sont parvenus, tel ce journal intime tenu durant le conflit par une bourgeoise instruite, et qui a été publié par les Éditions de l’ULB (5).

Le ravitaillement à Bruxelles - 1914 illustré, N°165, novembre 1917, dernière page

En marge des « petits métiers » traditionnels du commerce, de nombreuses « œuvres charitables » voient le jour. Elles visent avant tout à maintenir une occupation et à concentrer l’attention d’une partie de la population autour d’un but commun. C’est une forme de charité organisée, puisque le salaire est dérisoire et les postes « importants » réservés aux hommes. 

Petits métiers traditionnels - Au Marché - 1914 illustré,n°27, mars 1915 , p.4.

La plupart du temps, ces « ouvroirs », où les femmes tricotent et cousent, rapportent peu aux ouvrières, principalement des timbres de ravitaillement (6); mais rien que sur Bruxelles, ces occupations concernent pas moins de 15 000 femmes et jeunes filles. Afin de bien saisir l’importance de ces initiatives, il faut ajouter que seuls les hommes occupés à temps plein et à durée indéterminée dans l’industrie ou le commerce auront droit à des allocations de chômage, invention nouvelle. 


L'art de la récupération : l'oeuvre de l'épluchures de pommes de terre.
1914-1917 illustré, N°80,  mars 1916, dernière page.

Le sort des jeunes femmes issues de milieux modestes n’est guère enviable à Bruxelles. Elles sont bonnes, employées de maison ou demoiselles de magasin, serveuses, vendeuses… Leur statut est précaire. Il suffit d’un rien pour qu’elles se retrouvent à la rue, sans ressources, même si elles ont de la famille. La tentation de la prostitution est alors bien là, partout où l’on croise des troupes en permission… L’opprobre public en Belgique sera sans appel face à ce qui sera considéré comme «  un acte de trahison ». On ne fraternise pas avec l’ennemi, fut-ce de manière tarifée et furtive. C’est l’époque des « femmes à boches ». La guerre a vu la population des prostituées  augmenter de façon considérable (de 1915 à 1917 on assiste à un quadruplement des chiffres officiels, qui ne recouvrent pas la totalité du phénomène, entre autres pour les femmes mariées prostituées occasionnelles) – la tranche des 15-25 ans constitue le gros des effectifs (7). 
Entre la réprobation de la population bruxelloise, et le pragmatisme des occupants, des mesures sont prises pour encadrer la pratique… et soigner les soldats contaminés.  Après la grippe et la pneumonie, les IST sont le troisième facteur d’incapacité pour les soldats allemands qui sont soumis à des inspections. Les services de santé militaire leur rappellent, par voie d’affichage, les règles de bon usage du préservatif. Cette attitude pragmatique ne manque pas d’offusquer certains esprits bruxellois bien-pensants de l’époque.
Après la guerre, il faut noter également que la même réprobation touchera les relations entre prostituées et soldats américains.
La stigmatisation laissera des traces bien après le conflit dans les dossiers de police de ces femmes : elles devront prouver leur réinsertion dans une vie plus « conforme à la morale » afin d’être dispensées des examens médicaux périodiques obligatoires pour les prostituées.

Toutefois, ici ou là, on rencontre des  personnages dont le culte, après-guerre, renforcera une vision patriotique et traditionnelle du rôle de la femme. Nous y reviendrons dans un prochain billet consacré à une icône de la résistance.

Conclusions : 
De 1914 à 1918, on assiste en Belgique à un renforcement du conservatisme moral et à une peur face aux changements de rôles que le conflit a parfois entraînés. C’est pourquoi plus que de véritables bouleversements, ce sont des ferments de ce qui viendra bien plus tard que l’on peut observer. Les luttes pour un enseignement de qualité ouvert aux femmes, pour les droits politiques et l’ouverture du marché du travail restent à mener à terme. Plus que les rôles et la place des femmes dans la société, c’est la société occidentale dans son ensemble qui a été ébranlée par la Première Guerre mondiale.
Malgré un combat politique entamé par les féministes pionnières dans les milieux libéraux et socialistes dès la fin du 19e et le début du 20e siècle, les femmes belges vont devoir attendre 1949 pour obtenir le droit de vote. Enfin, pour ce qui est de l’émancipation au quotidien, il faudra attendre 1974 pour une véritable égalité homme-femme dans le domaine du droit.

