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mardi 16 octobre 2018

Josepha Joteyko : la première femme chef de travaux à l’ULB.

Józefa  Franciszka  Joteyko, dite  aussi  Joséphine ou Josepha naît en 1866 dans l’actuelle Ukraine, au sein d’une famille aisée de propriétaires terriens polonais. Les bases de son éducation lui sont délivrées à domicile, car à cette époque la Pologne est  sous administration russe et les cours se donnent dans cette langue, ce qui heurte la sensibilité familiale. Arrivée au terme de sa formation secondaire, elle parvient à convaincre ses parents de la laisser poursuivre des études supérieures. Ce choix personnel signifie qu’il lui faut partir à l’étranger car les études universitaires, dont l’accès est strictement contingenté, sont interdites aux femmes. Ce sera la Suisse, et particulièrement Genève, où elle retrouve un oncle maternel. A l’Université, elle va étudier les sciences naturelles, de 1886 à 1888, et obtenir son baccalauréat. (1) 

http://homiki.pl/index.php/2011/11/jzefa-joteyko-nie-zaoya-rodziny/
Josepha Joteyko jeune, date non précisée - Licence Créative Commons

Durant ce séjour, la jeune Josepha Joteyko prend son autonomie et assume un changement d’apparence et de mode de vie : vêtements sobres et cheveux coupés court, elle porte des lunettes et fume sans se cacher, ce qui détonne à cette époque pour une jeune fille issue de la bonne société. Elle partage sa vie avec Michalina Stefanowska, son ainée de 10 ans, qui est à la fois  sa compagne et sa collaboratrice. A la mort de son père, Josepha Joteyko perd une partie des ressources qui jusque-là lui permettaient de vivre confortablement. En 1890, Josepha et Michalina déménagent à Paris. Là-bas, Michalina Stephanowska travaille à son doctorat en physiologie, tandis que Josepha Joteyko poursuit sa formation en Faculté de Médecine où elle obtient le titre de docteur en 1896 avec un travail consacré à la fatigue musculaire. 

A son tour elle s’intéresse à la recherche dans le domaine de la physiologie. Pendant un temps cependant, elle s’établit  à son compte dans un cabinet privé mais découvre rapidement que l’exercice de la médecine libérale ne lui convient pas. Elle est alors âgée de 32 ans.

Josepha Joteyko à la soutenance de sa thèse de Doctorat - Licence Creative Commons

Une occasion se présente lorsque son amie décroche un poste temporaire à l’Institut de Physiologie que Solvay a fait construire à Bruxelles. A cette époque, de nombreux étudiants issus des pays de l’Est viennent à Bruxelles suivre une formation universitaire qui reste inaccessible chez eux en raison de discriminations liées au sexe et à la religion. C’est ainsi que l’on compte un nombre significatif de jeunes femmes issues de ces pays à Bruxelles. 

Josepha Joteyko à Bruxelles - Collection des Archives de l'ULB

Josepha Joteyko décide de suivre le même chemin. Arrivée à Bruxelles, elle se lance avec enthousiasme dans les travaux entrepris à l’Institut. De conception moderne, particulièrement bien équipé conformément aux souhaits de son mécène, Ernest Solvay, l’Institut attire au parc Léopold des scientifiques qui viennent s’installer dans la capitale prospère de la Belgique.

Si l’endroit est accueillant et procure à ses usagers d’excellentes conditions pour mener à bien leurs recherches, il ne fournit aucun emploi fixe. Afin de subvenir à ses besoins, Josepha Joteyko enseigne, dès 1898, la psychologie expérimentale à la Faculté des Sciences de l’ULB au sein du laboratoire Kasimir. 
Elle y développe une recherche autour de la psychophysiologie. En 1903, soit cinq ans après son arrivée, elle est nommée chef de travaux et accède à la direction du laboratoire. C‘est la première fois dans l’histoire des sciences qu’une femme accède à ce genre de responsabilité dans le monde académique international.

En parallèle, elle participe aux travaux de l’institut Solvay dans le laboratoire d’énergétique et à l’Institut de Sociologie. Elle y développe une recherche sur la fatigue et l’énergie physique et mentale dont le but, conformément aux idées exprimées par Ernest Solvay, est de contribuer à optimiser la productivité dans l’industrie et dans la société sur des bases qui se veulent scientifiques.  Les projets de réforme sont élaborés en fonction des connaissances de l’époque qui explorent de nouvelles disciplines et dessinent le contour de nouveaux champs du savoir.

Bâtiment financé par Solvay au parc Léopold - Collection des Archives de l'ULB

Un ami de Solvay, le professeur Hector Denis, remarque Josepha Joteyko et la prend sous sa protection.  Hector Denis est un homme influent. Il est à la fois docteur en Droit et docteur en Sciences de l’ULB, dont il est devenu le recteur de 1892 à 1894. Dans le domaine des idées, Hector Denis est un disciple de Condorcet, d’Auguste Comte et de Proudhon. Positiviste convaincu, il croit au progrès de l’humanité par la voie de la réforme de la société en s’appuyant sur une approche fondée sur des idées scientifiques. A ce titre, il est actif au sein du Parti Ouvrier Belge. Hector Denis est aussi un ardent défenseur de l’enseignement public et de la cause des femmes aux côtés de Marie Popelin et d’Henri La Fontaine. Il fonde en 1897 l’Institut des Sciences sociales financé par Solvay. Il en sera un des trois directeurs avec Guillaume Degreef et Emile Vandervelde. Dans ce cadre, il participe aux sessions de travail qui se tiennent juste à côté de la rue des Sols, dans l’hôtel Ravenstein et ce jusqu’en 1902, année où le mécène Solvay modifie son projet qu’il réorganise pour en faire l’Institut de Sociologie dirigé cette fois par Émile Waxweiler. (2)

Hector Denis (1842-1913) - Collection des Archives de l'ULB
Hector Denis est un adepte d’une approche quantitative des sciences sociales. Il est aussi un membre assidu du Conseil supérieur du Travail depuis sa création ainsi que du parlement belge.
Il a rapidement décelé les qualités de Josepha Joteyko tant dans sa production scientifique en tant que chercheuse, que dans ses capacités organisationnelles. C’est pourquoi il cherche à la stabiliser dans une position rémunératrice qui lui permette de continuer ses travaux. En effet, dans ces années-là, Josepha Joteyko travaille avec acharnement : elle publie études et articles en grand nombre et démontre parallèlement un sens relationnel de l’autopromotion dans ses entreprises. 
En 1903 elle participe à Bruxelles au Congrès International d’Hygiène et de Démographie avec une contribution sur la question de la fatigue. Avec d’autres participants renommés, elle se situe à l’avant-garde de la réflexion qui débouchera bien plus tard sur des mesures de réformes dans le champ social. (3)

A l’âge de 40 ans, elle dispose en 1906 d’un curriculum vitae impressionnant qui comprend plus de 100 publications ainsi que divers prix et fonctions honorifiques, dont la présidence de la Société Belge de Neurologie en 1905,  la présidence du premier Congrès belge de psychiatrie et enfin le premier poste de membre correspondant attribué à une femme à l’Académie royale de médecine de Belgique. (4) 
Son apport personnel se situe également dans une approche matérialiste de la psychologie, et dans des études quantitatives et mathématiques de plusieurs domaines dans le champ de la physiologie humaine. Ses travaux sont lus et intégrés dans l’enseignement en Europe, mais aussi aux États-Unis comme elle aime à le rappeler. Cette influence perdurera longtemps après son séjour à Bruxelles.

En 1906, Michalina Stefanowska qui ne brûle pas de la même ambition que Josepha Joteyko décide de retourner s’établir en Pologne où elle devient la directrice d’une école secondaire pour filles.
La dernière contribution scientifique du couple de médecins est un ouvrage intitulé "Psychologie de la douleur", publié en 1909.

