| Fonds iconographique des Archives de l'ULB |
| Louis de Brouckère à la fin de sa vie - Fonds Iconographique des Archives de l'ULB |
Après ses études de droit, il complète sa formation sur les bancs de l’université en suivant des cours de sciences : en biologie et en médecine. C’est à cette occasion qu’il fait la rencontre de Jean Massart, avec lequel il publiera, en 1897 et en 1898, des études marquées par le néo-positivisme alors en vogue et qui appliquent le modèle darwinien à la sociologie. En raison de ses idées socialistes qui dérangent, et ce malgré son activité scientifique, il ne peut, dans un premier temps, s’assurer une place au sein de l’Université libre de Bruxelles. Qu’à cela ne tienne, il sera partie prenante de l’aventure de l’Université Nouvelle. À l’invitation d’Ernest Solvay, il travaillera également à l’Institut des Sciences sociales (futur Institut de Sociologie) qu’il codirige un temps avec Hector Denis et Guillaume De Greef. L’Institut se réunit à cette époque à l’ancien hôtel Ravenstein, avant de prendre ses quartiers au parc Léopold, sous la direction d’Emile Waxweiler. L’Institut de Sociologie Solvay connaît alors son âge d’or.
Émile Vandervelde est enfin désigné titulaire d’un cours d’Histoire des doctrines sociales à l’ULB. Il entre ensuite à l’Académie royale en 1913, il sera nommé directeur de la Classe des Lettres et des Sciences morales et politiques en 1933.
Auteur prolifique, il publie de nombreux articles et ouvrages, principalement entre 1897 et 1908. Dans ses publications, il recourt à des méthodes statistiques détaillées en tant qu’instruments d’analyse. Il s’attache à la dynamique des villes et des campagnes dans le contexte d’une Belgique fortement industrialisée : transports, migration de la main-d’œuvre et travail saisonnier, crise de l’agriculture, etc.
Ce travail intellectuel l’identifie comme un socialiste révolutionnaire (entendez au sens français de 1789), puisant ses conceptions dans une analyse marxiste du cours de l’histoire qu’il conçoit comme un processus en transition du féodalisme au capitalisme. Pour lui, la lutte des classes est, et reste jusqu’à la fin de sa vie, le moteur d’une révolution sociale qu’il estime inévitable. La Belgique est « l’enfer du prolétariat », selon la formule de Marx que Vandervelde aimait citer, et ce en raison de l’absence d’une législation qui protège les travailleurs des excès du capitalisme.
Parallèlement à sa vie publique, Émile Vandervelde entre en franc-maçonnerie en 1899, à la loge des Amis philanthropes. Il trouve dans cette loge progressiste, véritable laboratoire d’idées novatrices, une écoute et un relais sensibles à ses engagements en faveur du suffrage universel, de l’instruction publique, de l’assurance ouvrière et du droit des femmes. (1)
En 1894, jeune député, il est le principal rédacteur de la Charte de Quaregnon, texte programmatique qui fera date dans l’histoire du mouvement socialiste et qui n'a jamais été rejeté depuis. Il convient ici de rappeler qu’au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la Belgique connaît un grand essor industriel. Cependant, la répartition des richesses reste profondément inégale. Ainsi, la classe ouvrière connaît un sort peu enviable : son niveau de vie est très bas et il n’y existe aucune forme de sécurité sociale. Le pouvoir politique est aux mains de la grande bourgeoisie tandis que l’influence cléricale reste très marquée. Enfin, la population dans sa majorité est assez peu instruite, on compte un grand nombre d’illettrés.
Bien qu’issu d’un milieu favorisé, Émile Vandervelde va se battre au nom des plus faibles contre ces injustices manifestes. Ses premiers combats se font en faveur du suffrage universel pur et simple. Afin que ce changement capital se matérialise dans la loi, il n’hésite pas à soutenir plusieurs mouvements de grève générale. La situation est très tendue et la grève de 1902 dégénère. Les forces de l’ordre ouvrent le feu : six grévistes sont tués à Louvain.
