vendredi 17 octobre 2014

L’armée belge à la veille de la Première Guerre.

La naissance de l’armée de 1914 : un long et lent parcours parlementaire.


L’armée belge mobilisée en 1914 se battra sur le front de l’Yser jusqu’en 1918… Et pourtant cette armée est jeune et inexpérimentée dans son organisation. Depuis l’indépendance de la Belgique en 1831, il existe plusieurs forces qui cohabitent : l’armée, la garde civique et un corps de gendarmerie embryonnaire.

La garde civique nationale est une milice urbaine que l’on retrouve dans les villes et communes d’une certaine ampleur. On y retrouve des hommes dont l’âge va de 21 à 50 ans et qui ont les moyens d’assumer personnellement leurs frais d’uniforme et d’équipement. La priorité est  donc donnée aux personnes aisées, ne faisant pas partie de l’armée proprement dite et qui sont le plus souvent célibataires ou veufs : la charge d’enfant constitue un empêchement.
 

Carte postale d' avant-guerre : la garde civique à l’exercice sur la plaine des manœuvres.
La formation et l’exercice sont assez sommaires : tout au plus une dizaine de jours par an, souvent le dimanche. Pourtant les missions de cette troupe sont assez large : « Maintenir l'obéissance aux lois, conserver ou rétablir l'ordre et la paix publique, assurer l'Indépendance de la Belgique et l'intégrité de son territoire ».
Il sera notamment fait appel à la garde civique pour des missions de maintien de l’ordre lors de grèves générales et de manifestations du mouvement ouvrier naissant qui tournent à l’émeute. La confrontation causera entre 1886 à 1902 de nombreux morts.

Une chose est problématique aux yeux des autorités tant locales que nationale : si la troupe est constituée localement, elle dépend toutefois du ministère de l’intérieur et est mobilisable par ce dernier sans en avertir le niveau local. De plus, le capitaine qui est l’officier en charge du commandement est élu au sein de la milice par ses membres jusqu’en 1897, avant que la désignation des officiers ne devienne une prérogative royale. Le gouvernement, où les catholiques sont au pouvoir de 1884 à 1914, voit en effet d’un mauvais œil  l’arrivée de candidats issus des rangs libéraux d’abord et plus encore des premiers dirigeants issus du Parti Ouvrier Belge qui parviennent petit à petit à emporter la majorité dans les bassins industriels.


Brochure de propagande électorale catholique dénonçant les émeutes de1902. Collection Archives de l’ULB.(Texte intégral)
Durant la guerre, les troupes allemandes ne considèrent pas les miliciens de la garde nationale comme des soldats à part entière mais plutôt comme des civils en arme, en partie à cause du caractère disparate des équipements et des uniformes. Cela contribue, en partie, au mythe des « francs-tireurs » et conduira les autorités bruxelloises à une politique de prudence, afin d’éviter le sort réservé à la ville de Louvain.


Barricade de la garde en 1914 le long de la ligne de chemin de fer qui relie Schaerbeek au Quartier Léopold – © Collections du  Musée royal de l’Armée.
Dissoute officiellement en 1920, les missions de la garde nationale seront reprises par les forces plus professionnelles de la Gendarmerie qui vont prendre de l’ampleur et s’étoffer. Le royaume ne compte que 3700 gendarmes en 1913 contre 46 000 pour la garde civique.

En ce qui concerne l’armée belge proprement dite, elle est l’objet de longs débats parlementaires  de 1887 à 1913, en même temps que la question du suffrage universel. Ce sont des conceptions idéologiques différentes qui s’opposent avec virulence et qui reflètent les clivages entre parlementaires catholiques, libéraux et socialistes.

L’armée connait une évolution lente. Il existe au départ un système de tirage au sort qui détermine par classe d’âge qui est appelé à effectuer son service militaire, avec une possibilité pour les plus fortunés de se faire remplacer moyennant finances. Cela a pour effet d’attirer les populations flamandes les plus déshéritées issue du milieu paysan, qui trouvent par ce biais un moyen d’échapper à la misère. Car une fois le service militaire effectué, l’ascension sociale est favorisée grâce à la  possibilité accrue de trouver un emploi dans l’administration publique.

En 1909, en marge des débats sur l’élargissement du droit de vote et après la mort du roi Léopold II, une première réforme aboutit, qui proclame le service militaire obligatoire pour un fils par famille et ne permet plus le système de « remplacement ».

Les avis sont partagés : la vie de caserne est perçue comme propice au développement de l’immoralité et contraire aux préceptes de la religion pour les catholiques. Il faut donc créer un corps d’aumôniers militaires. D’un autre point de vue, cela conduit pour certains  à des dépenses jugées « improductives » dans une Belgique industrieuse qui s’appuie sur ses ressources énergétiques naturelles, son réseau ferroviaire et fluvial pour exporter ses produits manufacturés.  Pour d’autres, cela amène plus de justice et d’égalité entre les citoyens qui se trouvent ainsi associés au devenir du bien commun.

Beverloo en 1913. Collection Archives de l'ULB.

Enfin, en 1913, c’est l’établissement du service militaire généralisé. Les tensions internationales croissent et tout reste à organiser : un véritable casse-tête logistique et financier. Songeons qu’il faut assurer la formation et les services de base pour 200 000 hommes. A ce chiffre, il faudra ajouter dès septembre 1914 environ 18 000 volontaires de guerre et incorporer dans la foulée la levée du contingent 1914. Et pour encadrer tout cela, on ne peut compter que sur 3200 officiers et un nombre proportionnel de sous-officiers.


Grandes manœuvres en 1913. Collection Archives de l'ULB.

Les premiers combats vont être terribles : entre août et septembre ce ne sont pas moins de 852 officiers qui tombent au combat.
Prestation de serment de jeunes officiers, Grand' Place de Bruges. Collection Archives de l'ULB
Les positions sur l’Yser une fois établies, il faudra  se remettre à former des cadres pour cette armée en campagne à commencer par l’infanterie : ce sera le rôle attribué au «  centre d’instruction sous-lieutenants auxiliaires infanterie » - le CISLA I de Gaillon (petite commune de Haute-Normandie située tout près de Rouen), qui ouvrira ses portes en janvier 1915. Trois autres CISLA seront créés par la suite dédiés à l’artillerie, au génie et aux services dit généraux.

Au centre de Gaillon, on forme en six mois des élèves sous-officiers, programme difficile  qui prendrait deux ans en période de paix. On y retrouve des gens éduqués ayant au minimum terminé leurs études secondaires, dont nombre d’instituteurs. Au terme de la formation, les candidats intègrent une unité ou l’officier chargé du commandement évalue les performances en service actif et, si l’évaluation est  favorable, les candidats reçoivent enfin leurs galons.


Les équipements et les uniformes de départ, qui rappellent encore le XIXème siècle, seront vites abandonnés devant la réalité de la guerre des tranchées pour devenir des tenues plus fonctionnelles de couleur kaki. Les chapeaux à plumes, les calots et les bonnets en poil d’ours, plus adapté à la parade du 21 juillet,  laisseront tout aussi rapidement la place au casque d’acier  de type français ( le modèle Adrian 1915 ) mieux adapté pour protéger les soldats des éclats d’obus qui vont s’abattre sans relâche sur leurs positions retranchées. La  « vraie » guerre de positions ne fait que commencer.

A suivre…

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