Caricature d'Hector Denis en couverture du magazine "Pourquoi Pas ?"- Collection des Archives de l'ULB
Hector Denis de son côté cherche une solution durable pour retenir Josepha Joteyko car il craint que cette dernière ne quitte la Belgique.
Il parvient à ce qu’elle présente sa candidature comme enseignante à l’École normale du Hainaut. Elle y est nommée et va  travailler dans cet emploi stable afin de donner des cours de psychologie expérimentale aux futurs enseignants de Mons et Charleroi. (5) 
Une fois de plus, Josepha Joteyko va démontrer  à ce poste des capacités d’adaptation et de travail remarquables. Au départ, elle était peu versée dans la pédagogie et l’éducation, préférant la recherche fondamentale. Ce changement professionnel, qui accompagne dans sa vie privée la rupture avec Michalina Stefanowska, lui permet de se reconvertir, en élargissant ses centres d’intérêt sans pour autant renier ses premières recherches. Elle reste simultanément active à Bruxelles où elle enseigne la physiologie expérimentale.

Le reste de ses efforts porte désormais sur l’étude des enfants et elle devient l’ardente propagandiste d’une nouvelle discipline : la pédologie qui consiste en  l'étude de la physiologie et de la psychologie des enfants. 
En tant qu’organisatrice hors pair, elle va s’investir dans l’institutionnalisation de cette spécialisation naissante. Elle fonde en 1908 une publication scientifique, la Revue Psychologique, qui se consacre à la psychologie et au développement de l’enfant, revue qu’elle dirigera jusqu’en 1913. (6) 

C’est à cette époque également qu’elle se lie avec Varia Kipiani, une jeune scientifique d’origine géorgienne, secrétaire de rédaction de la Revue Psychologique. Elles publient plusieurs contributions originales pour défendre de manière à la fois militante mais aussi documentée, fidèle à leur approche scientifique habituelle, la cause du végétarisme dont elles sont adeptes. (7) 

https://www.todocoleccion.net/fotografia-antigua-tarjeta-postal/fotografia-dra-ioteyko-su-discipula-varia-kipiani-c-1910~x135315318
Photo - carte postale de Josepha Joteyko (assise) et Varia Kipiani vers 1910. - Collection privée.

Josepha Joteyko est en contact avec tout ceux qui comptent comme penseurs dans le domaine de la pédagogie, et notamment Ovide Decroly qu’elle a côtoyé dans le Bruxelles bouillonnant de la Belle Epoque, milieu intellectuel internationaliste par excellence (8) où entre Université Libre et Université Nouvelle, se croisent les tenants du libéralisme progressiste et les partisans du jeune socialisme naissant. (9) 
Decroly et Joteyko ont chacun développé une pensée orientée vers la recherche d’une pédagogie à la fois rationnelle et moderne (10)  qui souhaite se distinguer et se détacher du passé considéré dans ce domaine comme entaché d’une approche et de méthodes  aussi dogmatiques que non scientifiques. (11) Il faut noter cependant au regard de l’histoire de la discipline, que dans son approche, Josepha Joteyko intègre sans sourciller la craniométrie ou la physiognomonie, au titre de sciences auxiliaires, car contribuant à l’évaluation des aptitudes des enfants selon son point de vue. (12) 

Dès 1909, elle met également en place à Bruxelles un cours d’été pour les enseignants : le séminaire de pédologie. Elle organise ensuite le premier Congrès International de Pédologie qui aura lieu à Bruxelles en 1911 et réunira quelques 500 délégués représentants 20 pays différents. Enfin en 1912, elle fonde une structure d’enseignement indépendante qu’elle baptise la Faculté Internationale de Pédologie qui ne survivra pas à la Première Guerre mondiale. Varia Kipiani y seconde Josepha Joteyko comme assistante au laboratoire de pédologie. 
Grâce à son dynamisme et à son réseau de relations, Josepha Joteyko parvient à attirer à la fois les subsides de financement de généreux mécènes et les experts en psychologie qui viennent à Bruxelles dispenser leurs enseignements ou qui acceptent de recevoir dans leurs institutions respectives les étudiants qu’elle leur envoie.
Il n’en reste pas moins que cette initiative privée, de petite taille, demeure en lisière du monde académique institué. De plus, sa population, constituée pour moitié d’étudiants polonais, trahit la position marginale de Josepha Joteyko en Belgique. Elle compte aussi pas mal de détracteurs parmi le monde académique masculin qui voient d’un mauvais œil le dynamisme de cette femme hors norme venant les bousculer dans leur domaine de compétence. Il est vrai aussi qu’elle publie et republie souvent autour des mêmes travaux de recherche, y compris dans la revue qu’elle dirige.

Un homme tel que Georges Dwelshauvers qui avait par sa thèse en Philosophie et Lettres secoué l’ULB en 1890, refuse que Josepha Joteyko lui succède comme chroniqueur dans une revue culturelle : il exprime des idées peu amènes sur sa collègue dont il défendra pourtant ensuite les projets scientifiques bien que tout sépare ces deux intellectuels. De même, elle est tenue en piètre estime aussi par l’entourage politique de l’échevin de l’Instruction Publique de la ville de Bruxelles : on lui reproche d’être une intrigante. (13) 

Josepha Joteyko dans la force de l'âge - Collection privée

Les souvenirs du Dr Armand Colard, témoignage d’un ancien étudiant au début du XXe siècle et publié en 1956 dans le bulletin de l’Union des Anciens Etudiants, nous présentent un portrait haut en couleur. Josepha Joteyko est décrite comme « replète comme une Mamouchka, myope comme une taupe.»  Ses années de séjour à Bruxelles  ont vu sa physionomie changer. Elle était « l’image de la candeur naïve. Proie facile désignée à la turbulence estudiantine et au manque de pitié commun à notre âge ». Elle enseigne au Palais Grandvelle  où son « débit incertain d’étrangère, truffé de malapropismes rendait plus obscure encore l’expression d’une pensée qui nous semblait confuse » (14) Dans le cadre de ce cours facultatif en psychologie appliquée, elle avait bien du mal à affronter « les rires et les quolibets qui fusaient à chaque instant ». Tandis que son assistante « Mademoiselle Stephanowska trépignait d’impatience et de fureur mal contenue». (15) Ce portrait résume les réticences dont Josepha Joteyko a fait l’objet : femme, étrangère, scientifique matérialiste. 

Après ses études sur la fatigue et sur la douleur qui l’occupent de 1898 à 1906, elle s’intéresse ensuite à la pédagogie pour les raisons évoquées plus haut. Dans les deux cas son entreprise cherche à dégager un modèle mathématique en partant de la collecte de données empiriques, la mesure à l’aide d’appareils scientifiques et l’enregistrement par des prises de vue photographiques afin d’aboutir à  l’analyse des résultats au moyen de graphiques et tableaux qui synthétisent les données.
Clairement, à cette époque marquée par le positivisme et le scientisme, on est confronté à une approche épistémologique matérialiste qui tend à appliquer aux jeunes sciences sociales en formation, la méthodologie de sciences biologiques. Josepha Joteyko développe une pensée critique sur le système scolaire (16) ou elle défend des positions marquées par un déterminisme biologique modéré, tandis que d’autres à la même époque défendront des positions nettement  plus critiquables car tenant de l’eugénisme social. (17) 