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| Affiche commémorative pour les victimes des grèves de Louvain du 18 avril 1902. - Collections AMSAB, Gand |
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Souvent seul contre la majorité, parfois même seul au sein de son propre parti, il met en avant les conditions épouvantables réservées à la population indigène, notamment le travail forcé, dans ce qui est alors l’État indépendant du Congo, possession privée du souverain. Il soutient la nécessité pour l’État belge de prendre en main la gestion du pays, et ce pour des raisons humanitaires. Tous les abus commis sur place contre les Congolais contribuent à enrichir personnellement le souverain. Vandervelde estime la situation immorale, contraire aux droits de l’homme et au respect élémentaire de la liberté du travail. Il se fait le défenseur des opprimés. Au terme d’un long combat, le Congo devient le 15 novembre 1908 une colonie de l’État belge. Il aura fallu des pressions internationales et une commission spéciale pour y arriver. (3)
Émile Vandervelde va également se distinguer sur la scène internationale au sein du Mouvement Socialiste Européen. En 1893, il est désigné rapporteur au sein de la Deuxième Internationale, association qui regroupe les sections nationales des partis socialistes. Durant de nombreuses années, il va y jouer le rôle de médiateur entre les tendances contradictoires afin d’aboutir à des compromis nécessaires pour maintenir l’unité du mouvement socialiste.
En 1900, il se voit nommé à la présidence du comité exécutif du Bureau. Le siège de cet organe dirigeant est établi à Bruxelles. Le secrétariat en sera assuré de 1905 à 1922 par son ami Camille Huysmans.
Malgré tous ses efforts, les délégations françaises et allemandes sont divisées par des querelles doctrinales. L’arrivée de la guerre va précipiter la fin du rêve internationaliste. Vandervelde est autant surpris par le cours des événements que déçu par l’absence de réponse commune du mouvement socialiste. Dans chaque pays belligérant, les socialistes vont voter les crédits de guerre.
Ensuite, Vandervelde est appelé par le Roi Albert 1er à rejoindre le gouvernement d’unité nationale. (4) Il accepte, tout en revendiquant son indépendance en tant que socialiste, pacifiste et internationaliste convaincu, et cela au nom de la démocratie en danger. Au sein de l’Internationale, sa position est critiquée.
Lorsque survient la révolution russe, Émile Vandervelde sous-estime le rôle de Lénine. Il ne voit dans les événements que l’expression d’un peuple en marche vers un destin plus juste, un avenir bâti autour des droits de l’homme. Il souhaite que les Russes poursuivent leur effort de guerre. Rien de cela ne se réalise. Il a l’occasion de s’en rendre compte et de revenir sur ses positions au cours des deux voyages qu’il effectue sur place en 1917 et en 1922.(5)
À la fin de la guerre, Vandervelde participe à la conférence de paix à Versailles en tant que membre de la délégation officielle belge. Les négociations de 1918 en vue de reconstruire la Belgique au lendemain de la guerre vont aboutir au suffrage universel. Cela change la donne au parlement : désormais les socialistes vont contribuer au changement à travers les débats qui agitent les tribunes de l’hémicycle et non plus dans la rue. Participer aux activités parlementaires est devenu un objectif dans l’optique d’engager des réformes. C’est ainsi que durant la période d’après-guerre, Vandervelde associe son nom à d’importantes mesures : la réforme pénitentiaire, la reconnaissance des droits syndicaux, la lutte contre les ravages de l’alcoolisme, les lois sur la protection de l’enfance et les droits de la femme, la journée de travail de huit heures, les bases du système des pensions et de l’assurance chômage.
Finalement, c’est la crise suscitée par la guerre d’Espagne qui marque la fin de sa carrière. Dépassé par la jeune génération de militants socialistes, il sent que son rôle de « patron » du Parti Ouvrier lui échappe. Il assiste avec inquiétude à la montée du fascisme à travers l’Europe, prémisse d’un nouveau conflit mondial. Cette Seconde Guerre mondiale, il ne la connaîtra pas : il décède le 27 décembre 1938.
Aujourd’hui son nom reste attaché au centre d’étude du Parti Socialiste : l’Institut Émile Vandervelde.
Pour en savoir plus :
1) Andrée Despy-Meyer, Inventaire des archives de l’Université nouvelle de Bruxelles, 1894-1919, déposées aux Archives de l’Université de Bruxelles, Archives et bibliothèques de Belgique, 1973, p. 102
Lucy J. Peelaert, La représentation maçonnique dans les noms de rues de Bruxelles. Bruxelles, pp.382-383
Histoire d’une Loge. Les Amis philanthropes de 1876 à 1998. Bruxelles, Les Amis philanthropes, 1999.
