vendredi 14 novembre 2014

Novembre : L'armée belge et l'organisation du front de l'Yser

Le quotidien des soldats n’était pas fait que de combats. Dans ce billet nous nous intéressons à ces aspects moins connus de leur vie au front.


Début novembre 1914,  le gros des troupes belges, qui ont fait une retraite longue et difficile depuis le siège d’Anvers, se regroupe autour du Roi Albert 1er. Le repli derrière l’Yser est la dernière position qu’il faut absolument tenir  dans la lutte contre la course à la mer de l’armée allemande. Conscient de l’enjeu pour le pays et pour ses alliés, le Roi décide de rester sur le territoire national, tandis que le gouvernement se réfugie tout près du Havre à Sainte-Adresse. Mais comment résister dans le Westhoek ?
La Panne, hiver 1915 - Collections A&B de l'ULB - Fonds Errera
C’est là qu’il est décidé d’ouvrir les écluses et d’inonder l’intérieur des terres en profitant des marées. Ainsi retranchées derrière de vastes étendues d’eau et de boue, les troupes belges vont trouver le répit et le refuge nécessaires pour organiser leurs positions défensives et faire face aux assauts de l’ennemi.

Après des jours de marches forcées, ce sont maintenant des semaines de pénibles travaux de terrassement qui attendent les soldats. Il faut remplir des sacs de terre et de sable pour monter un triple système de tranchées. Le terrain essentiellement plat est constitué de polders et offre peu d’abris naturels, mis à part le talus de la ligne de chemin de fer.
Secteur d'Oude Cappelle 1916 - Collections A&B de l'ULB - Fonds Errera
La ligne de front tiendra jusqu’en 1918. Les soldats belges ne connaîtront pas de pertes comparables à celles de leurs alliés français et anglais. Le Roi Albert 1er se refusera toujours à sacrifier ses troupes en les lançant dans des offensives aussi meurtrières qu’inutiles.  En effet, cohérent par rapport à sa vision de 1913 et à la réorganisation du service militaire, il conçoit l'armée belge  premièrement comme un moyen de dissuasion et ensuite comme un force de défense des frontières. En aucun cas, il ne pouvait envisager celle-ci comme un instrument de conquête par les armes.
Lieu dit  "De Grognie", secteur de Dixmude -1915- Collections A&B de l'ULB - Fonds Errera
Il faudra sans cesse entretenir les terrassements ou les refaire, suite aux dégâts des bombardements et aux conditions climatiques : le sol est humide et, dès que l’on creuse, l’eau affleure, d’où la nécessité des caillebotis de bois pour se déplacer en sécurité. Sur les quelques 35 kilomètres que compte le front belge ce ne sont pas moins de 400 kilomètres de tranchées organisées en trois lignes qui seront progressivement aménagées jusqu’en 1916, ce qui représente plusieurs millions de mètres cubes de sac remplis de terre ou de sable !
Secteur de Dixmude en troisième ligne le 08/09/1916. Collections A&B de l'ULB - Fonds Errera.
Tous les secteurs ne sont pas les mêmes : par endroits les positions allemandes sont à un jet de grenade à main, à d’autres des étendues marécageuses de plusieurs centaines de mètres séparent les belligérants. Un système de rotation sera mis en place pour permettre de relever régulièrement les premières lignes. C’est une vie rude dans des conditions difficiles, où l’angoisse de l’attente,  l’ennui, le froid,  la fatigue et la faim usent les hommes aussi sûrement que les bombardements.
Secteur de Steenstraete 1916, le boyau dit "du Collègue"- Collections A&B de l'ULB - Fonds Errera.
A l’arrière, les choses vont s’organiser progressivement : tout est à faire. Il faut des cantonnements pour la troupe et il faut aussi continuer la formation des nouvelles recrues;  des magasins pour les munitions et les vivres dont il faut assurer l’approvisionnement; des moyens de communication entre les postes avancés et l’arrière; des hôpitaux pour soigner les blessés. C’est là que va intervenir un chirurgien de l’ULB, le Docteur Antoine Depage, qui, à la demande de la Reine Elisabeth, va organiser les services de santé et mettre sur pied « l’Ambulance de l’Océan  ».
Défilé des troupes La Panne, 1915 - Collections A&B de l'ULB - Fonds Errera.
L’entreprise est de taille et ne se fera pas en un jour, car il faut compter sur la rigidité des cadres militaires qui voient d’un mauvais œil débarquer ce prestigieux civil, même si pour l’occasion on lui confère le grade de lieutenant-colonel. Il saura s’entourer d’autres médecins remarquables, ainsi que d'étudiants avancés dans leurs cursus médical et bientôt les résultats obtenus feront l’admiration des alliés.

A suivre…

N.B. Les illustrations de ce billet proviennent d'un fonds remarquable, don de la famille Errera aux A&B de l'ULB. Il s'agit de diapositives stéréoscopiques anaglyphes sur plaque de verre annotées à la main. Nous vous en présentons quelques fragments choisis et reviendrons sur cette collection.

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