Spécialisée dans ses études sur la mesure de la fatigue, elle participe également aux enquêtes coordonnées par Émile Waxweiler au sein de l’Institut de Sociologie consacrées aux ouvriers et aux conditions du travail mécanisé. Dans l’idée qui anime les participants à ce genre d’enquête de terrain, il est important de procéder à de nombreuses mesures afin d’aboutir à « une vision objective et rationnelle » basée sur la science car c’est à ce prix que l’on parviendra à déterminer les politiques optimales dans l’organisation du travail.
Les problèmes sociaux traversés par le monde industriel trouvent ainsi à ses yeux leurs origines dans des questions psychologiques, au sens où à l’époque Josepha Joteyko conçoit sa propre discipline,  une psychologie étroitement liée à la médecine comme un sous-domaine de la physiologie. Les tensions qui caractérisent la belle époque expriment tant des antagonismes politiques au point de vue social (local, national, mais aussi international) que des antagonismes scientifiques au sein d’un monde académique divisé. (18) 
De ce point de vue, elle s’inscrit pleinement dans les idées en pointe de son temps dont l’énergétisme, si cher à Ernest Solvay. Il s’agit  d’une approche progressiste et réformiste (certains critiques soulignent aussi le paternalisme de la démarche) qui a pour ambition de remodeler la société sur des bases « scientifiques ». 
C’est ce qu’elle expose dans son ouvrage intitulé « La science du travail et son organisation » dans lequel elle adopte une position critique du taylorisme. Le  temps de travail doit pouvoir varier d’un domaine à l’autre en fonction de la nature spécifique de chaque profession et la limitation de ce temps de travail doit résulter d’une approche mesurée et rationnelle,  se fonder sur une approche scientifique. Enfin, ceci la conduit à rejeter la standardisation excessive des tâches visant à simplifier et à réduire le coût de chaque étape de production. Pour Josepha Joteyko, l’être humain n’est pas réductible à une machine aussi sophistiquée soit-elle. Dans son approche, elle entend tenir compte des variations de motivation et des aptitudes individuelles. On se situe là aux prémices de ce qui deviendra ensuite un modèle dominant : le développement et la généralisation des tests psychotechniques ainsi que la psychologie du travail.

Josepha Joteyko est fermement attachée au caractère interdisciplinaire et aux idées  progressistes en vigueur dans l’orbite du milieu universitaire bruxellois de l’époque (19). Féministe convaincue, elle défend le principe d’une plus juste place pour la femme dans la société, que ce soit dans le monde du travail, de l’éducation ou dans la sphère privée. A ce sujet, elle défend avec fermeté le célibat au féminin comme une nécessité émancipatrice. 
Si elle partage une vision idéalisée de l’univers du travail, et témoigne d’une sympathie sincère bien que naïve, disent certains, envers les aspirations des associations ouvrières du temps, elle n’en conserve pas moins un sentiment de supériorité élitiste dû à son parcours académique. Elle est convaincue, avec Hector Denis, qu’un encadrement et une limitation des heures de travail conduira non à une baisse de la productivité, mais à une augmentation de celle-ci par une gestion plus efficiente de l’énergie humaine. (20) 
Josepha Joteyko va aussi adopter, dans la partie de son œuvre consacrée à l’éducation, une méthodologie expérimentale et quantitative comparable à ses premiers travaux. L’approche sera la même : mesurer, standardiser, quantifier, présenter les résultats en graphiques et tableaux de manière à optimiser les méthodes.

Lorsque survient la Première Guerre mondiale, Josepha Joteyko se retrouve dans une position précaire et délicate. Elle quitte Bruxelles en 1915 pour s’installer à Paris en compagnie de son amie Maria Gzegorzewska. Dans la capitale française, elle poursuit ses travaux de recherche. Son activité scientifique constante lui vaut d’être appelée en 1916 à assumer une charge d’enseignement au prestigieux Collège de France. Elle est la première femme à recevoir cet honneur qui rétrospectivement, apparaît comme le couronnement d’une vie entièrement consacrée à la recherche et à l’enseignement. Elle assure également en 1918 une charge d’enseignement en pédologie et psychologie expérimentale à l’Université de Lyon.

Maria Gzegorzewska - Collection Archives de Pédagogie Spécialisée Polonaise - Licence Creative Commons

Les accords de paix signés à Versailles en 1919 voient la Pologne renaître de ses cendres en retrouvant l’indépendance de son territoire. Josepha Joteyko décide alors de retourner dans sa patrie afin d’apporter sa contribution à son redéploiement. Elle enseigne la physiologie à la Faculté de Médecine de Varsovie et participe également à la formation des enseignants du primaire en s’appuyant sur les acquis de son expérience belge. Ce faisant, elle participe au renouveau des méthodes dans son pays tout comme son amie qui fut aussi son étudiante, Maria Gzegorzewska. Cette dernière est considérée en Pologne comme la pionnière dans le domaine de « l’éducation spécialisée », à l’instar de son homologue belge Decroly. Il convient de noter cependant que le choix de Maria de se spécialiser dans ce domaine au faible prestige académique revient à s’investir dans un champ disciplinaire où la concurrence masculine était inexistante, bref à prendre la place « appropriée pour une femme », celle dont personne n’aurait voulu… (21) 
C’est avec une énergie débordante et son caractère entier que Josepha Joteyko continue de son côté à travailler et à publier, désormais essentiellement en langue polonaise pour soutenir la diffusion de ses idées. Atteinte d’une maladie du foie, elle décède en 1928 à l’âge de 62 ans.

La tombe de Josepha Joteyko surmontée d'un obélisque au cimetière de Varsovie - Licence Creative Commons

Josepha Joteyko laisse une œuvre considérable marquée par l’enthousiasme des pionniers confrontés à l’exploration de nouveaux champs disciplinaires. La Première Guerre mondiale et la période qui suivit ont vu évoluer les disciplines vers d’autres directions et bien plus de complexité que ses premiers écrits auraient pu le laisser supposer. Ainsi, le conflit sonne le glas de la pédologie en tant que discipline, bien que le monde académique accueille ensuite en son sein la pédagogie en conservant les acquis de la méthode expérimentale, mais sans Josepha Joteyko.

L’importance de Josepha Joteyko et son influence scientifique restent à tenir en compte pour qui s’intéresse au bouillonnement des idées à Bruxelles au tournant du XXe siècle. Son empreinte sur des questions et des méthodes mathématiques au prestige académique fort, entièrement dominées par des hommes, est un sujet d’étude pour une approche de l’histoire des sciences intégrant la question du genre.  

Enfin, il demeure l’idée sincère qui traverse toute son œuvre : une profonde aspiration à contribuer au progrès de l’humanité par la conquête de la liberté que seule pouvait garantir à ses yeux l’usage des mesures et de la méthodologie importés du domaine des sciences biologiques dans le domaine des sciences humaines.  Dans ces  deux champs, en tant que femme, libre et indépendante, elle a plus que prouvé ses compétences tout au long de sa carrière. (22) 

Pour en savoir plus : 

(1) Eliane Gubin et Valérie Piette, Emma, Louise Marie : l’Université de Bruxelles et l’émancipation des femmes. Bruxelles, ULB, 2009, pp.106-108.



(4) Kaat Wils, Le génie s’abritant sous un crâne féminin ? la carrière belge de la physiologiste et pédologue Iosefa Ioteyko. In – Jacqueline Carroy et Al. Les femmes dans les sciences de l’homme. Paris, 2005, pp. 49-67. et particulièrement ici page 52.

(5) Eliane Gubin et Valérie Piette, Op. Cit.,  p.107.


(7) Kaat Wils, Op. Cit., p. 56.


(9) Kaat wills et Anne Rasmussen, Op. Cit., p. 1284.

(10) Kaat Wils, Op. Cit., p. 49.

(11) Kaat Wils, Op. Cit., p. 51.

(12) Kaat Wils, Op. Cit., p.54.

(13) Kaat Wils, Op. Cit., p. 57.
Voir aussi sur cette période et Dwelshauvers la digithèque Histoire de l'ULB.