L’ULB, pionnière depuis de nombreuses années sur les questions liées au féminisme et aux études de genre, compte en son sein une Structure de recherche interdisciplinaire sur le genre, l’égalité et la sexualité (Striges), qui nous propose un cycle de conférences à partir de la rentrée académique : 

Parallèlement, cette année voit aussi l’ouverture du premier Master en études de genre. Cette création nouvelle est organisée conjointement par toutes les universités de la Communauté française :

A suivre...

Pour en savoir plus :

(1) Benvindo, Bruno; Majerus, Benoît et Vrints, Antoon. La Grande Guerre des historiens belges, 1914-2014, In-Revue belge d’histoire contemporaine. 2014, n° 44(2-3). pp. 170-196

Naert, Jan, Verfaillie, Florent, & Vanraepenbusch, Karla.  On the public and academic impact of the'14-'18 commemorations: The Belgian centenary generation of doctoral researchers. In - Revue belge d’histoire contemporaine, 2016, n°46(3/4), pp. 227-251.

Stengers, Jean. Les fondements historiques de la nationalité belge, étude critique. Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres – Histoire, Arts et Archéologie, Bruxelles, 1948. (Thèse de Doctorat).

(2) Piette, Valérie. Les femmes dans la guerre. In- K. Pomian, H. Dupuis, & I. Van Den Broeke (Eds.), 14-18, c'est notre histoire: Catalogue de l'exposition, . Bruxelles, Tempora & Musée royal de l'Armée, 2014, pp. 79-88.

Piette, Valérie. Les femmes et la ville en temps de guerre: Bruxelles en 1914-1918. In-Vivre en ville: Bruxelles et Montréal (XIXe-XXe siècles), 2006,  pp. 137-150.

Gubin, Eliane. "Les Femmes d’une guerre à l’autre-Réalités et représentations, 1918-1940." In - Cahiers d’histoire du temps présent, 1998,  n° 4, pp. 249-281. 


(3) Jaumain, Serge et  Piette, Valérie. Un trésor aux Archives de la Ville de Bruxelles: les caricatures de la Collection Keym. In-L'humour s'en va-t-en guerre: Bruxelles et la caricature en 14-18, 2005, Bruxelles, Archives de la ville de Bruxelles, pp. 5-10.

(4) Gubin, Eliane et de Smaele, Henk. Femmes et hommes en guerre, 1914-1918. Gender@war. 2015, Bruxelles, p. 63-64.


An English Governess in the Great War: The Secret Brussels Diary of Mary Thorp
par Sophie De Schaepdrijver et Tammy Proctor, (Eds.). Oxford university press, New York,2017, p.229.

(5) Giron, Marguerite, Journal d’une bourgeoise : 1914-1918.Édité par Daniël Vanacker, préface de Kenneth Bertrams. Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2015.


(7) Debruyne, Emmanuel. Patriotes désintéressés ou espions vénaux? In-Guerres mondiales et conflits contemporains, 2008, no 4, pp. 25-45.

Majerus, Benoît. La prostitution à Bruxelles pendant la Grande Guerre : contrôle et pratique. In – Cime Histoire et Sociétés, Vol. 7, n°1, 2003 pp.5-42

Debruyne, Emmanuel.  Les « femmes à Boches » en Belgique et en France occupée (1914-1918) In- Revue du Nord, 2014/1, n° 404-405, pp. 157-185 

Aurore François et Veerle Massin, 'Ces virus ambulants’. Discours et pratiques à l’égard des filles de justice atteintes de maladie vénérienne (Belgique, 1912-1950).In- Revue belge d’Histoire contemporaine, 2008, p. 3-4.

Thébaud, Françoise. Penser la guerre à partir des femmes et du genre : l'exemple de la Grande Guerre. In - Astérion, Philosophie, histoire des idées, pensée politique. 2004, n°2  mis en ligne le 05 avril 2005, consulté le 22 janvier 2018.