2) Licata, Laurent, et Olivier Klein, Regards croisés sur un passé commun : anciens colonisés et anciens coloniaux face à l’action belge au Congo. In - L’Autre : regards psychosociaux, 2005, pp. 241-78
3) Jean Stengers, Belgique et Russie, 1917-1924 : gouvernement et opinion publique. In - Revue belge de philologie et d’histoire, 1988, vol. 66, no 2, p. 296-328
4) Pascal Delwit, La vie politique en Belgique de 1830 à nos jours, Bruxelles, éditions de l’Université de Bruxelles, 2010, p. 84
5) René Robbrecht et Georges Laurent (Ed), Le Grand Orient de Belgique et la Loge "Les Amis Philanthorpes n°2" face aux fascismes (1930-1945). Bruxelles, Logos, 2011, p.88.
A son retour de voyage, en 1922 , Vandervelde il fait une conférence aux Amis Philanthropes en compagnie du frère Wauters où il se montre très critique sur le régime soviétique.
1) Andrée Despy-Meyer, Inventaire des archives de l’Université nouvelle de Bruxelles, 1894-1919, déposées aux Archives de l’Université de Bruxelles, Archives et bibliothèques de Belgique, 1973, p. 102
Lucy J. Peelaert, La représentation maçonnique dans les noms de rues de Bruxelles. Bruxelles, pp.382-383
Histoire d’une Loge. Les Amis philanthropes de 1876 à 1998. Bruxelles, Les Amis philanthropes, 1999.
2) Licata, Laurent, et Olivier Klein, Regards croisés sur un passé commun : anciens colonisés et anciens coloniaux face à l’action belge au Congo. In - L’Autre : regards psychosociaux, 2005, pp. 241-78
3) Jean Stengers, Belgique et Russie, 1917-1924 : gouvernement et opinion publique. In - Revue belge de philologie et d’histoire, 1988, vol. 66, no 2, p. 296-328
4) Pascal Delwit, La vie politique en Belgique de 1830 à nos jours, Bruxelles, éditions de l’Université de Bruxelles, 2010, p. 84
5) René Robbrecht et Georges Laurent (Ed), Le Grand Orient de Belgique et la Loge "Les Amis Philanthorpes n°2" face aux fascismes (1930-1945). Bruxelles, Logos, 2011, p.88.
A son retour de voyage, en 1922 , Vandervelde il fait une conférence aux Amis Philanthropes en compagnie du frère Wauters où il se montre très critique sur le régime soviétique.
Voir aussi :
Janet Polasky, Émile Vandervelde, le patron, Bruxelles, Labor, 1995
Marcel Liebman, Les socialistes belges, 1914-1918 : le POB face à la guerre, Bruxelles, éd. Revue nouvelle - Fondation Joseph Jacquemotte - Vie ouvrière, 1986
Émile Vandervelde, La Belgique envahie et le socialisme international. Paris-Nacy, Berger-Levrault, 1917.
et Jacques Mertens. Belgische Vrijmetselaars in en over "de Groote Oorlog". 2018. Print.
Ce dernier ouvrage reprend plusieurs extraits significatifs du précédent, notamment pp.46-65
Paul Hymans, Vandervelde et le socialisme belge. In-Le flambeau,1939, 22(1), 1-7.
Jean Stengers, Congo, mythes et réalités, Bruxelles, Racine, 2005.
Kaat Wils, Anne Rasmussen, Sociology in a Transnational Perspective: Brussels, 1890-1925. In- Revue belge de philologie et d'histoire, tome 90, fasc. 4, 2012. pp. 1273-1296 et sur la réception des travaux de Vandervelde et Massart, pp. 1284-1285.
Effi Markou, Réformer la ville, résoudre la question agraire. L'ordre urbain d'Émile Vandervelde 1895-1910, In- Cahiers Jaurès, vol. 177-178, no. 3, 2005, pp. 23-38.
Émile Vandervelde, Les derniers jours de l’État du Congo, Mons, éditions de la Société nouvelle, 1909
Émile Vandervelde, La Belgique et le Congo, Paris, Alcan, 1911

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