(14) Armand Colard, Vie universitaire d'hier...et même d'avant-hier : La Science du travail que j'ai connue en 1907 : portrait. in – Bulletin de l’ Union des Anciens Etudiants de l'ULB (UAE), Bruxelles, n°236, janvier 1956, pp. 8-9, et particulièrement ici p.8.

(15) Idem, p.9.  

(16) Raf de Bond, Op. Cit., p.35.

(17) Ilana Löwy, "Measure, Instruments, Methods, and resluts" Jozefa Joteyko on Social Reforms and Physiological Measures. in - Gerard Jorland, Annick Opinel, George Weisz, Body Counts: Medical Quantification in Historical and Sociological Perspectives - Perspectives historiques et sociologiques sur la quantification médicale, McGill-Queen's Press - Montréal et Londres, 2005, pp.145-172,  et plus particulièrement ici page 160.

(18) Daniel Laqua et Al., Op. cit., p. 20.

(19) Kaat Wills et Anne Rasmussen, Op. Cit., p. 1291.

(20) Raf De Bond, Op. Cit., p.34.

(21) Illana Löwy, Op. Cit., p. 161.

(22)  Idem, p. 163.

Voir également sur Joteyko et des personnalités proches: 

Sylvain De Coster, Joteyko (Jozefa), in- Biographie Nationale, Académie Royale des Sciences des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, tome XXXV. col. 479-484.

Josepha Joteyko, Rapport quinquennal (1898-1903) sur les travaux du laboratoire psychologique Kasimir (Université de Bruxelles)  In -Annales et Bulletin de la Société royale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, 1903, n°5,pp. 1-20.

Josepha   Joteyko, Rapport sur les travaux du laboratoire de psychologie Kasimir. Rapport d’activités quinquennal sur les travaux du laboratoire de Psycho-Physioklogie. Bruxelles, 1903-1908.  Collection Archives de l’ULB.

Hector Denis, L’alimentation et la force. Bruxelles, 1887.

Hector Denis, De la limitation des heures de travail des mines.  In - RP, II, Bruxelles 1909, pp.37-53.

César de Paepe, l’hygiène des habitants. De l’excès de travail et de l’insuffisance de l’alimentation de la classe ouvrière. Gand, 1913.

Josepha  Joteyko,  Entrainement et fatigue d’un point de vue militaire. Bruxelles, 1905.

Josepha  Joteyko, L'Energétisme psychique: leçon d'ouverture du Cours de Psychologie Expérimentale donnée le 4 décembre 1905 au Laboratoire de psycho-physiologie de l'Université de Bruxelles. Liège, 1906.

Josepha  Joteyko, Importance de l'expérimentation dans l'étude des phénoménes psychiques: applications à l'éducation. Huy, 1906.

Josepha  Joteyko et Varia Kipiani,   Enquête scientifique sur les végétariens de Bruxelles: leur résistance à la fatigue étudiée à l'ergographie: la durée de leurs réactions nerveuses: considérations énergétiques et sociales. Bruxelles, 1907.

Josepha   Joteyko, Le mouvement pédologique. Liège, 1908.

Josepha  Joteyko, La productivité et la durée du travail. Bruxelles, Institut de Sociologie, 1922.

Wojciech Szot, Józefa Joteyko, elle n'a pas fondé de famille. Publié en ligne le 28-11-2011, URL : http://homiki.pl/index.php/2011/11/jzefa-joteyko-nie-zaoya-rodziny/ (en langue polonaise).
  

A propos du contexte scientifique de l'époque et de l'histoire des personnes et des idées : 

Anne Van Haecht, L'enseignement rénové, de l'origine à l'éclipse, Bruxelles, Editions de l’Université de Bruxelles, 1985. Pages 98-99.

Marc Depaepe, Le premier (et dernier) congrès international de pédologie à Bruxelles en 1911. In – Bulletin de la Société Alfred Binet et Théodore Simon, 1987, vol. 87, pp.28-54.

Marc Depaepe, La pédologie comme base d’un monde meilleur. J. Joteyko et la science de l’enfant au début du XXe siècle. In – Yveline Fumat (éd.) Les enjeux éducatifs. Émergence-performance-récurrence. Montpellier, 1990, pp.211-235.

François Vatin,  Les « sciences du travail » : une tentative de résolution positiviste de la question sociale (1890-1914). In – Bulletin de psychologie, 2008/4, Numéro 496,  pp. 331 à 340.

Renata Siemienska, Women in Academe in Poland: Winners Among Losers, In - Higher Education in Europe, 2000, n°25:2, pp. 163-172.

Jean-Francois Crombois, Energétisme et productivisme. La pensée morale, sociale et politique d’Ernest Solvay. In – Andrée Despy-Meyer et Al. (ed.) Ernest Solvay et son temps. Bruxelles, 1997, pp.209-220.

Andrée Despy-Meyer, Didier Devriese,  Ernest Solvay et son temps. Bruxelles, Archives de l'ULB, 1997. Et plus particulièrement le chapitre intitulé : Ernest Solvay et Paul Héger. De la théorie à la pratique de la physiologie, pp.195-208.

Yveline Fumat, La socialisation des filles au XIXe siècle. In- Revue française de pédagogie, volume 52, 1980. pp. 36-46.

La manifestation Hector Denis, in – Revue de l’ULB, 1913, pp.156-164.

Tomasz  Fetzki, Les sources francophones de l'éducation spécialisée en Pologne dans le contexte du bicentenaire de la naissance d'Édouard Séguin. In - Psychologie clinique, 2013, N° 1, pp. 122-139.

Michel Coddens, La Belgique et la psychanalyse. Un rendez-vous manqué ? , in - L'en-je lacanien, 2012/2 (n° 19), p. 141-180. 

Eliane Gubin, 1846-1878 : Une Belgique libérale et bourgeoise. In – Esprit Libre, ULB, Septembre 2005, n°33.

Isabelle Stengers, La pensée d’Ernest Solvay et la science de son temps. In – Andrée Despy-Meyer et Didier Devriese (éd.), Ernest Solvay et son temps. Bruxelles, Archives de l’ULB, 1997, pp.149-164.

Kaat Wils,  De omweg van de wetenschap: het positivisme en de Belgische en Nederlandse cultuur, 1845-1914. Amsterdam University Press, 2005.

Notice biographique Maria GRZEGORZEWSKA dans les archives de l'UNESCO.

Fanny Lardot, Le laboratoire de pédagogie et de psychologie d'Angleur, vers un enseignement émancipateur pour tous ? in – Analyse, revue de l’IHOES, n°102, 17/12/2012, pp.

Sylvain Wagnon et Marcelle Le Boucher-Clarinval, Ovide Decroly et Alfred Binet : deux itinéraires aux racines de la pédagogie expérimentale et des sciences de l’Éducation, In - Recherches & éducations, n°5,  2011, pp.111-126. 



lundi 4 juin 2018

Emile Waxweiler : le premier directeur de l’Institut de Sociologie.

Un homme de science, d'action et de pouvoir.



Émile Waxweiler (1867-1916) est une figure relativement méconnue de l’histoire de l’ULB du début du XXe siècle.
Né à Malines le 22 mai 1867, Émile Waxweiler est le fils d’un professeur de mathématiques qui deviendra le préfet de l’Athénée royal de la cité. Encouragé par son père, il effectue des études d’ingénieur civil, section ponts et chaussées, à l’École du Génie civil de Gand. Il s’intéresse par ailleurs déjà aux questions sociales et il participe, en 1891, au Congrès universitaire libéral de Gand. Il fonde également un Cercle d’Études Sociales qui deviendra plus tard la Société libérale pour l’étude des sciences et des œuvres sociales. Émile Waxweiler s’inscrit, de manière générale, dans le courant de pensée des « libéraux progressistes ».

Fraîchement diplômé, Émile Waxweiler est lauréat du concours des bourses de voyage et se rend aux États-Unis en 1893. Il visite, notamment, l’Exposition universelle de Chicago. Cette expérience de voyage, peu courante pour l’époque, lui permet d’élargir sa formation initiale et de s’ouvrir à des domaines de recherche émergents et à des questions scientifiques nouvelles. Il noue des liens intellectuels avec les universités américaines dont l’approche se différencie du modèle allemand : cette autre approche méthodologique influencera considérablement sa pensée. Waxweiler va mettre ses connaissances mathématiques, et plus particulièrement dans le domaine de la statistique, au service des sciences humaines : par exemple, il publie en 1895 un ouvrage où il étudie la question des hauts salaires aux États-Unis. (1)
Rentré en Europe, il rejoint l’administration communale de Gand où ses compétences sont remarquées et lui font poursuivre sa carrière dans le nouveau ministère de l’Industrie et du Travail.

Portrait d'Emile Waxweiler -   Collection Archives de l'ULB
Quelles sont les raisons qui ont poussé le roi Léopold II à créer ce ministère en 1895 ? La Belgique de la fin du XIXe siècle connaît une succession de crises sociales et industrielles, qui se traduisent par des conflits entre travailleurs et forces de l’ordre. Ces conflits trouvent leurs racines dans les conditions de travail exécrables faites aux ouvriers industriels mais aussi dans les conditions de vie du peuple. Ceci vaut encore pour le monde agricole, où sévit une crise grave depuis le milieu des années 1870. 

Les conflits sociaux de 1886 sont particulièrement dramatiques. Ils mobilisent les ouvriers de la région de Liège et de Charleroi touchés par la crise économique. Des innovations au niveau des modalités de production de différents secteurs, dont celui du verre à Charleroi, ont réduit le besoin de main-d’œuvre et font pression à la baisse sur les salaires. Tandis que les conditions de travail sont pénibles pour la classe ouvrière (journées de 10 à 12 heures, un seul jour de repos hebdomadaire, salaires très bas, travail des enfants…), l’absence de travail et de tout revenu de substitution conduit à la misère noire. Les ouvriers verriers, les mineurs et les sidérurgistes des grands bassins industriels se mettent en grève. Les affrontements sont violents, les ouvriers désespérés mettent à sac et incendient des usines. L’armée et la gendarmerie tirent dans la foule, le bilan s’élève à plus de vingt morts, dont douze pour la seule fusillade de Roux du 27 mars. 

Dans la Belgique d’alors, la législation favorise la liberté d’entreprendre au détriment de la protection des ouvriers, enfants, femmes et hommes. Au lendemain des émeutes, la justice poursuit le travail de répression et écrase les responsables, au premier rang desquels les syndicalistes des unions ouvrières. Le changement est cependant en marche, sous l’impulsion notamment du jeune Parti Ouvrier Belge (ancêtre du Parti Socialiste), fondé en 1884, et des premières associations ouvrières telles l’Union verrière, fondée en 1882, ou l’Union des mineurs, fondée en 1885. Les ténors du mouvement socialiste tels, notamment, Jules Destrée et Paul Pastur à Charleroi ou Émile de Laveleye à Liège vont agir pour sensibiliser l’opinion publique et le milieu parlementaire.

La « Commission du travail » ou « Comité chargé de s’enquérir de la situation du travail industriel dans le royaume et d’étudier les mesures qui pourraient l’améliorer » va procéder pendant quinze mois à une analyse approfondie de la situation du monde du travail en Belgique par le biais d’une enquête écrite et orale. C’est la première fois dans l’histoire du royaume qu’une telle procédure est menée afin que les pouvoirs publics puissent disposer d’une image fiable de la situation industrielle et ouvrière. À l’issue de l’enquête, ce ne sont pas moins de 10 000 pages qui sont publiées. Parallèlement, le gouvernement mène une enquête, via la Commission du Travail, sur le monde agricole. (2) 

À la tête de l’État belge, le roi Léopold II se prononce dès le 9 novembre 1886 en faveur de réformes significatives de l’organisation et de la réglementation du travail, et notamment la hausse des salaires, l’encadrement et la limitation du travail des femmes et des enfants, mais aussi la liberté d’association pour les ouvriers.
Les premières lois sociales sont promulguées en 1887. Elles consacrent le rôle de l’État comme régulateur des relations de travail et garant d’une protection des plus faibles.

Or, les événements de 1886 représentent une menace pour l’ensemble du patronat soucieux de maintenir la paix sociale, dans la perspective du développement industriel. Des personnalités éminentes issues de ce monde, dont Ernest Solvay, sont inquiètes du mécontentement qui secoue le monde ouvrier. Ernest Solvay est influencé dans ses conceptions par les sciences biologiques. Il se représente la société comme un organisme vivant souffrant d’une maladie qu’il convient de traiter. Pour cela, il propose plusieurs « remèdes » sous la forme d’une doctrine sociale : le productivisme. Cette doctrine, postule que la société, organisme vivant complexe, est en perpétuelle évolution. Pour se développer, cet organisme doit pouvoir mobiliser ses capacités productives et les multiplier dans le but d’optimaliser sa production. Dans cette optique, il est nécessaire d’améliorer les conditions de vie des salariés. Les trois axes principaux de développement de la politique publique pour lesquels Solvay estime qu’il est capital d’intervenir sont : l’instruction, via la création d’écoles et d’instituts ; l’alimentation, domaine où physiologie et biologie rejoignent les conceptions productivistes ; et enfin le logement, lutte contre les taudis et l’insalubrité. (3) 

C’est dans cette conjoncture qu’Émile Waxweiler entre au service du nouveau ministère de l’Industrie et du Travail. Il se voit confier des missions internationales en Suisse et en Allemagne où il étudie la législation du travail et il publie à ce propos, en 1896, un premier rapport de synthèse. Ensuite, il prend une part très significative dans la bonne exécution du recensement industriel de 1896 qui se présente comme une étude statistique administrative approfondie. Cet investissement personnel dans le domaine des études quantitatives lui permet de devenir membre de l’Institut international de statistique en 1899.

Aux alentours de 1894, Waxweiler entre en relation avec l’entourage du futur roi Albert, pendant les années de formation de ce dernier, via le secrétaire du prince, Jules Ingenbleek qui suit les cours de Waxweiler à l’Institut de Sociologie et en fait rapport au palais. (4) 
Si ce premier contact a laissé relativement peu de traces, les relations entre le souverain et le scientifique vont se maintenir et se développer au fil du temps. Waxweiler représente pour Albert une ouverture vers le courant libéral, dans une période où le parti catholique est au pouvoir de manière ininterrompue. (5) Comme en témoigne la correspondance manuscrite avec le jeune roi, celui-ci consulte le scientifique à plusieurs occasions. Le roi relate dans son journal ses entrevues avec Waxweiler avec qui il entreprend également des voyages. Ce dernier devient, au fil du temps, « l’homme de confiance et d’influence » du roi pour un certain nombre de questions politiques et économiques, mais aussi sociales, voire diplomatiques durant la guerre. (6)

Portrait d'Emile Waxweiler - Collection Archives de l'ULB

Dans le monde académique, Waxweiler est également remarqué pour ses qualités personnelles et scientifiques. Il devient chargé de cours en 1897 à l’École des sciences politiques et sociales de l’Université libre de Bruxelles, réorganisée avec le soutien financier d’Ernest Solvay. Waxweiler dispense les enseignements de statistique, finance, régime économique du travail et dans un deuxième temps d’économie politique.

Portrait d'Ernest Solvay - Collection Archives de l'ULB
C’est en 1900 qu’Emile Waxweiler fait la rencontre d’Ernest Solvay via leur ami commun Paul Hymans. Le riche industriel et généreux philanthrope siège au conseil d’administration de l’ULB depuis 1891 et est sénateur libéral depuis 1892. Il décide de financer la création d’un Institut de sociologie dont il confie la direction à Émile Waxweiler. Ce dernier démissionne de son poste au ministère tant le projet qui vient de lui être confié est novateur et ambitieux. (7) 

À la fin du XIXe siècle, la ville de Bruxelles accorde à l’ULB la jouissance de terrains situés au parc Léopold (à Etterbeek) afin d’y établir une « Cité de la Science ». En étroite collaboration avec le Dr Paul Héger, vice-président de l’ULB et grâce à l’aide de mécènes privés tels Ernest Solvay, le Baron Léon Lambert ou Raoul Warocqué, cinq bâtiments nouveaux sont alors érigés, ils abriteront les Instituts de physiologie, d’hygiène, d’anatomie et de sociologie ainsi que l’École de commerce (concept nouveau). L’ensemble de ces Instituts constitue la « cité scientifique » dont l’objectif est de faire référence en se positionnant à la pointe du savoir dans leur domaine respectif.

 Bâtiment financé par Solvay au parc Léopold - Collection Archives de l'ULB

Bâtiment financé par Solvay au parc Léopold - Collection Archives de l'ULB

À cette époque, l’ULB est à l’étroit dans ses installations de la rue des Sols et, comme elle ne bénéficie pas de la personnalité juridique, elle ne peut engager des travaux ou acquérir des terrains en son nom. La Ville de Bruxelles lui sert de donc de caution et d’intermédiaire.

Bâtiments de l'Institut d'Anatomie au parc Léopold financé par Raoul Warocqué - Collection Archives de l'ULB

Personnalité dynamique à l’esprit fertile, Émile Waxweiler entreprend de dresser les plans du nouveau bâtiment et assure personnellement le suivi des travaux qui vont bon train. L’Institut est inauguré le 16 novembre 1902. Waxweiler va entreprendre d’en délimiter le champ d’étude par une description méthodique des questions qu’il souhaite voir traitées.

Bâtiment de l'Institut de Sociologie au parc Léopold - Collection Archives de l'ULB

En 1904, ce sera le tour de l’École de commerce, projet cher à Solvay qui sera lui aussi mené à bien puis dirigé par Waxweiler. Dans l’esprit qui préside à sa fondation, ce nouveau type d’établissement universitaire se destine à former des Ingénieurs commerciaux, une appellation nouvelle pour une élite destinée à la direction et à la gestion des affaires dans une Belgique alors au sommet de son expansion industrielle. C’est sur base du modèle qui se développe en Angleterre et en Allemagne, mais surtout aux États-Unis qu’est fondé ce nouveau type d’enseignement appelé à un développement prometteur. Waxweiler, de par l’expérience formative de son voyage outre-Atlantique, assure le relais des idées nouvelles mises en place dans le monde industriel américain et enseignées dans leurs universités. (8) 

Waxweiler, qui devient professeur extraordinaire en 1900, et enfin professeur ordinaire en 1906, consacre les premières années du siècle à la rédaction d’un ouvrage de référence à savoir son Esquisse d’une sociologie qui paraît en 1906.
Dans ce livre, dont le style et l’approche sont rébarbatifs pour le lecteur actuel, il développe une approche radicale de la sociologie et propose une vision de la jeune discipline scientifique en rupture avec ses prédécesseurs. Il faut dire qu’au tournant du siècle, la sociologie n’est pas vue d’un bon œil et doit encore faire ses preuves. Ainsi le recteur de l’ULB s’exprime dans son discours de rentrée en 1890 contre le financement de cette science qu’il estime « mal déterminée » et pour laquelle certains souhaitaient créer une chaire nouvelle. (9)
Dépassant les frilosités d’un certain milieu académique, Waxweiler est convaincu de l’intérêt des innovations qu’il défend. Désormais, il convient à ses yeux d’étudier l’individu en tant que composant de la société humaine. Pour cela, il faut travailler et accumuler les cas concrets, étudier sur le terrain les interactions entre les individus et leur milieu, puis tenter de démêler l’écheveau des phénomènes sociaux dont il faut pouvoir rendre compte par des explications cohérentes et « fonctionnelles ». Sur l’exemple de la biologie, c’est à une forme d’étude du comportement social à la fois descriptive et quantitative qu’il aboutit, ce qu’il appelle une « physiologie externe » de la société.
C’est véritablement au positionnement de la sociologie comme discipline dans le champ des sciences universitaires de son temps que s’emploie Waxweiler. Cet ouvrage programmatique constitue la base de ce qui allait devenir « l’école de sociologie de Bruxelles ».

Or, pour faire école, il faut une approche méthodologique originale, des collaborateurs pour mener à bien les travaux sur le terrain et des disciples qui pérennisent l’esprit pour les poursuivre en de nouveaux développements.

Dès le départ, Émile Waxweiler met l’accent sur les publications de l’institut et il lance ainsi plusieurs séries imprimées intitulées : Notes et Mémoires, Études sociales, Actualités sociales. L’organisation du fonctionnement de l’Institut repose en effet d’une part sur le développement de la recherche et d’autre part sur l’accumulation de données et de documentation écrite. (10)  La bibliothèque constitue le cœur de l’Institut. La salle de lecture avec ses quatre cabinets d’études et ses groupes de travail spécialisés devient un véritable laboratoire de recherche, lieu confortable et propice à mener un travail intellectuel dans les meilleures conditions avec toute la rigueur scientifique voulue, loin des querelles partisanes qui déchirent la société.

Poste de travail individuel dans la bibliothèque de l'Institut de Sociologie au parc Léopold - Collection Archives de l'ULB
Grande salle de lecture de la bibliothèque de l'Institut de Sociologie au parc Léopold - Collection Archives de l'ULB
Incontestablement, Émile Waxweiler s’installe dans la position de chef de file. Entre les réunions liées aux publications et à la gestion des collections, il anime également des réunions de travail avec des collègues belges ou étrangers ainsi que des étudiants, donne des cours et des conférences et publie des études personnelles sur divers sujets. Le directeur de l’Institut de sociologie est également un chercheur et un enseignant avec des méthodes spécifiques et une vision personnelle de ce que doit être l’université. Il expose ses conceptions personnelles dans un discours en 1910, à l’occasion de l’Exposition universelle qui se tient sur le plateau du Solbosch. (11) 

Dans le contexte du début du XXe siècle, Waxweiler souhaite un enseignement qui soit débarrassé des cours ex cathedra et de la rigidité des programmes par discipline. Selon sa vision des choses, le cursus académique pourrait être personnalisé en fonction des buts poursuivis par chaque étudiant tout en tenant compte de la variabilité des aptitudes individuelles. Dans cette approche, un seul tronc commun subsiste, constitué de mathématiques et d’éducation physique ! De plus, les examens seraient abandonnés au profit d’une évaluation continue par les enseignants.

Cette vision pédagogique, très originale pour l’époque au sein de l’Université est contemporaine de celle d’un Ovide Decroly. Ce médecin et pédagogue, proche de Waxweiler, fréquente l’Institut de Sociologie. (12) Il organise d’ailleurs, avec d’autres membres du groupe de « la sociologie de l’enfant » de l’Institut, le Premier Congrès international de pédagogie en 1911.
Rappelons-nous qu’on est à l’époque loin d’une université « de masse ». L’ULB avant la Première Guerre  compte plus de 1 350 étudiants. Ce chiffre passe à 2432 étudiants en 1919.

Waxweiler nourrit aussi ses réflexions à d’autres sources : par exemple, en novembre 1902, âgé de 35 ans, et tandis que sa carrière est en plein essor, il est initié à la prestigieuse loge bruxelloise des « Amis Philanthropes n° 2 ». Il y accède à la maîtrise en 1908. (13)  

Pour lui, il importe d’aller autant que possible au contact de ses sujets d’étude dans les usines et dans les campagnes et d’en ramener des photographies. Il s’oppose en cela aux théoriciens de l’époque.

Il aura d’ailleurs l’occasion de travailler avec des photographes de talent, dont le Liégeois Gustave Marissiaux qui a livré à la postérité des clichés d’une grande qualité sur le monde industriel. (14)

En tant qu’enseignant, Émile Waxweiler est un fervent adepte de la projection lumineuse. Il illustre tous ses cours avec des diapositives sur des plaques de verre dont un grand nombre sont encore conservées aux Archives de l’ULB.

Fidèle à son approche pédagogique, Waxweiler fonde en 1912 la « Semaine sociale universitaire ». Cette initiative novatrice connaîtra deux éditions avant que n’éclate la Première Guerre mondiale. L’idée que poursuit le fondateur de ce nouveau type de réunion est de mettre les participants en contact direct avec la réalité observée. C’est ainsi qu’ils sont amenés à vivre en commun durant une semaine et à visiter institutions et entreprises.
Fait remarquable, cette semaine s’adresse à tous les étudiants de toutes les universités du pays. Les thèmes traités durant ces journées sont centrés sur des questions sociales qui présentent un caractère d’actualité ou d’intérêt national. On peut en voir la modernité : ainsi, en 1912, les sujets suivants sont retenus : la question des langues en Belgique ; la nécessité d’une haute éducation technique et économique pour l’ouvrier belge ; la psychologie des partis politiques dans les démocraties.
En 1913, la Semaine sociale portera sur « l’évolution des associations professionnelles et des institutions publiques ».

Lorsque la guerre survient, Émile Waxweiler quitte la Belgique avec le gouvernement en exil et s’installe au Havre. Il se met immédiatement au travail : d’abord autour des questions urgentes d’organisation notamment les soins de santé. Bientôt cependant, sa contribution prend d’autres dimensions : sa mission est de combattre l’argumentaire de la propagande allemande pour défendre la cause de la Belgique. Dès novembre 1914, Waxweiler se rend en Suisse où il restera jusqu’en mars 1915. Il est en « mission officieuse de relations publiques » pour le compte du gouvernement et tente notamment d’influencer l’opinion publique alémanique favorable aux vues allemandes par le biais de conférences ou de rencontres privées. Fidèle à sa rigueur scientifique, c’est à une véritable enquête d’opinion qu’il se livre durant ce séjour en notant soigneusement la variation des sympathies à l’égard de la Belgique, variables selon les régions linguistiques, rendant complexes les relations entre les deux pays. (16)
De retour en Belgique, il publie en 1915 La Belgique neutre et loyale, premier effort de contre-propagande. Cet ouvrage est suivi d’un second en 1916 : Le procès de la neutralité belge. (17)

À partir du mois de juin 1916, les alliés se concertent, à Londres, sur l’avenir des politiques commerciales une fois la paix retrouvée et Waxweiler est de nouveau en mission sur ces questions importantes.

Le 27 juin 1916, Émile Waxweiler est victime d’un banal accident de circulation. Renversé par un camion dans une rue de Londres, Émile Waxweiler décède à l’âge de 49 ans. Cette disparition soudaine laisse un grand vide parmi ses proches, ses collègues et tous les milieux qu’il a fréquentés. Émile Vandervelde, ministre du gouvernement en exil, s’en ouvre à Ernest Solvay dans une lettre confidentielle datée du 20 juillet 1916 : « La mort de Waxweiler a été pour notre pays une perte désastreuse. Il avait sur notre politique économique d’après-guerre, des conceptions profondément justes et avait pris sur des hommes qui ne présentaient pas les mêmes garanties de jugement et de pondération, une influence éminemment salutaire. Je me demande avec inquiétude comment cette influence sera remplacée. »

Lettre d'Emile Vandervelde à Ernest Solvay datée du 20/07/1916- Collection Archives de l'ULB
document intégral accessible ici

La paix une fois revenue, disciples et successeurs se sont employés à faire prospérer l’Institut de sociologie et l’École de Commerce, deux institutions qui doivent beaucoup à Émile Waxweiler et dont la réputation n’est plus à faire aujourd’hui.


Pour en savoir plus : 

(1) Émile Waxweiler, Les hauts salaires aux Etats-Unis. Paris, Bibliothèque Gilon, 1895.



Jean –Philippe Schreiber, La commission du travail et l’amorce de la législation sociale. In - D. Pector & J.-P. Schreiber (Eds.), 1886, La révolte des damnés de la terre : le soulèvement ouvrier de mars 1886 dans les pays de Liège et de Charleroi.  Bruxelles-Charleroi : Le Progrès et Fondation Joseph Jacquemotte,1986, pp.55-57.
voir aussi :
Ginette Kurgan-Van Hentenryk, A la recherche de la petite bourgeoisie : l'enquête orale de 1902-1904. , IN-  Belgisch Tijdschrift voor Nieuwste Geschiedenis, 1983, n° 3-4, pp. 287-332.

(3) Valérie Piette, Les semaines sociales (universitaires) de l'Institut de Sociologie, Bruxelles, In - Ginette Van Hentenrijk (Epse Kurgan) Laboratoires et réseaux de diffusion des idées en Belgique, (XIX-XXe siècle), Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, 1994, pp.77-94. et plus particulièrement ici page 82-83.
et
Semaine sociale de L’Institut de sociologie Solvay, 6-11 octobre 1913. Bruxelles, Weissenbruch, 1913.

Voir aussi l'exposé qui lui est consacré dans la Revue de l'Université de Bruxelles, 1913, pp.282-289.

(4) Robert Wellens et Maurits Wynants, La Belgique et ses rois. Bruxelles, A.G.R., 1990, p. 76

Jules Ingenbleek (18976-1953)  ce limbourgeois, secrétaire du prince Albert, d'abord fonctionnaire il deviendra également un homme politique libéral. Licencié en sciences sociales et politiques en 1907, il présente en 1908 une thèse de doctorat à l’ULB.

Voir à ce sujet : Emile Vandewoude, Jules Ingenbleek, secretaris van de koning (1900-1918). In - Revue belge de philologie et d’histoire, tome 55, fasc. 2, 1977. Histoire (depuis l’Antiquité) — Geschiedenis (sedert de Oudheid), pp. 484-508

(5) Jean-François Crombois, L’univers de la sociologie en Belgique de 1900 à 1940. Bruxelles, Éditions de l’ULB, 1994, p.42.

(6) Luc Schepens, Albert Ier et le gouvernement Brocqueville, 1914-1914. Aux origines de la question communautaire. Paris-Gembloux, Éd. Duculot, 1983, p 26 et p. 70. 
Voir aussi : Jean-François Crombois, op. cit., pp. 34-35.

(7) Jean-François Crombois, op. cit., p. 27.

Daniel Warnotte, Ernest Solvay et l’Institut de sociologie. Contribution à l’histoire de l’énergétique sociale. Bruxelles, Éditions Bruylant, 1946.

Thomas Seguin, Aux origines de la sociologie : l'énergétique sociale d'Ernest Solvay. In -Anamnèse, 2014, n°10, pp.49-61

Sur la vision sociale d'Ernest Solvay : Nicolas Coupain, Labor Organisation, Social Policy, and societal vision, in - Kenneth Betrams, Nicolas Coupain, Ernts Homburg, Solvay a multinational family firm. Cambridge University Press, 2013, pp.97-118.

Andrée Despy-Meyer et Didier Devriese, Ernest Solvay et son temp. Bruxelles, Archives de l’ULB, 1997.

Voir aussi  sur la question de l'influence de Solvay sur les idées scientifiques :



Et plus généralement sur les rapports en science et mécénat on se rapportera utilement à la page de la digithèque de l'ULB consacrée à ces questions, via ce lien 

Ernest Solvay a reçu le titre de Docteur Honoris Causa de l'ULB en 1898.

(8) Emile Waxweiler, La concurrence américaine et le rôle de l’ingénieur commercial, In- Revue Economique Internationale, t.1, 1904, pp.599-638.


Voir aussi : Didier Devriese & Kim Oosterlinck, (2003). Les ingénieurs commerciaux dans la cité. In - M. Constas, D. Devriese, & K. Oosterlinck (Eds.), Solvay Business School 1903-2003, Bruxelles, 2003, pp. 113-149.

(9) Jean-François Crombois, op. cit., p.31.

Emile Waxweiler, Esquisse d’une sociologie. Bruxelles, Misch & Thron, 1906.

(10) Jean-François Crombois, op. cit., p.35.

(11) Waxweiler, Émile, L’université de demain : Conférence faite à l’Exposition Internationale de Bruxelles, Le 13 juillet 1910. Paris, Librairie générale de droit & de jurisprudence, 1910.

Emile Waxweiler, A quoi doit servir et comment faut-il organiser l'enseignement des sciences sociales et particulièrement dans les université belges? In - Congrès Intentional de l’Enseignement des Sciences Scociales. Paris, Felix Alcan, 1900. 

Dans un article de la Revue de L’Université de Bruxelles paru en 1903, il présente les spécificités de l’enseignement universitaire commercial à Bruxelles. Revue de l'Université Libre de Bruxelles, 1903, pp. 623-26 .

Sur la place de l’éducation physique à l’École de Commerce de l’Université libre de Bruxelles, on peut trouver dans la même revue :
« Dans sa séance du 2 juin 1910, la commission administrative de l’École de commerce a définitivement arrêté l’organisation de ces exercices. Ils se font sous la direction de M. Querton, titulaire d’un cours, aidé de M. Dufey, diplômé de l’École d’éducation physique. lls comportent trois séances hebdomadaires, deux séances sont consacrées à la gymnastique, une séance à la natation. Ces exercices interviennent pour la moitié dans la cote d’examen du cours de Physiologie et d’Hygiène, dont le total atteint vingt points. » p.58
« Bientôt, l’Université disposera des organisations et des installations qui lui permettront d’accomplir intégralement sa mission en suivant notamment l’exemple des universités anglaises et américaines, qui, depuis longtemps, ont attaché à l’éducation physique des étudiants l’importance qu’elle mérite. » p.61.

Il faut noter que le prof. Querton se montre favorable aux théories eugéniques et parvient à convaincre Waxweiler de créer un groupe de travail au sein de l’Institut qui s’intéressera à ces théories de 1905 à 1914. 
Sur cette question délicate, voir : Valérie Piette, op.cit., p. 83. et Jean-François Crombois, op.cit.,  p.71

(12)  Jean-François Crombois, op. cit.,  p.65.

(13) Lucy J. Peelaert, La représentation maçonnique dans les noms de rues de Bruxelles. Bruxelles, 1982, p. 433 - Il poursuivra durant son séjour à Londres les travaux des Belges en exil auprès de la Loge « Albert de Belgique ». La méthode maçonnique, essentiellement maïeutique, contribue probablement à développer une vision originale de l’enseignement.   

Sur l'histoire de la Loge "les Amis Philanthropes N°2" voir la monographie : Histoire d'une Loge: Les Amis Philanthropes de 1876 à 1998, Bruxelles, 1999, pp.189 et suivantes. 


Jean-Jacques Heirwegh, Les photographies du sociologue Waxweiler. BRUXELLES, publication du CEPULB, 1991. 


Marc-Emmanuel Mélon, Paradoxe esthétique et ambiguïtés sociales d’un documentaire photographique : “La Houillère” de Gustave Marissiaux (1904-1905). In- Art & fact : Revue des historiens de l’art, des archéologues, des musicologues et des orientalistes de l’Université de Liège, 2011, n°30,  pp. 146-156.


(15) Sur la semaine universitaire voir: Valérie Piette, op.cit et en suivant le lien hypertexte on peut  consulter l'annonce du programme de la première journée. 

(16) Patrick Bondallaz, Entre propagande et action humanitaire : l’exemple des secours suisses en faveur des Belges. In – Relations internationales, 2014/3, n° 159, pp.17-33 et plus précisément pp.18-19.

Fin 1915, Waxweiler est chargé par le roi de négociations diplomatiques secrètes avec L’Allemagne via le comte Hans Toerring, beau-frère du roi, afin d’envisager les termes d’une paix séparée. Ces négociations secrètes, qui s’effectuent à l’insu du gouvernement, échouent en 1916. 

Voir à ce sujet :  Marie-Rose Thielemans et Emile Vandewoude, Le Roi Albert au travers de ses lettres inédites. Bruxelles, Office International de librairie, 1982,  pp.119-123 et pp.611-616  (pour une reproduction des lettres échangées ou Waxweiler intervient dans la composition du texte écrit par le souverain.)

En 1915, le roi Albert envisage un temps de remanier son gouvernement et de confier le portefeuille de ministre l’Industrie et du Commerce à Waxweiler en raison de l’expertise de ce dernier liée aux études qu’il a menées sur le terrain avant-guerre . Voir à ce sujet  : Thielemans et Vandewoude, Op.cit., pp. 589-590

(17) Emile Waxweiler, La Belgique neutre et loyale. Lausanne, Payot, 1915
Emile Waxweiler, Le procès de la neutralité belge. Lausanne, Payot, 1916.

Voir également :

- Pour en savoir plus sur la famille Warocqué :

Véronique Fillieux, Tenue de soirée de rigueur: Incursion chez les Warocqué. In - European Review of History: Revue Européenne d'Histoire, Vol.11:1, pp.33-54.

- Pour en savoir plus sur l'histoire de l'Institut de sociologie :

Jean-François Crombois, et al. L’Institut de sociologie Solvay : Histoire, Architecture, Restauration. Bruxelles, Institut de sociologie de L’ULB, 1994.

Kaat Wils et Anne Rasmussen, La sociologie en perspective transnationale : Bruxelles, 1890-1914. In - Anamnèse, n°10, 2014, pp. 13-29 

Françoise Digneffe, La sociologie en Belgique de 1880 à 1914 : La naissance des instituts de sociologie, Louvain-la-Neuve, 1986.

- Pour en savoir plus sur l'histoire du développement de l'ULB avant la Première guerre : 


Eugène Goblet d’Alviella, l’Université de Bruxelles pendant son troisième quart de siècle, Bruxelles, M. Weissenbruch, 1909.
- Pour une étude sociologique et historique des réformes de l’enseignement et l'évolution des conceptions : 

Anne Van Haecht , L’enseignement rénové, de l’origine à l’éclipse. Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 1985.

"Il faut noter à l’occasion d’une collaboration ponctuelle l’affinité de pensée théorique existant entre Decroly et Waxweiler, alors directeur de l’Institut de sociologie Solvay, qui donnait à cette institution une impulsion fonctionnaliste, nettement inspirée des théories organicistes. Profondément impressionné par les progrès des sciences biologiques, Waxweiler n’avait-il pas été amené à donner la définition suivanteà la sociologie : «  La sociologie apparaît ainsi, par la force même des faits, comme étant la Science, on pourrait presque dire la physiologie, des phénomènes réactionnels dus aux excitations mutuelles des individus de même espèce sans distinction de sexe. » p.102.

Henri H. Frost,  The Functionnal Sociology of Émile Waxweiler and the Institut de sociologie Solvay. Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 1960.

Fernand Van Langenhoven, L'institut de Sociologie au temps de Waxweiler. Bruxelles, In- Revue de Institut de Sociologie, n°3,  1978.